DES BALKANS
Origines diplomatiques de la Wellpolitik. — Exposé du prince de Bûlow. La " Marche vers l'Est " et la Conquête de l'Orient par l'Allemagne. — L'Autriche-Hongrie dans les Balkans.
Le Rapprochement Franco- Anglais et l'affaire du Maroc. L'Affaire des Balkans. — La Paix de Bucarest. — Le Sort de la Bosnie et Herzégovine.
ous voici arrivés aux origines immédiates de la guerre actuelle, c'est-à-dire l'affaire du Maroc et la crise des Balkans. L'opinion publique n'en a pas deviné, immédiatement, les suites redoutables :
elle comprit, cependant, que la paix universelle était directement menacée.
Il importe de caractériser l'action déterminante et voulue de l'Allemagne sur ces événements : en remontant leur cours, on gagne la source d'où tout a découlé.
Le prince de Biilow, avec le manque d'opportunité insigne qui est le caractère de la diplomatie germanique depuis Bismarck, a publié son livre, La Politique allemande, à la veille de la guerre. On ne peut croire qu'il ait eu l'intention de rédiger un réquisitoire contre le gouvernement de son empereur et contre sa propre action ministérielle.
Et, pourtant, il en est ainsi. Le prince de Bûlow entreprend de démontrer que le gouvernement impérial a eu l'habileté de faire accepter la politique mondiale de l'Allemagne sans troubler la paix. Or, les faits répondent : La politique mondiale de Guillaume II et du u) Voir ci-dessus, p. ■264.
prince de Biilow a déchaîné la guerre universelle.
Bismarck avait bien averti ses successeurs; il appréhendait, qu'un jour, ce « rat de terre » qu'est l'Allemagne, ne sortît de son trou et ne s'élançât sur les eaux; il prévoyait l'accès de « vanité » qui devait tout compromettre.
Il fut prophète (i).
Le prince de Biilow prétend se donner comme un disciple de Bismarck ; en réalité, il le renie et lui tourne le dos.
Voici, en effet, les faits précis et le point de départ des responsabilités, tels qu'il les expose lui-même.
ORIGINES DE Le 28 mars 1897, le Rei-
LA « POLITIQUE chstag avait fait des réduc- MONDIALE » tions considérables sur les demandes du gouvernement impérial relatives aux armements maritimes et aux constructions navales. Le parlement allemand craignait évidemment de s'engager dans cette voie. Or, le 28 juin 1897, à Kiel, sur le Hohenzollern, l'empereur Guillaume chargea le comte de Biilow d'inaugurer la grande tâche de la politique allemande postbismarckienne et lui confia,
l'affaire du MAROC ET LA CRISE DES BALKANS
en même temps, la direction des Affaires étrangères.
L'amiral de Tirpitz fut nomme bientôt secrétaire d'Ëtat à la Marine, et il déposa, le 27 novembre, un nouveau projet de loi « qui aiguillait la politique navale dans une voie absolument nouvelle ». (Biilow.)
Voilà le point de départ !
Les faits qui se déroulent vont, maintenant , nous révéler le « Grand Dessein ».
D'abord, unemanifestation écla tante déclare au monde, selon la manière pompeuse de Guillaume II, ce que l'on veut et où l'on va. L'empereur accomplit, en 1898, son fastueux voyage à Constantinople et à Jérusalem. Il se rend à Damas, et, sur le tombeau du sultan Saladin, il prononce la phrase retentissante :
« Puisse Sa Majesté le Sultan, ainsi que les trois cents millions de fidèles qui révèrent, en lui, le khalife, être assurés que l'empereur allemand est leur ami pour toujours ! » On prétend ramasser tout le monde musulman d'un premier coup de filet.
Bientôt, le roi Carol de Roumanie, qui est un Hohenzollern, accorde à l'Allemagne des communications directes, par voie ferrée, avec Constantinople. Le 20 novembre 1899, la Porte concède à une compagnie allemande un réseau de chemins de fer dont la ligne princi-
S. M. LK ROI CAROL 1)K ROL'MANIli
pale, partant de Konieh, devait aboutir au golfe Persique : la mainmise sur l'empire ottoman s'affirme.
C'est alors que l'empereur Guillaume, à l'inauguration du port de Stettin, lance la devise-programme : « Notre avenir est sur la
mer ! »
Ainsi , tout se tient dans les faits, tout concorde dans les dates.
Le prince de Biilow donne , dans ses discours et dans son livre, la théorie du système. De toute évidence, il y a eu, de la part de l'Allemagne, parti pris et propos délibéré ; on retrouvera dans les archives impériales, se référant à une époque qui doit avoisiner les derniers mois de l'année 1897, les délibérations qui décidèrent du nouveau cursus; les grandes lignes étaient : constructions navales, pénétration dans la Méditerranée, entente avec l'élément musulman, antagonisme accepté avec l'Angleterre et avec la Russie, expansion coloniale au détriment des puissances possédantes : en un mot, politique mondiale, weltpolitik.
Déjà, nous avons indiqué comment cette donnée nouvelle visait une action parallèle en Extrême-Orient. C'est, en effet, le 5 janvier 1898, que la Chine dut céder à l'Allemagne le territoire de Kiao-Tchéou, et c'est à ce sujet que le comte de Bùlow s'explique, pour la
première fois, devant le Parlement allemand. Il disait : « L'envoi de notre escadre à Kiao- Tchéou n'est point du tout une improvisation. Elle est, au contraire, le résultat de mûres considérations, de l'examen de toutes les circonstances, r expression d'une politique calme et sûre de son but... » (9 février 1898.)
Voici, maintenant, l'exposé du système :
« Sommes-nous, de nouveau, à la veille d'un partage du globe, comme il y a cent ans ? Je ne le crois pas.
Mais, en tous cas, nous ne pouvons pas souffrir qu'une puissance étran gère, quelle qu'elle soit, nous dise :
« Le monde n'est plus à prendre! »
Nous ne voulons pas nous laisser marcher sur les pieds par aucune puissance étran gère, nous ne voulons pas nous laisser mettre à l'écart politiquement, ni économiquement.
Comme les Français, les Anglais et les Russes, nous
prétendons à une « plus grande Allemagne » {Vifs applaudissements à droite, rires à gauche)..., non pas dans le sens de la conquête, mais dans celui de l'extension pacifique... Votre ironie ne me trouble pas... Nous ne voulons pas et nous ne pouvons pas souffrir qu'on passe à l'ordre du jour sur le peuple allemand... » (11 décembre 1899.)
Et voici le programme des initiatives nouvelles, en ce qui concerne la question d'Orient, dont Bismarck avait dit « qu'elle ne valait pas les os d'un grenadier poméranien « :
Position est prise d'emblée contre le protectorat que la France exerce séculairement