‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 115 sur 148 · DEPART D'UN REGIMENT SERBE · texte numérisé non relu

DEPART D'UN REGIMENT SERBE

allemands et du gouvernement impérial résulte de la façon la plus évidente, d'une déclaration de Wendel, affirmant, à Bruxelles, « qu'au cours d'une entrevue secrète qui eut lieu entre les socialistes allemands et un mem-" bre du gouvernement, avant la séance du 4 août, celui-ci montra des documents établissant qu'une entente existait entre la France et la Belgique, pour laisser passer les troupes françaises qui devaient attaquer l'Allemagne » ; c'est cette communication qui aurait mis le groupe dans l'impossibilité de refuser les crédits de la guerre.

Cet ensemble de renseignements suffit pour établir la pression exercée par le gouvernement impérial pour influer, par les chefs socialistes, sur l'opinion allemande et sur les partis socialistes à l'étranger. On sait aussi que le camarade Haase eut, deux ou trois jours avant la réunion du Reichstag, une entrevue avec Bethmann-HoUweg et qu'il entra, comme on le dit plus tard, « dans les routes du chancelier ». Donc, entre le pouvoir et les partis socialistes, le contact existe toujours : c'est un fil conducteur que l'histoire doit, désormais, tenir en main.

Revenons à l'exposé des faits.

Le 28 juillet, la Russie a mobilisé, dans les « arrondissements » opposés à l'Autriche, mais en prenant le soin d'avertir le gouvernement allemand qu'elle n'a aucune pensée d'agression contre l'Allemagne. Les journaux allemands révèlent, à l'opinion, les armements, mais ne mentionnent pas la démarche conciliante et ne donnent pas le nom des arrondissements mobilisés.

On est encore dans le trouble et dans une sorte d'hésitation quand, tout à coup, se produit un événement presque incompréhensible, où il est bien difficile de ne pas voir quelque ruse du parti militaire. Le Lokal Anzeiger publie, prématurément, le 30 juillet, le décret de mobilisation de l'armée et de la flotte allemandes. M. Jules Cambon écrit, à ce sujet : « Il paraît certain que le conseil extraordinaire tenu hier soir à Potsdam, avec les autorités militaires et sous la présidence de l'empereur, avait décidé la mobilisation, ce qui explique la préparation de l'édition spéciale du Lokal Anzeiger, mais que, sous des influences diverses (déclaration de l'Angleterre réservant son entière liberté d'action, échange de télégrammes entre le tsar et Guillaume II), les graves mesures arrêtées ont été suspendues. «

L'opinion publique allemande est, cette fois, pleinement réveillée. Mais il est bien tard, car elle apprend, coup sur coup, en moins de vingt-quatre heures : 1° qu'étant donné la mobilisation russe, l'empereur François-Joseph a ordonné la mobilisation générale de l'armée austro-hongroise {Gazette de Francfort, i^^ août) ; 2° que l' Allemagne ayant demandé à la Russie de démobiliser immédiatement, et celle-ci ayant refusé, l'Allemagne est en état de guerre avec la Russie ; 3° que la Russie, «ayant attaqué le territoire et l'empire )), la guerre a commencé ( Gazette de Francfort, 3 août).

On entraînait le public allemand vers une explosion de sentiment unanime, en lui laissant ignorer l'enchaînement des faits diplomatiques : la réponse de la Serbie, la proposition

conciliante de Saint-Pétersbourg, les longues hésitations presque sympathiques de l'Angleterre. Il fallait, à tout prix, que l'empire « fût attaqué ». Pour l'opinion, il l'était (i).

La Russie était alors la grande responsable. On prend toutes les mesures de « prémobilisation », qui doivent entraîner le public patriote et le mettre en état de grâce.

L'ENTHOUSIASME L'empereur et l'im-

MILITAIRE pératrice sont arrivés

A BERLIN de Potsdam à Berlin,

le vendredi 31 juillet, à 2 h. 45 de l'aprèsmidi. L'automobile découverte suit l'avenue des Tilleuls ; l'empereur est en uniforme des gardes du corps ; il est suivi du kronprinz, du prince Henri et d'autres membres de la famille impériale. Longue acclamation. L'empereur salue gravement. Le kronprinz est accueilli avec plus d'enthousiasme encore.

La foule, un instant dissipée, se reforme, et, vers 6 h. 15, plus de 50.000 personnes poussent des hourras sous les fenêtres du palais impérial. L'empereur paraît. C'est du délire. Il parle : sa voix porte et elle est entendue sur toute la place où le silence s'est fait. Voici la version officielle du discours :

« C'est un jour sombre pour l'Allemagne... On nous oblige à prendre l'épée... Si, à la dernière heure, nos efforts ne réussissent pas à amener nos adversaires à s'entendre avec nous

(i) La machination contre la Russie parait avoir une très haute origine. En effet, le Timcs a raconté qu'il reçut, le 2 août, de Herr Ballin, « le puissant directeur de la Hamburg America Linie, considéré comme un ami personnel de Guillaume II, avec qui il est resté en relations depuis les hostilités », une lettre, pour être insérée, et qui a paru dans le numéro du 12 août. Or, cette lettre destinée à influer sur l'opinion universelle et notamment sur l'opinion anglaise s'exprime ainsi : « Tout a été rompu à cause de l'attitude de la Russie, qui, au milieu des négociations qui semblaient devoir suivre un cours favorable, a mobilisé ses forces, prouvant ainsi qu'elle ne croyait pas elle-même aux assurances pacifiques qu'elle prononçait... Il faut le redire, la Russie, et la Russie seule, a obligé l'Europe à la guerre. C'est elle qui doit porter le poids de cette responsabilité. »

Reste à savoir, comme le fait observer le Times, comment Herr Ballin concilie cette affirmation avec le point de vue qu'il a exposé à M. Rœder correspondant du Daily Telegraph : « Nous sommes convaincus que la guerre a été provoquée par l'Angleterre », etc.

l'opinion publique et la guerre

Assis

Debout

I-'Empert'iir Kronprinz Duc de Général Générnl Maréchal Maréchal

R. de Bavière Wurtemberg Von Kluck Von F.nimich Von Haeselcr Von Hindenburg

Amiral Von Tirpitz

Général Von Bulow

Général Général

Von Mackensen Von Moltke

Général V'on François

Kronprinz Général

Général Von Falkenhavn

Général Von Heeringen

Général Chancelier

Beseler de Bethmann-Hollweg

\on Lindendorft'

Général Von Einem

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