‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 121 sur 148 · LE TZAR AU MILIEU DES INFIRMIERES D'UN HOPITAL DE SAINT-PETERSBOURG · texte numérisé non relu

LE TZAR AU MILIEU DES INFIRMIERES D'UN HOPITAL DE SAINT-PETERSBOURG

Devions-nous prolonger encore notre patience, jusqu'à attendre que les puissances qui nous encerclaient eussent choisi l'instant du combat ?

Exposer l'Allemagne à un pareil danger eût été un crime. C'est pourquoi, le 3i juillet, nous sommons la Russie d'opérer sa démobilisation, comme étant le seul moyen qui pût désormais sauver la paix de l'Europe. Notre ambassade impériale à Pétersbourg reçoit, en outre, la mission de faire au gouvernement russe la déclaration qu'au cas où il repousserait notre proposition, nous nous considérerions comme en état de guerre avec lui. Notre ambassadeur a rempli cette mission. Quelle fut la réponse de la Russie à notre proposition? Nous l'ignorons encore aujourd'hui.

Des communications télégraphiques de Pétersbourg à ce sujet ne nous sont point parvenues, bien que le télégraphe ait, depuis, communiqué des messages bien moins importants.

C'est ainsi que l'empereur, comme le délai fixé était depuis longtemps écoulé, s'est vu dans la nécessité, le I" août à 3 heures de l'après-midi, de mobiliser.

En même temps, il nous fallait savoir quelle serait l'attitude de la F"rance. Nous lui avons demandé si, en cas de guerre russo-allemande, elle garderait la neutralité. Elle- nous a répondu qu'elle ferait ce que lui dicteraient ses intérêts.

C'était ne pas répondre à notre question, sinon par la négative.

Malgré cela, l'empereur a donné l'ordre qu'on respectât, en tous les cas, la frontière française; cet ordre a été observé de la façon la plus rigoureuse à l'exception d'un cas isolé. La France, qui avait mobilisé en même temps que nous, nous déclarait qu'elle respecterait une zone de dix kilomètres de la frontière.

Et qu'est-il arrivé en réalité? Les aviateurs ont lancé des bombes, des patrouilles de cavalerie et des compagnies se sont avancées sur notre territoire. Ainsi la France, sans que la guerre eût été déclarée, a rompu la paix et nous a vraiment attaqués.

Quant au cas isolé de tout à l'heure, je viens de recevoir la communication suivante du chef de l'étatmajor:

« Des plaintes du gouvernement français se rapportant aux violations du territoire de notre part, il n'en faut retenir qu'une. Malgré l'ordre donné, une patrouille du 14" corps d'armée, conduite probablement par un officier, a franchi la frontière, le 2 de ce mois. Elle a été sans doute anéantie, un homme seulement est retourné. »

Mais, longtemps avant ce simple empiétement de territoire, des aviateurs français avaient lancé des bombes sur nos lignes de chemins de fer et des troupes

françaises avaient attaqué les nôtres dans le passage de la Schlucht. Nos troupes se sont, d'après les ordres qui leur avaient été donnés, bornées uniquement à la défensive.

Voilà la vérité.

Nous sommes dans la nécessité, et nécessité ne connaît point de loi. Nos troupes ont occupé le Luxembourg et ont peut-être déjà foulé le territoire belge.

C'est contre le droit des nations. Le gouvernement a, en effet, il est vrai, déclaré à Bruxelles qu'il respecterait la neutralité de la Belgique tant que l'adversaire la respecterait. Nous savions cependant que la France était prête à l'agression. La France pouvait attendre; nous, pas. Une attaque française sur notre flanc, dans le Bas-Rhin, eût pu nous être fatale. Ainsi, nous avons été contraints de passer outre aux protestations fondées du Luxembourg et du gouvernement belge. Nous les dédommagerons du tort que nous leur avons ainsi causé, aussitôt que nous aurons atteint notre but militaire.

Quand on est aussi menacé que nous le sommes et qu'on combat pour ce qu'on a de plus sacré, on ne doit penser qu'à une chose, c'est de s'en tirer coûte que coûte.

L'Autriche-Hongrie et nous, nous marchons côte à côte.

Quant à l'attitude de l'Angleterre, les déclarations que sir Edward Grey a faites hier à la Chambre des Communes exposent le point de vue du gouvernement anglais. Nous lui avons donné l'assurance que tant que l'Angleterre restera neutre, notre flotte s'abstiendra d'attaquer la côte nord de la France et que nous respecterons l'intégrité territoriale et l'indépendance de la Belgique.

