‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 139 sur 148 · DEPART DE RESERVISTES DE LA MARINE ANGLAISE · texte numérisé non relu

DEPART DE RESERVISTES DE LA MARINE ANGLAISE

affluent. Si le roi venait ici, on le porterait en triomphe, dans les rues de Londres... »

S. Comte de L.^laing.

Comme l'indique la lettre du ministre belge, la crise qui avait si singulièrement entravé l'action du cabinet se résolvait par la disparition de deux des membres principaux du ministère ; lord Morley, président du Conseil privé, et M. John Burns, président du Local Gouvernement Board ont donné leur démission ; ils sont remplacés respectivement par lord Beauchamp et M. Runciman. Par suite du remaniement ministériel, lord Kitchener entre dans le cabinet avec le portefeuille de la guerre.

La nouvelle de la déclaration de guerre fut accueillie avec un enthousiasme délirant par la population. Les rues se remphrent soudain. Tout le monde se rendait compte de la

grandeur des événements. Des manifestations patriotiques ont lieu dans les quartiers aristocratiques du West-End ; des bandes de manifestants, hommes et femmes, parcourent les rues, drapeaux en tête, en chantant des airs patriotiques.

La nation était debout auprès de son gouvernement.

Au cours de cette semaine décisive, l'Angleterre avait procédé avec une prudente lenteur. Même dans sa déclaration du 3 août, sir Edw. Grey avait encore retenu, sur ses lèvres, la parole suprême. Il explique lui-même cette réserve par les énormes responsabilités qui pèsent sur l'Angleterre aux Indes et dans tout l'empire.

Bien des raisons plaidaient pour la « neu-

tralité intégrale ». Mais, des raisons plus fortes poussaient le gouvernement et les peuples à une intervention que leur principale faiblesse était, en somme, de n'avoir pas prévue.

Et c'était là la cause suprême, la cause cachée de leurs hésitations.

Depuis de longues années, on lui répétait qu'une entente n'est pas une alliance et (que, dans l'état des choses européennes) une alliance comporte une armée. Elle avait fermé les oreilles et elle discutait encore sur la valeur d'une entente, quand elle sentait déjà confusément que les préparatifs de l'Allemagne étaient principalement dirigés contre elle.

Elle n'avait pas voulu attarder sa réflexion sur la formule : Notre avenir est sur les eaux, et elle voyait, maintenant, que la mer dépendait de la terre et que ses flottes étaient visées par Anvers et Calais. Sir Edw. Grey croyait ménager les nerfs du parlement et du pays en répétant : « Nous sommes libres » ; et il était contraint d'exposer, en même temps, quelle était cette liberté : « Si nous n'adoptons pas la ligne de conduite que je viens d'indiquer, — et nous avons à envisager les droits des traités de la Belgique, la situation éventuelle dans la Méditerranée, et les conséquences

qu'auraient pour nous-mêmes et pour la France notre inaction, — si nous déclarons que ces considérations importent peu, j'estime que nous sacrifierons notre honneur, notre nom et notre réputation et que nous n' échapperons pas aux plus sérieuses conséquences... »

Tant il est vrai que tout l'art du gouvernement se résout en deux termes : prévoir et vouloir !

L'Angleterre se reprenait à temps ; mais il n'était que temps. Heureusement, à sa tête se trouvaient des hommes assez imbus des vieilles traditions héroïques de ce grand pays, des hommes d'esprit assez droit et de cœur assez haut pour ne pas hésiter plus longtemps devant le devoir suprême qui prenait à la gorge la puissance anglaise, au moment où la persévérance dans l'erreur l'eût pour toujours compromise et déshonorée.

M. Asquith et ses collègues éprouvaient ce sentiment fier et libérateur, à jamais glorieux devant l'histoire, de relever le gant que l'Allemagne jetait à l'Angleterre par la double menace contre la France et contre la Belgique : et ils déjouaient ainsi la manœuvre infâme, qui, à la dernière minute, avait tenté d'embouteiller l'intérêt et l'honneur de l'Angleterre dans la neutralité.

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