‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 126 sur 148 · LES RUSSES MUSULMANS PRETENT SERMENT SUR LE CORAN · texte numérisé non relu

LES RUSSES MUSULMANS PRETENT SERMENT SUR LE CORAN

gée à 6 heures. Il n'y a que le chemin de Semlin qui soit sans animation. Tout le monde se précipite vers les gares. Environ le huitième de la population quitte Belgrade. Les autres attendent le bombardement, puis l'entrée de l'ennemi. A 6 heures et demie, on ne voit plus un militaire dans Belgrade. (Correspondance de

la Mùnchen Augsburger A bendzeitung du 28 juillet.) Ce qui n'empêche pas la presse officieuse austroallemande d'affirmer que Belgrade, ville ouverte, est bombardée pour dissiper les forces militaires qui s'y abritent !

Le prince héritier a signé le décret de mobilisation de l'armée, le samedi à 5 heures.

Il prend en mains le pouvoir. La Skoupchtina est convoquée, à Nisch, pour le 27 juillet.

A partir du 28, Belgrade est sous le feu des canons ennemis. La mobilisation générale de la vieille Serbie s'est terminée le 28; celle de la nouvelle Serbie commence aussitôt ; le prince royal se rend à Uskub.

Il ouvre solennellement la Skoupchtina et, au milieu de l'enthousiasme général, déclare que la Serbie a fait son devoir et compte sur l'appui de la Russie. La Gazette de Cologne et toute la presse allemande, commençant leur campagne de fausses nouvelles, annoncent l'occupation de Belgrade, le 30, à la suite d'un combat d'artillerie. « Le bourgmestre a rendu

la ville vide de ses habitants. » En fait, l'armée autrichienne s'en tient à des combats d'artillerie sur le Danube et sur la Dvina. Toutes les tentatives des troupes autrichiennes de débarquer sur le territoire serbe échouent.

Le Monténégro restera fidèle à son alliance avec la Serbie. Les forces miHtaires du royaume sont mobihsées le 31 juillet. Les premiers engagements sont favorables aux Monténégrins, qui s'emparent des défilés des montagnes.

A Belgrade, la situation est affreuse pour la population qui reste dans la ville. Composée de pauvres gens, femmes, enfants, vieillards, — toute la population virile étant sous les drapeaux, — elle est exposée, sans vivres, sans ressources et sans communications, au bombardement des Autrichiens, qui, malgré leurs efforts pour passer le fleuve, sont tenus en échec. La nouvelle de la déclaration de guerre de l'Allemagne à la Russie rend enfin l'espoir. La guerre générale, c'est la seule chance de salut qui reste à la Serbie.

Après huit jours de guerre, après des efforts réitérés, aucun soldat autrichien n'a pu pénétrer sur le territoire serbe. Et, de Belgrade, on voit les corps d'armée autrichiens quittant leurs positions, sans doute pour être envoyés sur le front russe. Les communications télégraphiques et téléphoniques sont rétablies. Il y a eu 150 victimes dans la population civile. Mais la crainte de l'invasion se dissipe.

Le Monténégro a déclaré la guerre à l' Autriche-Hongrie et les deux petits Etats se préparent, d'un cœur ferme, aux grands événements.

L'OPINION PUBLIQUE En Russie, la EN RUSSIE période que l'on

peut appeler préparatoire de la guerre s'étend du 24 juillet au 8 août, date de la réunion de la Douma...

Dès que la note austro-hongroise fut connue à Saint-Pétersbourg, l'opinion pubhque comprit la gravité de la situation. M. Poincaré et M. Viviani avaient quitté la Russie le jour même. On était fort des paroles échangées et

de l'alliance confirmée. C'est le premier sentiment qui se manifeste dans la presse russe. La Novo'ie Vremia écrit : « La réponse de la Russie est donnée dans les communiqués officiels, celui qui fut pubhé à propos de la visite de M. Poincaré et celui de ce matin, sur le conflit austro-serbe. Nous voulons la paix ; mais on nous entraîne à la guerre. Devant aucune menace, la Russie ne sortira de la voie que l'histoire lui a tracée. »

Le Courrier de Saint-Pétersbourg ajoute : « La seule réponse digne de la Russie serait la mobilisation sur la frontière autrichienne. »

Les hostihtés avaient commencé par la volonté de l'Autriche-Hongrie, contre la Serbie, le 25 juillet ; la guerre européenne résulta de l'ultimatum adressé par l'Allemagne à la Russie. Un téléj^ramme du ministre des Affaires étrangères russe aux représentants à l'étranger explique, en ces termes, la situation de la Russie au 2 août :

Il est absolument clair que l'Allemagne s'efforce, dès à présent, de rejeter sur nous la responsabilité de la rupture. Notre mobilisation a été provoquée par l'énorme responsabilité que nous aurions assumée, si nous n avions pas pris toutes les mesures de précaution à un moment où l'Autriche, se bornant à des pourparlers d'un caractère dilatoire, bombardait Belgrade et procédait à une mobilisation générale.

