‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 16 sur 148 · A BASILIQUE DE SAINT-PIERRE · texte numérisé non relu

A BASILIQUE DE SAINT-PIERRE

HISTOIRK ILLUSTREK DE LA GUKRRE DE I9I4

un lien. Entre Bismarck et Leibniz elle choisira ; et cette fois elle choisira Leibniz. L'axe de la véritable Allemagne sera déplacé ou, plutôt, il sera ramené où il doit être, c'està-dire vers le centre et vers le sud. Francfort, Ratisbonne, Augsbourg, Passau, ces vieilles villes sacrifiées à la gloire des ambitieuses rivales du Nord, sortiront de leur langueur. Un immense pays agricole et minier ne peut pas adopter sans péril la devise : « Notre avenir est sur l'eau. « Le peuple bavarois sentait naître ce péril dès 1870 : il a suivi le courant du militarisme et s'est grisé du vin capiteux de la Weltpolitik : il va réfléchir aux conséquences. Etait-ce là, en vérité, l'aspiration de cette magnifique puissance terrienne et continentale qu'est l'Allemagne ?

Une politique économique, équitable et prévoyante, saura réaliser, pour la masse laborieuse du peuple, des garanties que le syndicat des industriels et des hobereaux n'a jamais voulu lui consentir, préférant la guerre ellemême à la moindre déchéance. L'histoire, ici encore, apporte sa leçon : Jean Janssen a dit les responsabilités que les Ligues hanséatiques avaient assumées à la fin du moyen âge, lorsque leur système d'accaparement eut rendu la vie impossible à l'Allemagne des ouvriers et des paysans. Le xx^ siècle a revu ces odieuses exploitations : le développement du socialisme en Allemagne n'était rien autre chose que la résistance instinctive aux abus de tous les féodaux.

L'économique à la prussienne était, elle aussi, une survivance. Une organisation plus souple et plus humaine des tarifs et des salaires permettra au travailleur de vivre loyalement sur sa terre ou dans son atelier, sans se sentir guetté et se voir exploité par le calcul insolent et l'orgueil rapace de ceux qui considèrent la fortune et les loisirs comme un droit d'aînesse pour certaines castes ou pour certains peuples.

En un mot, la paix sera la paix : non plus celle qui fait étinceler son casque et qui tend le poing armé du gantelet de fer, mais celle qui permet aux hommes de vivre ce court passage

en se confiant les uns aux autres, et de laisser couler les jours sans le tourment du lendemain. Puisque la parole divine annonça la paix, ceux qui veulent la guerre et ne veulent que la guerre seront brisés.

Il est vrai que l'empereur Guillaume a tranché le problème du divin en se substituant à la Providence sur la terre : « Rappelez-vous que le peuple allemand est le peuple élu de Dieu. L'esprit de Dieu est descendu sur moi, en ma qualité d'empereur d'Allemagne. Je suis son arme, son glaive et son vice-roi. Malheur aux désobéissants ! Mort aux lâches et aux incrédules ! »

On a lu, sur le carnet d'un officier allemand, une remarque qui est comme le répons du peuple allemand au verset impérial :

« Ce soir, Guillaume, le plus grand, nous a donné un noble conseil : Vous pensez tous les jours à votre Empereur ; n'oubliez pas Dieu.

« Sa Majesté devrait se rappeler qu'en pensant à elle, nous pensons à Dieu; car, n'est-elle pas l'instrument tout-puissant du glorieux combat pour le bien ? )i

Eh bien, il faut que ces étranges aberrations aient un terme. C'est une folie redoutable aux peuples, quand une majesté terrestre prétend se substituer à la majesté divine. Et cette folie est précisément celle qui voua les empereurs de la décadence à la colère de Tacite.

Le peuple élu de Dieu n'est pas cantonné dans un coin quelconque de l'Europe : il est dispersé sur toute la terre ; il habite partout où sont honorés le droit, la justice, la vérité. Ces vertus, bonnes aux individus, sont bonnes aux peuples. Il n'y a pas seulement une conscience particulière, ou même une conscience nationale, il»existe une conscience internationale et humaine ! Le résultat de cette grande guerre sera de la dégager des instincts primitifs sur la planète tout entière. Cette guerre est la Guerre de la paix ; elle répandra par tout le globe des semences d'équité dont nos enfants recueilleront la moisson.

Le mois d'août 1913 a vu inaugurer, à La Haye, le Temple de la Paix ; le mois d'août

L ALLEMAGNE ET L EUROPE

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