DEPART DE RESERVISTES A LA GARE DE L'EST
territoire de ce pays. L'un a essayé de détruire des constructions près de Wesel, d'autres ont été aperçus sur la région de l'Eiffel, un autre a jeté des bombes sur le chemin de fer, près de Carlsruhe et de Nuremberg.
« Je suis chargé et j'ai l'honneur de faire connaître à Votre Excellence qu'en présence de ces agressions, l'Empire allemand se considère en état de guerre avec la France du fait de cette dernière puissance.
« J'ai, en même temps, l'honneur déporter à la connaissance de Votre Excellence que les autorités allemandes retiendront les navires marchands français dans des ports allemands, mais qu'elles les relâcheront si, dans les quarante-huit heures, la réciprocité complète est assurée.
« Ma mission diplomatique ayant ainsi pris fin, il ne me reste plus qu'à prier Votre Excellence de vouloir bien me munir de mes passeports et de prendre les mesures qu'elle jugerait utiles pour assurer mon retour en Allemagne, avec le personnel de l'ambassade, eiinsi qu'avec le personnel de la légation de Bavière et du consulat général d'Allemagne à Paris.
« Veuillez agréer, monsieur le président, l'expression de ma très haute considération.
« Signé : Schoen. »
Ai-je besoin, messieurs, d'insister sur l'absurdité de ces prétextes que l'on voudrait présenter comme des
griefs ? A aucun moment, aucun aviateur français n'a pénétré en Belgique, aucun aviateur français n'a commis ni en Bavière, ni dans aucune autre partie de l'Allemagne, aucun acte d'hostilité. L'opinion européenne a déjà fait justice de ces inventions misérables. {Vifs applaudissements unanimes.)
Contre ces attaques qui violent toutes les lois de l'équité et toutes les règles du droit public, nous avons, dès maintenant, pris toutes les dispositions nécessaires ; l'exécution s'en poursuit avec une rigoureuse méthode et un absolu sang-froid.
La mobilisation de l'armée russe se continue également, avec une énergie remarquable et un enthousiasme sans restriction. (La Chambre entière se lève. — Applaudissements unanimes et prolongés.)
L'armée belge, mobilisée à 250.000 hommes, se dispose à défendre avec une magnifique ardeur la neutralité et l'indépendance de son pays. [Nouveaux applaudissements vifs et unanimes.)
La flotte anglaise est mobilisée tout entière et l'ordre a été donné de mobiliser l'armée de terre. (Tous les députés se lèvent et applaudissent longuement.)
Messieurs, voilà les faits. Je crois que, dans leur rigoureux enchaînement, ils suffisent à justifier les actes du gouvernement de la République. Je veux cependant, de
ce récit, dégager la conclusion, donner son véritable sens à l'agression dont la France est victime.
Les vainqueurs de 1870, ont eu, vous le savez, à diverses reprises, le désir de redoubler les coups qu'ils nous avaient portés. En 1875, la guerre destinée à achever la France vaincue n'a été empêchée que par l'intervention des deux Puissances à qui devaient nous unir plus tard les liens de l'alliance et de l'amitié {Applaudissements unanimes), par l'intervention de la Russie et par celle de la Grande- Bretagne. (Tous les députés se lèvent et applaudissent longuement.)
Depuis lors, la République française, par la restauration des forces nationales et la conclusion d'accords diplomatiques invariablement pratiqués, a réussi à se libérer du joug, qu'au sein même de la paix Bismarck avait su faire peser sur l'Europe.
Elle a rétabli l'équilibre européen, garant de la liberté et de la dignité de chacun.
Messieurs, je ne sais si je ne m'abuse, mais il m'apparaît que cette œuvre de réparation pacifique, d'affranchissement et de dignité définitivement scellée en 1904 et 1907 avec le concours génial du roi Edouard VII d'Angleterre et du gouvernement de la Couronne {Vifs applaudissements), c'est cela que l'empire allemand veut détruire aujourd'hui par un audacieux coup de force.
L'Allemagne n'a rien à nous reprocher.
Nous avons consenti à la paix un sacrifice sans précédent, en portant, un demi-siècle, silencieux, à nos flancs, la blessure ouverte par elle. {Vifs applaudissements unanimes.)
