‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 119 sur 148 · PHOTOGRAPHIES ET AUTOGRAPHES DE S. M. LE TZAR DE RUSSIE ET DE SON FILS · texte numérisé non relu

PHOTOGRAPHIES ET AUTOGRAPHES DE S. M. LE TZAR DE RUSSIE ET DE SON FILS

HISTOIRK ILLUSTRÉE DE LA GUHRRK DE 1914

et puis, vint, lui-même, et se confondit en excuses. Il déclara que la conduite de ses compatriotes « lui avait fait éprouver une honte plus grande qu'il n'avait de paroles pour l'exprimer ». Au fond, la foule se sentait appiouvée et soutenue.

Le lendemain, 5 août, un aide de camp de l'empeieur se présenta à l'ambassade : il était chargé du message verbal suivant : « L'empereur m'a chargé d'exprimer à Votre Excellence son regret des événements d'hier soir ; mais de vous dire en même temps que, de ces événements, vous déduirez une idée des sentiments qu'éprouve son peuple au sujet de l'acte de la Grande-Bretagne, se joignant à d'autres nations, contre ses vieux alliés de Waterloo. Sa Majesté l'empereur vous prie également de dire au roi qu'il a été fier des titres de feld-maréchal britannique et d'amiral britannique, mais que, par suite de ce qui est arrivé, il se voit, maintenant, dans l'obligation de s'en dépouiller sur-le-champ. «

Et l'ambassadeur, rendant compte de l'incident, écrit : « Je désire ajouter que le message ci-dessus n'a rien perdu de son acerbité, par la manière dont il a été prononcé. »

Cet affront sanglant fut vite connu. A partir de ce moment, les autorités et la foule parurent satisfaites. L'ambassadeur, accablé des politesses de M. de Jagow, put partir directement par la voie hollandaise : « Nous ne subîmes aucune espèce de molestation et évitâmes le traitement dont la foule avait gratifié mes collègues français et russe. »

Le traitement infligé à l'ambassadeur de Russie et au personnel attaché à l'ambassade impériale est le plus indigne de tous. Une foule énorme s'était massée, au moment où le départ devait avoir lieu, devant et aux alentours de l'ambassade. Malgré la police à cheval, la foule accabla l'ambassadeur d'injures ; peu s'en fallut qu'il ne fût frappé. Les automobiles se suivaient, formant une sorte de convoi. Elles furent entourées de la foule et avaient peine à se frayer un chemin. Une foule innombrable, composée de nombreux représentants

des classes intellectuelles, les entouraient, proférant des injures, crachant au visage des voyageurs et frappant à coups de canne et de parapluie, non seulement les hommes, mais aussi les femmes et les enfants. Le chambellan Chrapovitzki, ancien premier secrétaire à l'ambassade de Russie à Berlin, est frappé, à la tête, de coups si violents que le sang coule ; la princesse Belosselka, américaine de naissance, la comtesse Litke, MmeTotleben, sont insultées ou frappées. On est dans la nécessité de cacher les enfants au fond des automobiles, pour les mettre à l'abri des coups.

L'impératrice douairière de Russie venait d'Angleterre et traversait l'Allemagne pour rentrer en Russie. Sur l'ordre des autorités allemandes, il fut interdit à Sa Majesté de continuer son voyage : on lui donna le choix, ou d'aller à Copenhague, ou de retourner à Londres. Elle dut obéir et passer par Copenhague pour rentrer chez elle.

SÉANCE La séance solennelle du

DU REICHSTAG, Reichstag s'ouvre le 4 août. LE 4 AOUT L'assemblée est réunie, d'a-

bord, en séance extraordinaire, puis en séance ordinaire. L'empereur est debout; il s'exprime en ces termes :

C'est à une heure fatidique que je rassemble autour de moi les représentants élus du peuple allemand... Je prends l'univers à témoin que, durant ces dernières années, si lourdes de complications de toutes sortes, nous n'avons cessé de nous tenir au premier rang pour épargner aux peuples de TFlurope .une guerre entre les grandes puissances. Les graves dangers que les événements dans les Balkans avaient fait surgir semblaient écartés. C'est alors que l'assassinat de mon ami, le prince héritier François-Ferdinand, a ouvert un abîme.

Mon noble allié, l'empereur et roi Frani;ois-Joseph fut forcé de recourir aux armes pour assurer la sécurité de son royaume contre les menées dangereuses d'un Ktat voisin. L'Empire russe s'est alors mis en travers de la Monarchie alliée qui poursuivait la revendication de ses intérêts les plus fondés.

Ce n'est pas seulement notre devoir de puissance alliée qui nous appelle aux côtés de l'Autriche-Hongrie. A nous, échoit aussi la tâche gigantesque de défendre, en même temps que l'ancienne communauté de culture des deux Etats, notre propre position dans le monde

L OPINION PUBLIQUE ET LA GUERRE

contre l'assaut des forces hostiles. C'est avec douleur que j'ai dû mobiliser mon armée contre un voisin avec lequel elle a combattu côte à cote sur tant de champs de bataille.

Le gouvernement impérial de Russie cédant à la poussée d'un nationalisme insatiable, a pris fait et cause en faveur d'un Etat qui. pour avoir fomenté des attentats criminels, portera la responsabilité de cette guerre.

Que la France se soit rangée parmi nos adversaires, cela ne pouvait aucunement nous surprendre. Trop souvent, nos efforts pour entretenir avec la République française des rapports plus amicaux se sont heurtés il d'anciennes espérances et à de vieilles rancunes.

Il ressortira pour vous, clairement, des documents qui vous sont soumis, que mon gouvernement, et surtout mon chancelier, se sont ciiorcés jusqu'au dernier moment d'éviter les solutions extrêmes, .acculés a notre défense légitime, nous tirons l'épée, la conscience pure et les mains pures.

J'en appelle au< peuples et aux tribus del'Empire allemand.

Que leurs forces s'unissent, et qu'ils marchent fraternellement aux cotés de nos alliés, pour défendre ce que nous avons forgé dans le travail et dans la paix.

A l'exemple de nos pères, résolus et Hdèles, graves et chevaleresques, humbles devant Dieu et vaillants devant l'ennemi, demandons avec confiance au Tout-Puissant qu'il veuille bien nous fortifier dans notre défense et la mener à bonne fin!

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