Sa Majesté l'empereur s'était engagé, vis-à-vis de l'empereur d'Allemagne, par sa parole, à n entreprendre aucun acte agressif, tant que dureraient les pourparlers avec 1 Autriche. Après une telle garantie et après toutes les preuves de l'amour de la Russie pour la paix, l'Allemagne ne pouvait, ni n'avait le droit de douter de notre déclaration, que nous accepterions avec joie toute issue pacifique compatible avec la dignité et l'indépendance de la Serbie. Une autre issue, tout en étant incompatible avec notre propre dignité, aurait certainement ébranlé l'équilibre européen, en assurant l'hégémonie de l'Allemagne. Ce caractère européen, voire mondial, du conflit, est infiniment plus important que le prétexte qui l'a créé. Par sa décision de nous déclarer la guerre, à un moment où se poursuivaient les négociations entre les puissances, l'Allemagne a assumé une lourde responsabilité.

Signé : Sazonoi-f.

Dès le 27, la Russie est en alarme et résolue. Un conseil des ministres, qui paraît avoir été décisif, se tient, sous la présidence du tzar.

L OPINION PUBLIQUE ET LA GUERRE

On assure qu'il aurait dit, à la fin de ce grand conseil du samedi : « Nous avons supporté cet état de choses pendant sept ans et demi : c'est assez. »

Le ministre de la Guerre passe la nuit, jusqu'à 5 heures du matin , au palais .

On décide une promotion des cadets, dans toutes les écoles militaires.

Au théâtre de Krasnoïé-Sélo une foule, composée surtout d'officiers en uniforme, acclame l'empereur dès qu'il paraît et entonne l'hymne russe. Fait considérable: le peuple prend part à l'émoi patriotique . Les grèves cessent comme par enchantement et les ouvriers reprennent , sans excep tjon, le travail dans les usines.

Les journaux paraissent avec des titres alarmants : « A la veille de la guerre ! » « La guerre est inévitable !

résume l'impression :

LE COMTE KOKOVTZOFF

ANCIEN PRKSinENT DT CONSl:il. KT MINISTRE DES FINANCES

Le Novoïe Vremia

Une parole de l'empereur d'Allemagne suffit pour que l'Autriche retire sa note... Une issue pacifique est seule possible, si l'Allemagne n'est pas fermement décidée à faire maintenant la guerre à la France et à la Russie... Alors, toute la responsabilité retomberait sur l'Allemagne.

La mobilisation partielle, limitée aux douze corps d'armée situés sur la frontière autrichienne, s'accomplit. Elle porte sur quatre

arrondissements militaires : Odessa, général Nikitine : 7^ et 8^ corps. Moscou, général Plehve : 5^, 13^, 17^, 25^ corps, en plus un corps de grenadiers. Kief, général Ivanof :ge, lo^, 11^, 12^, 21^ corps. Kazan, général Salza :

166, 246 corps.

Ces quatorze corps d'armée, sur pied de paix, comptent 400 . 000 hommes : incorporant 300.000 réservistes, c'est un total de 700.000 hommes.

Une note officieuse déclare :

La mobilisation de ces quatorze corps d'armée doit être considérée comme une réponse à la déclaration de guerre autrichienne à la Serbie : rien de plus, rien de moins.

Les Russes voyageant en Allemagne sont rappelés en Russie; l'or déposé dans les banques allemandes est transporté hâtivement dans les caisses russes. Les phares et les bateaux-feux sont éteints dans les ports et sur la côte de la Baltique; de même, dans la mer Noire , à Sébastopol,

sauf le phare de la Chersonèse. L'entrée des ports, sur toute l'étendue des côtes, est interdite pendant la nuit.

Le mouvement slave monte : de grandes

■li

manifestations patriotiques ont lieu à Saint- Pétersbourg et à Moscou. Cependant, la note officielle est encore pacifique : c'est toujours de l'Allemagne que l'on attend la parole décisive (29 juillet).

Cette parole n'est pas prononcée. Belgrade est bombardé. L'Allemagne s'est mise en état de guerre. Le Lokal Anzeiger a publié la nouvelle de la mobilisation générale. Dans ces conditions, la Russie croit devoir généraliser sa propre mobilisation .