Nous en avons consenti d'autres dans tous les débats que, depuis 1904, la diplomatie impériale a systématiquement provoqués soit au Maroc, soit ailleurs, aussi bien en 1905 qu'en 1906, en 1908 qu'en 1911.
La Russie, elle aussi, a fait preuve d'une grande modération, lors des événements de 1908, comme dans la crise actuelle.
Elle a observé la même modération, et la Triple-Entente avec elle, quand, dans la crise orientale de 1912, l'Autriche et l'Allemagne ont formulé, soit contre la Serbie, soit contre la Grèce, des exigences, discutables pourtant, l'événement l'a prouvé.
Inutiles sacrifices, stériles transactions, vains efforts, puisqu'aujourd'hui, en pleine action de conciliation, nous sommes, nos alliés et nous, attaqués par surprise. {Applaudissements prolongés.)
Nul ne peut croire de bonne foi que nous sommes les agresseurs. Vainement, l'on veut troubler les principes sacrés de droit et de liberté qui régissent les nations comme les individus : l'Italie, dans la claire conscience du génie latin, nous a notifié qu'elle entendait garder la neutralité. {Tous les députés se lèvent et applaudissent longuement.)
Cette décision a rencontré dans toute la France l'écho de la joie la plus sincère. Je me suis fait l'interprète auprès du chargé d'affaires d'Italie en lui disant combien je me félicitais que les deux sœurs latines, qui ont même origine et même idéal, un passé de gloire commun, ne se
trouvent pas opposées. {Nouveaux applaudissements.)
Ce qu'on attaque, messieurs, nous le déclarons très haut, c'est cette indépendance, cette dignité, cette sécurité que la Triple-Entente a reconquises dans l'équilibre au service de la paix.
Ce qu'on attaque, ce sont les libertés de l'Europe, dont la France, ses alliés et ses amis sont fiers d'être les déenseurs. {Vifs applaudissements.)
Ces libertés, nous allons les défendre, car ce sont elles qui sont en cause et tout le reste n'a été que prétextes.
La France, injustement provoquée, n'a pas voulu la guerre, elle a tout fait pour la conjurer. Puisqu'on la lui impose, elle se défendra contre l'Allemagne et contre toute puissance qui, n'ayant pas encore fait connaître son sentiment, prendrait part aux côtés de cette dernière au conflit entre les deux pays. {Tous les députés se lèvent et applaudissent.)
Un peuple Hbre et fort qui soutient un idéal séculaire et s'unit tout entier pour la sauvegarde de son existence ; une démocratie qui a su discipliner son eftort mihtaire et n'a pas craint, l'an passé, d'en alourdir le poids pour répondre aux armements voisins, une nation armée, luttant pour sa vie propre et pour l'indépendance de l'Europe, voilà le spectacle que nous nous honorons d'offrir aux témoins de cette lutte formidable qui, depuis quelques jours, se prépare dans le calme le plus méthodique. Nous sommes sans reproches; nous serons sans peur. {Tous les députés se lèvent et applaudissent longuement.)
La France a prouvé souvent, dans des conditions moins favorables, qu'elle est le plus redoutable adversaire quand elle se bat, comme c'est le cas aujourd'hui, pour la liberté et pour le droit. {Applaudissements.)
En vous soumettant nos actes, à vous. Messieurs, qui êtes nos juges, nous avons, pour porter le poids de notre lourde responsabilité, le réconfort d'une conscience sans trouble et la certitude du devoir accompli. » {Tous les dépîités se lèvent et applaudissent longuement. — M. le président du conseil, de retour au banc du gouvernement, reçoit les félicitations des députés.)
Quand l'ovation patriotique faite au président du conseil fut calmée, la Chambre vota, sans débat, 25 projets de loi, déposés par les divers ministres pour l'organisation du pays en temps de guerre.
La séance fut ensuite suspendue dans le plus grand calme, pour attendre le vote du Sénat.
Au Sénat, le message du président de la République est lu par M. Bienvenu-Martin, garde des sceaux. M. Viviani donne ensuite lecture de la communication qu'il avait fait connaître d'abord à la Chambre.
LA FRANCE EN FACE DE LA GUERRE