Cette déclaration, je la renouvelle ici publiquement devant le monde entier et je puis ajouter que, tant que l'Angleterre restera neutre, nous sommes prêts, en cas de réciprocité, à n'entreprendre aucune opération hostile contre la marine marchande française.

Je répète les paroles de l'empereur ; « C'est la conscience pure que l'Allemagne va au combat ».

La thèse est donc la suivante : Dans la difficulté austro-serbe, F Autriche-Hongrie n'avait à tenir compte que de ses propres sentiments ; l'Allemagne n'avait à tenir compte que des volontés de l'Autriche- Hongrie ; et l'Europe n'avait qu'à s'incliner devant les décisions des deux empires.

D'autre part, la Russie voulait la guerre ; elle a mobilisé contre l'Autriche et contre l'Allemagne, avant que l'Allemagne ait pu agir sur l'Autriche. L'Allemagne a sommé la Russie de démobiliser « parce que c'était le seul moyen de sauver la paix de l'Europe (!) »

et la Russie n'ayant pas obtempéré, la guerre a été déclarée à la Russie par l'Allemagne.

Quant à la France, c'est plus simple encore : la France a violé la frontière allemande, et, tout en reconnaissant que les troupes allemandes ont violé la frontière française, on se considère comme attaqué et on lui déclare la guerre.

Le passage sur la neutralité du Luxembourg et de la Belgique est immortel: « Nous sommes

DANS LA nécessité ET NÉCESSITÉ NE CONNAIT

PAS DE LOI... Nos troupes ont occupé le Luxembourg et ont peut-être déjà foulé le territoire belge : c'est contre le droit des NATIONS... Quand on est aussi menacé que nous le sommiCS et qu'on combat pour ce qu'on a de plus sacré, on ne doit penser qu'à une chose,

c'est a s'en tirer COUTE QUE COUTE ! »

Quant à l'Angleterre, on affecte d'ignorer ses véritables sentiments et l'état où la négociation a mis les choses. On sait que l'Angleterre a lié son sort à celui de la Belgique et de la France, mais on ne l'avoue pas.

Le discours est couvert d'applaudissements ; scandé de cris d'enthousiasme par une chambre en déhre : les députés allemands acclament l'homme qui n'a pas hésité à dévoiler, à la face de l'Univers, l'âme allemande, faite d'audace, de brutalité et de cynisme.

Plus tard, quand la fièvre eut disparu, on devait réfléchir et désavouer, mollement d'ailleurs, le chancelier, baisser la tête devant l'histoire. Mais la parole et le « tonnerre d'applaudissements durant quelques minutes », tout est officiel. Maître et complices trouvent, dans l'indiscutable enthousiasme de l'assemblée, leur éternelle condamnation.

La séance avait été soigneusement réglée. Il avait été décidé que personne ne prendrait la parole, sauf le chancelier et le président Kaempf, celui-ci devant exprimer le sentiment de toute la chambre ; mais qu'on réserverait, cependant, la parole, à un orateur du groupe socialiste. Les choses étaient ainsi réglées, quoi qu'il advînt. Elles se passèrent comme il avait été décidé.

L OPINION PUBLIQUE ET LA GUERRE

Le président Kaempf, parla brièvement, pour adhérer, au nom de la chambre et du pays, à la thèse gouvernementale et magnifier l'enthousiasme patriotique : « Nous savons que la guerre que l'on nous oblige à entreprendre est une lutte défensive... Le Reichstag se dispose à faire face à la guerre, à voter les lois qui assureront la conduite de la guerre et l'entretien de la vie économique... Jamais le peuple ne s'est montré aussi unanimement d'accord qu'aujourd'hui. Ceux-là même qui sont les adversaires acharnés de la guerre accourent sous les drapeaux... »

C'était la main tendue au parti socialiste. Tout cela, d'ailleurs, avait été encore arrangé dans a coulisse. C'est avec le sang du peuple que cette guerre d'hégémonie allait être entreprise; il fallait que ce sang, le peuple le donnât

avec joie et qu'il fût engagé de son propre mouvement.

L'attitude du parti socialiste avait été décidée dans une séance tenue le lundi matin, 3 août : « Les députés savaient à quoi s'en tenir, au sujet de l'agression dont on prétendait que l'Allemagne était victime ; ils connaissaient la mauvaise foi de leur gouvernement. Muller leur avait rendu compte de sa démarche à Bruxelles et à Paris et il avait pu les éclairer sur les faits.

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