‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 113 sur 148 · L'ARRIVEE DU PRINCE ALEXANDRE DE SERBIE A BELGRADE · texte numérisé non relu

L'ARRIVEE DU PRINCE ALEXANDRE DE SERBIE A BELGRADE

les préparatifs du départ, quand, soudain, on apprit l'attentat contre l'archiduc Ferdinand.

Il y eut comme un frisson de pressentiment ; puis, le sang-froid revint : le silence officiel portait à l'apaisement, quand, le 24 juillet, le premier mot d'ordre, nettement alarmiste, fut donné à la presse : la Gazette de Francfort, d'ordinaire modérée et indépendante, sonna la cloche d'alarme : le journal annonçait que les choses se compliquaient, que le maintien de la paix dépendait de la Russie et qu'il était, d'ailleurs, préférable, peut-être « que la guerre européenne, devenue inévitable, éclatât, plutôt que dans deux ou trois ans » (i).

La veiUe même de la remise de la note

(i) Pour l'ensemble de l'étude sur l'opinion allemande, je me suis servi, outre la lecture des documents originaux et de la presse allemande, de plusieurs remarquables études déjà parues: l'Esprit public en Allemagne, par *•*, dans le Correspondant, du 23 février 191.^; les Socialistes alle-

autrichienne à la Serbie, le journal socialiste, le Vorwaerts, dans son numéro du 23 juillet, avait commencé, contre la guerre, une campagne qui la dénonçait déjà comme probable et imminente. « ... En vérité, le danger que l'on en vienne à une guerre avec la Serbie est, aujourd'hui, incomparablement plus grand que jamais... il est très possible que les gouvernants autrichiens veuillent la guerre, et, même, que leur fièvre guerrière soit encore excitée de Berlin. »

Cependant, le calme était encore à la surface : on attendait la réponse de la Serbie à r Au triche-Hongrie : les réservistes, convoqués par lettres particulières, partaient comme

mands et la Guerre, par C.-G. La Chesnais, dans la Grande Revue, de mars 191.S; les Socialistes du Kaiser, par Edmond l.askine; El. Altiar, Journal d'une Française en Allemagne (juillet-octobre 1914I ; Souvenirs d'une Institutrice anglaiseà la Gourde Berlin (1909-1914). Traduits par T. de Wyzewa.

pour les manœuvres. Le peuple allemand, peu accoutumé au détail des affaires extérieures, fatigué par les longues péripéties des complications balkaniques, ne s'échauffe pas facilement.

Le Vorwaerts écrit encore, le 28 : « Les quatre États neutres : Angleterre, France, Allemagne, Italie, prennent le rôle de médiateurs... Si l'Autriche ne veut pas la guerre à tout prix, mais seulement son droit et des garanties pour l'avenir, il est impossible qu'elle refuse la médiation. Cette médiation suppose que la raison l'emporte à Vienne, à Belgrade et à Saint- Pétersbourg. »

Il est à peine besoin de dire que les journaux officieux, avertis, ont un autre ton : « Guerre ! », s'écrient, le 26 juillet, la Wiener Extrablatt et la Neue Freie Presse. De premières manifestations se produisent devant l'ambassade de Russie, le même jour, 26 juillet {Tagehlatt). Le petit public s'émeut. L'assaut est donné aux caisses d'Epargne, à Berlin, le 27 juillet.

On attend la réponse serbe. Le public allemand n'en a guère connu, par les grands journaux, que des analyses tronquées, entourées de commentaires justifiant la politique agressive de l'Autriche-Hongrie. Ainsi présentée, l'impression qu'elle produit à Berlin, « où l'on s'obstine à ne voir que par les yeux de l'Autriche », est presque nulle.

Dès cette heure, on ne laissera plus l'opinion une minute en face d'elle-même et de la vérité.

On apprend, ex abrupto, le 28 juillet, la déclaration de guerre de l'Autriche à la Serbie : on lit le manifeste de l'empereur François- Joseph à ses peuples. La guerre frappe à la porte.

En général, on croit encore, dans la masse, que la guerre peut être « localisée », et que l'on s'arrêtera « au premier sang ».

Il semble que le pouvoir juge utile, à ce moment, de ménager les transitions, de calmer les premières émotions. A l'heure où les diplomates échangent les paroles décisives (29 juillet), la presse officieuse se borne à incriminer

doucement la Russie : « Les mouvements des troupes russes, à la frontière, ont provoqué quelque inquiétude. Il serait absurde, cependant, d'en conclure que la guerre est inévitable... l'action diplomatique s'efforce de localiser le conflit.» {Gazettede Francfort dvi2g]m]\Gi.) « Le ton amical de la dernière communication officielle faite par la Russie a trouvé, à Berlin, un vif écho... » {Gazette de l' Allemagne du Nord, 29 juillet.)

On laisse encore la bride sur le cou aux socialistes. Le Vorwaerts écrit :

L'Angleterre et la Russie ont échoué sur la suspension des hostilités autrichiennes jusqu à nouvel ordre. L'Autriche a refusé, parce qu'elle veut d abord laisser la parole aux fusils... En Angleterre, c'est une idée admise que l'empereur allemand, en sa qualité d'allié et de conseiller de l'Autriche, peut, en secouant sa toge, faire sortir de ses plis la paix ou la guerre. L'Angleterre a raison: au point où nous en sommes, la décision dépend de Guillaume II. Que l'Allemagne agisse sur l'Autriche, c'est ce qu'il faut aujourd'hui, avant tout...

Je ne pense pas qu'il y ait eu, sur la manœuvre de la diplomatie allemande, un jugement plus ferme et plus juste que celui qui est exprimé dans le Vorwaerts du 30 juillet:

Comment ces « habiles » politiques réalistes ontils pu et peuvent-ils, ne fût-ce qu'un instant, perdre de vue qu il fallait considérer Vintime amitié de la Russie et de la Serbie, comme un fait, et compter avec ce fait...

Le. gouvernements allemand et autrichien devraient pourtant comprendre que la Russie tsariste ne peut absolument pas, de son point de vue, abandonner entièrement son protégé la Serbie.

Certainement, sous la pression de sa situation intérieure et sous 1 influence du gouvernement français résolument pacifiste, la Russie, malgré sa mobilisation, s'imposera la plus grande retenue et fera des concessions étendues. Mais qu'elle abandonne la Serbie entièrement à la merci de l'expédition de châtiment de l'Autriche, cela parait hors de toute prévision.

L'Autriche a solennellement déclaré qu'elle n'envisage aucune conquête territoriale. La Russie exige que soit aussi garantie l'indépendance politique de la Serbie. Voilà, en fait, le fond des choses.

L'Autriche veut-elle imposer à la Serbie des conditions qui la rayeraient du rang des Etats indépendants, au lieu de se procurer simplement des assurances contre de nouveaux troubles et attentats panserbes?

L'Autriche a, sur ce point, à répondre clairement.

L OPINION PUBLIQUE ET LA GUERRE

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