L'ukase appelle sous les drapeaux : 1° Les réservistes de 23 gouvernements, en entier, de 71 districts et de 14 autres gouvernements ; 2» une autre partie des réservistes de 9 districts et de 4 gouvernements; 3° les réservistes de la flotte de 64 districts de 12 gouvernements russes et d'un gouvernement finlandais ; 40 les cosaques congédiés des territoires du Don, de Térek, d'Aslrakan, d'Orenbourg, de l'Oural ; 5° un nombre correspondant d'officiers de réserve, médecins, vétérinaires, etc. Les chevaux, voitures, attelages, sont réquisitionnés. C'est l'immense Russie qui se lève.

L'Allemagne lance son ultimatum, sommant la Russie de désarmer, le 31 juillet. Le délai expire le i^r août. C'est la guerre. La mobilisation placardée sur des affiches, le 31 juillet, s'accomplit dans un calme parfait.

« La population est toujours enthousiaste à l'idée de faire la guerre pour la sainte Russie et pour la cause slave. Mais, jusque dans les manifestations publiques, qui se multiplient par toutes les villes de l'empire, elle reste maîtresse d'elle-même. C'est un contraste frappant avec les inquiétudes qui précipitent les foules allemandes vers les caisses d'épargne. A déjeuner, chez Cubât, je cause avec des officiers. Tous sont dans l'admiration de leur mobilisation, de l'état d'esprit général. Aucun ne cache sa joie de la guerre prochaine. On sent une haine contenue des Germains, mais une haine qui va déborder. Et, comme ils sont sûrs et fiers de leurs hommes, comme ils les aiment et les glorifient!... Et toujours, toujours, comme un refrain, reviennent ces mots : « Vous savez, c'est « décidé, cette fois, nous, la Garde, nous marchons les « premiers » (i).

(i) L' Esprit public en Russie. Journal d'un mobilisé, par *** Correspondant du lo sept. 1914.

L'impression universelle est que les choses diffèrent du tout au tout de ce qu'elles étaient, lors de la guerre contre le Japon.

« L'important, dit un officier, c'est qu'il faut que l'Allemand mange le Russe ou que le Russe mange l'Allemand ; depuis longtemps, mais surtout depuis trois ans, nous sentons cela... Et, bien entendu, c'est le Russe qui mangera l'Allemand... Quelqu'un manifeste une certaine inquiétude au sujet des dispositions de la France. Le Français qu'il interpelle lui répond : « Soyez tranquille « pour les Français ; espérons seulement que les Russes ne « nous laisseront pas trop longtemps seuls à nous battre. » — « Soyez tranquilles aussi, répond le Russe, nous commen- « cerons dès que nous pourrons; mais, surtout, nous ne « finirons que quand tout sera vraiment fini, et, la fin, « c'est encore le plus important. »

L'émotion de tout ce peuple, de cet immense pays, de cet empire invisible qui ne se connaît lui-même que par l'image sensible du tzar, de l'icône terrestre, a besoin de se traduire par une apparition de la personne impériale aux foules qui la vénèrent sans la connaître.

C'est la scène que décrit un témoin :

Dimanche 2 août,

«4 heures. — Au Palais d'Hiver, l'empereur, les impératrices, les grandes-duchesses et toute la famille impériale, entourés de la cour, reçoivent les hommages des généraux, des officiers, des hauts fonctionnaires, des ambassadeurs, de tous les représentants de la noblesse, de la bourgeoisie et du peuple. Sur l'immense place, le peuple lui-même, une foule énorme, est réuni. Beaucoup, parmi ces gens, n'ont jamais vu l'empereur, et, rien que pour le voir, ils sont venus de partout. Depuis midi, ils attendent, tête nue, sous un dur soleil. Ils chantent, ils prient. Aucun appareil militaire. Pas de troupes. Trois ou quatre sentinelles sont aux portes du palais, aujourd'hui comme toujours. Un député à la Douma, en costume de boyard à cheval, harangue la foule par intervalles ; on lui répond par des hourras.

« J'ai été me placer tout au fond de la place, à une fenêtre du ministère du Commerce, qu'un de mes amis a bien voulu me réserver. Ces milliers d'hommes, tête nue, ces centaines de drapeaux, ces clameurs sont impressionnants, et, tout au fond, le palais rouge reste clos.

« 4 heures et demie. — Au-dessus de la grande porte, trois portes-fenêtres donnent sur un grand balcon. Lentement, ces fenêtres s'ouvrent. Il y a un moment d'attente, où l'on sent presque matériellement le halètement formidable du cœur énorme de la foule.

« Quelques minutes se passent ainsi, et, soudain, à la fenêtre de gauche, // paraît, avec, près de lui, l'impératrice.

« Une tempête furieuse de hourras, de clameurs, éclate

L OPINION PUBLIQUE ET LA GUERRE

S. E. M. Iswol?ky (Ministre des Affaires étrangères)

Le comte Frcdericksz S. M. l'Empereur

(Ministre de la maison impériale)

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