‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 132 sur 148 · LA CATHEDRALE DE RIGA · texte numérisé non relu

LA CATHEDRALE DE RIGA

qui ramène, plus qu'aucune autre, l'intérêt de la vie au seul bien-être matériel et qui est étrangère au regret de la patrie absente. Aujourd'hui, un Allemand, en s'établissant en pays étranger, ne rompt pas avec la grande patrie, dont le rôle dominateur, dans l'avenir, ne fait pas doute pour lui. Aussi, les Allemands sont certains que les hommes de noms allemands habitant à l'étranger sont des citoyens de leur patrie.

Ce danger s'accroissait si promptement, en Pologne et en Russie, qu'il n'était plus une seule partie de la nation qui n'en fût convaincue et qui n'eût, dans son cœur, pris la résolution de le combattre.

Nous avons vu les chefs de chacune des frac-

tions de l'Empire se lever dans la Douma et prêter, l'un après l'autre, le même serment. Seule, r extrême-gauche, dominée encore par l'illusion pacifiste social-démocrate, dont les chefs sont à Berhn, lutte contre elle-même et n'assiste pas au vote des crédits. Cette erreur des socialistes donnera, par la suite, prise sur leur conduite, et sera peut-être la cause initiale de fautes où les deux partis se laisseront entraîner. Libération, Libération, que de maux on peut commettre en ton nom !

Car, en somme, pour refouler la plus dangereuse des servitudes, la servitude allemande.

il faut l'union, il faut une armée, c'est-à-dire la discipline, l'empire, et, par conséquent, l'empereur. L'empereur est le chef de guerre. Tzar est César.

Malheureusement, la volonté de l'empereur ne s'exerce pas directement. Entre lui et son peuple, existe un organe de transmission, la bureaucratie. La bureaucratie s'est entêtée et compromise dans des formules attardées et des habitudes suspectes : elle a soulevé contre elle de formidables inimitiés. Ainsi, il est à craindre que des difficultés intérieures, les lenteurs et les imperfections du mécanisme, n'entravent le magnifique élan du slavisme uni autour du chef de la famille slave.

Se rend-on compte de la grandeur de cette guerre ? A-t-on préparé, d'avance, les ressources indispensables à ces immenses armées, qui, d'ores et déj à, se sont mises en mouvement ? A-t-on consulté les forces et les moyens d'action en Russie même et avec les alliés ?...

Les hommes ne sont pas tout... il faut des munitions, de l'argent. Le temps peut avoir le dernier mot : mais, il faut savoir laisser du temps au temps.

L'Allemagne était avertie. Elle savait ce qu'elle faisait, en précipitant les événements avant que l'artillerie lourde fût achevée, avant que l'industrie militaire russe eut atteint son entier développement, avant que les chemins de fer stratégiques de la Pologne, pour lesquels un emprunt venait d'être contracté en France, fussent construits.

Ces imperfections n'étaient nullement ignorées; en tous cas, Berlin les connaissait. Le baron Beyens, ministre de Belgique en Allemagne, écrivait le 28 juillet 1914 à son gouvernement : « L'impression que la Russie est incapable de faire face à une guerre européenne règne non seulement dans le sein du gouvernement impérial, mais chez les industriels allemands qui ont la spécialité des fournitures militaires. Le plus autorisé d'entre eux, M. Krupp von Bohlen, a assuré à l'un de mes collègues que l'artillerie russe était loin d'être bonne et complète, tandis que celle de l'armée

allemande n'avait jamais été d'une qualité aussi supérieure. Ce serait une foHe, a-t-il ajouté, pour la Russie, de déclarer la guerre à l'Allemagne dans ces conditions (i) . »

Le gouvernement allemand averti a saisi l'heure favorable pour livrer le combat décisif : Germains contre Slaves !

La Russie, de son côté, était prévenue; elle était résolue : était-elle préparée ?

L'OPINION PUBLIQUE Dans la période EN ANGLETERRE qui précède immé-

diatement la guerre, la diplomatie anglaise n'a fait, comme d'ordinaire, que refléter les dispositions de l'opinion.

Au début, l'Angleterre ne crut pas un seul instant qu'elle aurait à prendre partie dans une « querelle serbe ». De quel ton ces choses lointaines étaient traitées à I^ondres par les personnes graves ! Nous ne parlons pas du citoyen quelconque, « de l'homme de la rue » the man in the street. Celui-ci ne savait même pas qu'il y eût une question. Le public anglais, absorbé par ses querelles intérieures, n'avait plus, depuis longtemps, l'esprit tourné vers les affaires étrangères. Si vous parliez à un Anglais : Serbie, il vous répondrait infailliblement : Irlande.

Il y avait bien la vieille histoire de la rivalité commerciale avec l'Allemagne et les déclarations un peu échauffées de lord Roberts... Sujets d'articles de revue ou rengaines de vieux militaires !

La diplomatie radicale avait paré à tout : elle saurait maintenir l'équihbre entre les deux groupements européens.

L'attache avec la Double-Alliance n'engageait à rien, en cas de crise grave. Sir Edw. Grey ne cessait de le répéter à M- P- Cambon il devait l'affirmer, le 3 août encore, devant les Communes : « La Triple-Entente n'est pas une alliance, c'est un groupe diplomatique... Nous n'avons jamais rien donné de plus et nous n'avons jamais rien promis :^e plus que notre appui diplomatique. Dans la crise actuelle, jus-

( i| Livre gris, II, pièce 12.

L OPINION PUBLIQUE ET LA GUERRE

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