‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 118 sur 148 · VUE DE VARSOVIE. — LE PONT SUR LA VISTULE · texte numérisé non relu

VUE DE VARSOVIE. — LE PONT SUR LA VISTULE

qui s'étaient produits sur la frontière allemande. En réponse, M. J. Cambon cite des faits inverses beaucoup plus avérés. La conversation fut froide et sèche : on avait, de part et d'autre, hâte d'en finir. M. J. Cambon manifeste le désir de faire une visite personnelle au chancelier ; le ministre l'en dissuade : « l'entrevue ne servirait à rien et ne pourrait être que pénible ». Des fenêtres de l'ambassade, on voyait une foule ameutée sur la Pariser-Platz. M. J. Cambon demande quand tout cela finirait. Réponse évasive de M. de Jagow. Il part.

A 6 heures du soir, un fonctionnaire apporte les passeports de l'ambassadeur. Celui-ci désire rentrer par la Hollande et la Belgique : on lui déclare, d'abord, qu'il ne pourra partir que par la Suisse ou le Danemark ; puis, on lui assigne la voie de Vienne. Il s'agit, évidemment, de

retarder le plus possible son retour en France. L'ambassadeur refuse de partir par Vienne. Alors, on ne lui laisse ouverte que la route du Danemark : « Je déclarai à M. Langworth que je me soumettrais à l'ordre qui m'était donné, mais que je protestais. «

L'ambassadeur écrit à M. de Jagow : « On me traite presque en prisonnier. » Le personnel de l'ambassade est avisé qu'il ne pourra pas aller prendre ses repas dans les restaurants.

L'ambassadeur et le personnel de l'ambassade partent à lo heures du soir, le 4 août. Le voyage dura vingt-quatre heures. « J'étais accompagné du major von Rheinbaden et d'un fonctionnaire de la police. On a fait fermer les fenêtres et les rideaux des voitures ; chacun de nous a dû se tenir isolément dans son compartiment, avec défense de se lever et de toucher à ses sacs de voyage. Dans le cou-

loir des wagons, devant la porte de chacun des compartiments, maintenue ouverte, se tenait un soldat, le revolver au poing et le doigt sur la gâchette. »

On arriva à la dernière station allemande, le 5, vers onze heures du soir. Là, le major déclara à l'ambassadeur qu'il ne pourrait le conduire jusqu'à la frontière danoise, s'il ne réglait immédiatement le prix du voyage : 3.61 1 marks 75. On refusa un chèque sur une banque de Berlin, offert par l'ambassadeur, et il fallut faire une collecte parmi les Français présents pour réunir la somme exigée en or (i).

Pendant ce temps, M. de Schœn, qui avait paru, un instant, pouvoir provoquer un incident, par son attitude à Paris, était traité avec les plus grands égards et convoyé dans un wagonsalon avec tout le personnel de son ambassade, jusqu'à la frontière. Le wagon-salon fut, d'ailleurs, retenu et confisqué par l'autorité allemande.

Au Luxembourg, le ministre de France, M. Armand Mollard, avait été informé, le mardi matin, 4 août, par M. Eyschen, ministre d'État, que les autorités militaires allemandes exigeaient son départ. Le grand-duché était occupé, à titre temporaire, par les troupes allemandes, depuis le 2 août (2).

(1) Sur les protestations postérieures de l'ambassade la somme a été remboursée.

(2) La situation diplomatique avait été exposée en ces termes par le ministre dEtat, M. Eyschen, dans une lettre à M. Mollard :

Luxembourg, 4 août 1914.

« Monsieur le ministre,

« Par sa communication verbale d'hier soir, Votre Excellence a eu la haute obligeance de porter à ma connaissance que, conformément au traité de Londres de 1867, le gouvernement de la République entendait respecter la neutralité du Grand-Duché de Luxembourg, comme il l'avait montré par son attitude, mais que la violation de cette neutralité par l'Allemagne était toutefois de nature à obliger la France à s'inspirer désormais à cet égard du souci de sa défense et de ses intérêts.

« Vous me permettrez de constater, Monsieur le ministre, que la décision du gouvernement de la République est uniquement basée sur le fait d'une tierce Puissance dont, certes, le Grand-Duché n'est pas responsable.

« Les droits du Luxembourg doivent donc rester intacts.

« L'Empire allemand a formellement déclaré que seule une occupation temporaire du Luxembourg entrait dans ses intenti(ms.

« J'aime à croire, Monsieur le ministre, que le gouver-

M. Mollard dut céder à la force et fut reconduit à la frontière.

M. Allizé, ministre en Bavière, avait été également molesté, au moment de son départ de Munich. Il en fut de même de la plupart des consuls des puissances alliées, notamment de M. Armez, consul de France à Stuttgard.

Voici comment les choses se passèrent, à l'égard des représentants de l'Angleterre : après que la presse eut fait connaître l'état de guerre réciproque, entre l'Angleterre et l'Allemagne, une cohue excessivement excitée et désordonnée se massa devant l'ambassade britannique. La police est débordée. On ferme les portes. Des cailloux sont jetés dans les fenêtres et tombent dans les salons de l'ambassade. On dut avertir, par le téléphone, M. de Jagow, qui donna des ordres aussitôt,

nement de la République n'aura pas de peine à constater avec moi que de tout temps et en toutes circonstances, le Grand-Duché a pleinement et loyalement rempli toutes les obligations généralement quelconques qui lui incombaient en vertu du traité de 1867.

« Veuillez agréer, etc.

Le ministre d'État, Président du gouvernement, Eyschen.

Le général allemand Tulff von Tschepe und Weidenbach avait lancé la proclamation suivante :

« Tous les efl'orts les plus sérieux de Sa Majesté l'empereur d'Allemagne de conserver la paix ont échoué. La France ayant violé la neutralité du Luxembourg a commencé les hostilités — comme on constate avec le moindre doute — du sol luxembourgeois contre les troupes allemandes. En vue de cette nécessité urgente, Sa Majesté a ordonné aux troupes allemandes — en première ligne au 9^ corps d'armée — d'entrer dans le Luxembourg.

« L'occupation du Luxembourg a cependant le seul but d'ouvrir le chemin aux opérations futures. Elle se fait sous l'assurance formelle :

« 1° Qu'elle ne sera que passagère;

« 2° Que la liberté personnelle et les biens de tous les Luxembourgeois seront complètement estimés et garantis:

« 3° Que les troupes allemandes sont accoutumées à une discipline sévère ;

« 4" Que toutes les livraisons seront payées argent comptant.

« Je me fie au sentiment de justice du peuple luxembourgeois, ((u'il sera convaincu que Sa Majesté n'a ordonné l'entrée des troupes dans le Luxembourg qu'en cédant à la dernière nécessité et forcé par la violation de la neutralité du Luxembourg de la part de la France. En répétant les garanties susdites, j'espère que le peuple luxembourgeois et son gouvernement éviteront d'aggraver la tâche des troupes allemandes. »

Tulff von Tschepe und Wbidenbach Général commandant en chef le g' corps d'armée prussien.

L OPINION PUBLIQUE ET LA GUERRE

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