‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 143 sur 148 · CHAMBRE DES DEPUTES · texte numérisé non relu

CHAMBRE DES DEPUTES

(Communiqué par l'Illustration.)

députés sortirent, le front soucieux, inquiets et troublés, doutant de leur œuvre. L'armée acclamait la guerre ; eux la subissaient, résignés, incertains si la nation était avec eux. « Quel contraste! Hier, la nation était là, tout entière, vibrante et sûre de sa cause. Ceux qui parlèrent en son nom, tous en des mots magnifiques, grandis à la hauteur de l'événement, furent vraiment les interprètes de son âme. »

Les historiens de l'antiquité composaient, pour les mettre dans la bouche des orateurs, des discours que les enfants récitent encore : nous avons la déclaration même de M . René Viviani , président du conseil, telle qu'elle fut entendue dans cette mémorable séance du 4 août 1914, exposé simple et fort, de faits et de documents, qui parle à la raison avec toute la force et la vérité.

Après un récit des pourparlers diplomatiques qui ont suivi l'envoi de la note austrohongroise à la Serbie, l'orateur expose la situation précise faite à la France :

«... Telle était la situation, lorsque, le 31 juillet au soir, le gouvernement allemand, qui, depuis le 24, n'avait participé par aucun acte positif aux efforts conciliants de la Triple-Entente, adressa au gouvernement russe un ultimatum, sous prétexte que la Russie avait ordonné la mobilisation générale de ses armées et il exigeait, dans un délai de douze heures, l'arrêt de cette mobilisation.

Cette exigence, d'autant plus blessante dans la forme que, quelques heures plus tôt, l'empereur Nicolas II, dans un geste de confiance spontanée, avait demandé à l'empereur d'Allemagne sa médiation, se produisait au moment où, à la demande de l'Angleterre et au su de l'Allemagne, le gouvernement russe acceptait une formule de nature à préparer un règlement amiable du conflit austro-serbe et des difficultés austro-russes, par l'arrêt simultané des opérations et préparatifs militaires.

Le même jour, cette démarche inamicale à l'égard de la Russie se doublait d'actes nettement hostiles à l'égard de la France : rupture des communications par routes, voies ferrées, télégraphes et téléphones, saisie des locomotives françaises à leur arrivée à la frontière, placement de mitrailleuses au milieu de la voie ferrée qui avait été coupée, concentration de troupes à cette frontière.

Dès ce moment, il ne nous était plus permis de croire à la sincérité des déclarations pacifiques que le représentant de l'Allemagne continuait à nous prodiguer... (Mouvement.)

Nous savions qu'à l'abri de l'état de guerre proclamé, l'Allemagne mobiUsait.

Nous apprenions que six classes de réservistes avaient été appelées et que les transports de concentration se poursuivaient pour des corps d'armée, même stationnés à une notable distance de la frontière.

A mesure que ces événements se déroulaient, le gouvernement, attentif et vigilant, prenait de jour en jour, et même d'heure en heure, les mesures de sauvegarde qu'imposait la situation ; la mobilisation générale de nos armées de terre et de mer a été ordonnée.

Le même soir, à 7 heures 30, l'Allemagne, sans égard à l'acceptation par le cabinet de Saint-Pétersbourg de la proposition anglaise que j'ai rappelée plus haut, déclarait la guerre à la Russie.

Le lendemain, dimanche 2 août, sans égard à l'extrême modération de la France, en contradiction avec les déclarations pacifiques de l'ambassadeur d'Allemagne à Paris, au mépris des règles du droit international, les troupes allemandes franchissaient en trois points différents notre frontière.

En même temps, en violation du traité de 1867, qui a garanti avec la signature de la Prusse la neutralité du Luxembourg, elles envahissaient le territoire du Grand- Duché, motivant ainsi la protestation du gouvernement luxembourgeois.

Enfin, la neutralité de la Belgique même était menacée, le ministre d'Allemagne remettait, le 2 août au soir, au gouvernement belge, un ultimatum l'invitant à facihter en Belgique les opérations militaires contre la France, sous le prétexte mensonger que la neutralité belge était menacée par nous ; le Gouvernement belge s'y refusa, déclarant qu'il était résolu à défendre énergiquement sa neutralité, respectée par la France et garantie par les traités, en particulier par le roi de Prusse. (Applaudissements unanimes et prolongés.)

Depuis lors, messieurs, les agressions se sont renouvelées, multipliées et accentuées. Sur plus de quinze points, notre frontière a été violée. Des coups de fusil ont été tirés contre nos soldats et nos douaniers. Il y a eu des morts et des blessés. Hier, un aviateur mihtaire allemand a lancé trois bombes sur Lunéville.

L'ambassadeur d'Allemagne, à qui nous avons communiqué ces faits, ainsi qu'à toutes les grandes puissances, ne les a pas démentis et n'en a pas exprimé de regrets. Par contre, il est venu hier soir me demander ses passeports et nous notifier l'état de guerre, en arguant, contre toute vérité, d'actes d'hostilité commis par des aviateurs français en territoire allemand, dans la région de l'Eiffel et même sur le chemin de fer de Carlsruhe à Nuremberg. Voici la lettre qu'il m'a remise à ce sujet :

1 Monsieur le Président, « Les autorités administratives et militaires allemandes ont constaté un certain nombre d'actes d'hostilité caractérisée commis sur territoire allemand par des aviateurs militaires français. Plusieurs de ces derniers ont manifestement violé la neutralité de la Belgique, survolant le

LA FRANCE EN FACE DE LA GUERRE

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