‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 120 sur 148 · LE GRAND-D · texte numérisé non relu

LE GRAND-D

Et vous, messieurs, le peuple allemand tout entier, rassemblé autour de ses princes et de ses chefs, a aujourd'hui les yeux tournés vers vous.

Prenez vos résolutions, d'un accord unanime et sans retard.

C'est là mon vœu fervent.

A ce discours, ponctué d'acclamations enthousiastes, l'empereur ajouta ces quelques mots :

Vous avez lu, messieurs, ce que j'ai dit à mon peuple du haut du balcon du château.

,Ie le répète : Je ne connais plus de partis, je ne connais que des Allemands. Et pour me montrer que vous êtes fermement résolus, sans distinction de partis, de rang ou de religion, à me soutenir à travers tous les obstacles, dans le malheur comme dans la mort, j'invite les chefs des partis à s'avancer et à me le jurer solennellement dans la main.

Nouvelles acclamations. Sauf les démocrates socialistes, qui n'assistent pas à la cérémonie, les chefs des différents partis s'avancent vers l'empereur qui leur serre à chacun la main.

Après que le chanceher de l'empire a déclaré la session ouverte, l'assemblée entonne l'hymne impérial : « Salut à toi, ceint des lauriers de la victoire ! » {Heil dir, im Siegerkranz.)

(Autographe du Grand-Duc) UC NICOLAS

s ARM K ES RUSSES

. Lorsque la dernière strophe eut retenti, l'empereur quitta la salle, suivi d'un tonnerre d'applaudissements.

L'empereur, comme on le voit, a pris le ton de l'épopée. Il a parlé en burgrave. Les vieux souvenirs de l'histoire allemande et prussienne sont évoqués pai lui. Il se sent enfin dans son rôle, dans un rôle. Il parle beaucoup de Dieu.

Le chancelier Bethmann-HoUweg est chargé d'exposer les faits et de plaider la cause, après que l'empereur, chef des tribus allemandes, eut chanté le bar dit.

. Voici les plus importants passages de ce discours, dont on remarquera les allégations imprécises, les lacunes voulues, l'argumentation captieuse. Le chancelier a donné, dans cette haranj^ue, un portrait trop exact de son âme et de l'âme allemande : loin, de chercher à dissimuler l'erreur morale de la politique qu'il défendait, il l'a proclamée. Ce plaidoyer est un aveu.

Messieurs, on vous a soumis une série de documents rassemblés dans la h'èvre des événements qui se précipitent. Laissez-moi en dégager les faits qui éclaireront notre attitude. Dès le début du conflit entre l'Autriche- Hongrie et la Serbie, nous n'avons cessé d'agir, par nos déclarations et par nos actes, pour que cette affaire restât localisée entre l'Autriche-Hongrie et la Serbie. Tous les cabinets, en particulier celui de l'Angleterre, partageaient le même désir. La Russie seule déclare qu'elle doit faire entendre sa voix dans le règlement de ce conflit. C'est alors que surgit le danger des complications européennes.

Aussitôt que les premières nouvelles positives concernant les préparatifs militaires russes nous parvinrent, nous fîmes savoir à Pétersbourg, d'une façon aimable mais ferme, que tous préparatifs militaires dirigés contre l'Autriche-Hongrie nous trouveront aux côtés de notre alliée, et que les préparatifs militaires faits contre nous, nous obligeront de notre côté à des mesures semblables. Entre la mobilisation et la guerre, il n'y a qu'un pas. La Russie nous fait part, de la manière la plus solennelle, de son désir de paix, et nous fait savoir que ces préparatifs militaires ne sont aucunement dirigés contre nous.

Entre temps, l'Angleterre essaie d'intervenir entre Vienne et Saint-Pétersbourg et nous lui prêtons notre appui.

Le 28 juillet, l'empereur envoie une dépêche au tzar

dans laquelle il le prie de considérer que l'Autriche- Hongrie a le droit et le devoir de se protéger contre les menées de la Serbie qui menacent son existence.

L'empereur lui rappelle en même temps les intérêts solidaires des souverains, en présence de l'assassinat de Sarajevo et il espère que le tzar lui prêtera son appui, dans ses efforts pour résoudre les différends entre la Russie et l'Autriche-Hongrie.

A peu près à la même heure, et avant la réception de son télégramme, le tzar prie instamment l'empereur de lui venir en aide; il a le désir de conseiller à Vienne la modération. L'empereur se prête à ce rôle d'intermédiaire. Mais, à peine a-t-il commencé à agir, que la Russie mobilise toutes ses forces contre l'Autriche- Hongrie. L'Autriche-Hongrie elle-même n'avait mobilisé que contre la Serbie, et elle n'avait rnis en mouvement au nord que deux corps d'armée, mais loin de la frontière russe. La mobilisation russe était déjà décidée tout entière, avant même que le tzar se fût adressé à l'empereur. L'empereur fit observer au tzar que son rôle d'intermédiaire devenait difficile, sinon tout à fait inutile, par suite de cette mobilisation générale contre l'Autriche-Hongrie.

Malgré cela, nous continuâmes notre intercession à Vienne et cela dans des formes qu'il était impossible d'outrepasser, si nous les voulions compatibles avec nos engagements d'alliés.

Pendant ce temps, la Russie renouvelait spontanément l'assurance que ses dispositions militaires n'étaient nullement dirigées contre nous.

Nous sommes alors au 3i juillet.

C'est de Vienne que doit venir la décision. Notre intercession a déjà eu ce résultat qu'à Vienne, sur nos instances, on est entré, encore une fois, en pourparlers directs avec Pétersbourg.

Mais avant que Vienne ait prononcé, nous parvient la nouvelle que la Russie a mobilisé toutes ses forces militaires, par conséquent contre nous également.

Le gouvernement russe qui savait pertinemment, par nos avertissements répétés, ce que signifiait la mobilisation contre nous, ne nous l'a pas même fait connaître, ne nous en donne aucune explication plausible.

C'est dans l'après-midi seulement qu'un télégramme du tzar parvient à l'empereur, par lequel il assure que son armée ne prendra aucune attitude agressive contre nous.

Cependant, la mobilisation russe, sur notre frontière, est déjà en pleine action depuis la nuit du 3o au 3 1 juillet.

Ainsi, tandis que nous intercédions à Vienne sur la prière du gouvernement russe, la force militaire russe se mettait en mouvement, tout le long de notre frontière qui est presque à découvert; la France ne mobilisait pas encore, mais poussait activement, comme nous l'apprenions, ses préparatifs militaires.

Et nous, pendant ce temps, nous n'avions, de propos délibéré, convoqué jusqu'alors aucun réserviste sous les drapeaux, par amour pour la paix de l'Europe.

l'opinion publique et la guerre

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