CHAPITRE XVII
L'OPINION PUBLIQUE ET GUERRE
L'Opinion publique dans les pays belligérants. — Proclamations des chefs d'Etat. Séances des Parlements. — Les premiers inciaents de frontière.
'ÉTUDE des faits diplomatiques succédant, par un enchaînement fatal, aux lentes préparations de la Weltpolitik, dévoile les responsabilités des deux empires germaniques, et, en particulier, celles de l'Allemagne. Il est arrivé ce que Bismarck avait prévu, quand il mettait ses successeurs en garde contre les dangers que feraient courir, à la paix du monde, les ambitions autrichiennes : les deux puissants empires s'étaient entraînés mutuellement, l'un vers la domination des Balkans, l'autre vers l'hégémonie universelle. Quand l'assassinat de l'archiduc Ferdinand eut founi l'occasion, ils se trouvèrent debout, tous deux en même temps, pour obtenir satisfaction ou pour en finir avec la résistance des pays indépendants.
Mais, que pensaient, que faisaient les peuples, tandis que les volontés officielles les conduisaient, consciemment, à l'effroyable boucherie humaine qui se préparait ? . . .
Etaient-ils consentants ? Etaient -ils complices ? De quel mouvement des âmes accompagnaient-ils la tempête qui, déjà, soulevait
les vagues ? Comment s'écoulaient, pour le public, ces quelques journées haletantes, tandis que le travail des diplomates se poursuivant, dans le silence, aboutissait à cette issue prévue et incroyable : la déclaration de guerre.
LA DÉCLARATION Voyons, d'abord, com- DE GUERRE ment fut traitée l'opinion
EN ALLEMAGNE publique allemande : dès la période diplomatique, elle est maniée avec un art, un savoir-faire, une volonté soutenue, un esprit d'organisation, en un mot, que nous retrouverons, plus tard, dans le travail des communiqués militaires et qui suffiraient à établir la volonté arrêtée de la conduire à un but déterminé d'avance. On dosait, pour elle, les renseignements favorables ou contraires, de façon à l'enflammer ou à l'irriter, mais en écartant soigneusement tout ce qui pouvait l'avertir ou l'éclairer. Le parti pris belliqueux du pouvoir impérial se révèle par cette surveillance constante de soi-même et des autres.
On était aux premiers jours de l'été. Déjà, avec le goût du déplacement et du tourisme, si caractéristique chez l'Allemand moderne, et cette impatience des vacances, naturelle à une société disciplinée, le bourgeois de Berlin ou de Munich bouclait sa valise et hâtait
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