‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 20 sur 148 · K RANGES EN LIGNE DE FILE · texte numérisé non relu

K RANGES EN LIGNE DE FILE

sition allemande tendant à un partage d'influence en Chine ; c'était un monde. Elle se montrait prête, nous l'avons vu, à ne pas s'opposer à un accroissement des colonies allemandes résultant de combinaisons possibles, au sujet des territoires portugais. Nous verrons la Russie donner son adhésion au programme d'expansion allemand, en Russie et en Perse. Nous verrons la France faire toutes les concessions possibles au Maroc.

Donc, les ambitions germaniques trouvaient le monde ouvert, pour ainsi dire, devant elles, sous la seule condition de tenir compte des droits acquis et de procéder avec mesure et dans un esprit de conciliation. Mais ses chefs voulaient, non pas discuter, mais imposer. Surtout, ils voulaient faire usage de la force, car c'est la manière allemande : « Sans force, il n'y a pas de droit. «

Cependant, l'Allemagne et l'empereur Guillaume prodiguaient les paroles menaçantes. A l'inauguration d'un fort sur la frontière de l'Ouest, Guillaume II dit : « Je te baptise fort Haeseler. Tu seras appelé à protéger les conquêtes de l'Allemagne contre ses ennemis de l'Ouest. « Et, bientôt après : « Je n'ai aucune crainte pour l'avenir, je suis convaincu que mon plan réussira. J'ai l'indomptable résolution de marcher d'un pas ferme, en dépit de toute résistance, dans la voie que j'ai reconnue la bonne. Pour organiser quelque chose, la plume n'est forte qu'autant qu'elle est soutenue par l'épée. » Et, bientôt après, célébrant l'anniversaire de de Moltke, l'empereur émet le vœu que « l' Etat-Major conduise l'Allemagne à de nouvelles victoires ».

Le plan, la route, la victoire!... Tout cela est clair, autant que peut l'être le style romantique habituel au souveram allemand. En langage réahste, cela veut dire « des conquêtes nouvelles ».

D'ailleurs, la flotte allemande prend, chaque jour, des proportions plus amples : elle s'est doublée en moins de deux ans. L'amiral von Tirpitz prépare des programmes infiniment plus vastes encore. C'est en présence

de ce système déclaré et de cette attitude nettement offensive, que les trois puissances particulièrement visées commencèrent à prendre leurs précautions.

L'Angleterre n'avait pas digéré les interventions plus qu'ambiguës de l'empereur Guillaume pendant la guerre du Transvaal ; la Russie, après la désastreuse guerre russojaponaise, reprenait le souci de ses intérêts en Europe et en Asie turques ; la France sortait lentement de l'état de dissension tragique où l'avait précipitée l'affaire Dreyfus. Un rapprochement était inévitable, en';re ces puissances, éminemment pacifiques, certes, mais qui sentaient peser sur elles, partout dans le monde, la menace de l'agression allemande.

LE RAPPROCHEMENT On sait que

FRANCO-ANGLAIS l'initiative éma-

ET L'AFFAIRE DU MAROC ^e de l'Angleterre. La plupart des difficultés coloniales qui avaient failh provoquer de graves désaccords entre elle et la France, s'étaient régléespeu à peu.

A Tunis, en Indochine, sur la côte de Somalis, au Congo, sur le Niger, à Madagascar, même sur le Moyen-Nil, des arrangements étaient intervenus après des années de longs et pénibles conflits diplomatiques. Restaient Terre- Neuve, l'Egypte, le Maroc. Une négociation s'engagea qui avait pour objet d'en finir d'un seul coup. Elle était due à la volonté formelle du roi Edouard, conscient du péril que courait l'Europe. Par cet accord, la France cédait ses droits sur l'Egypte ; l'Angleterre reconnaissait les droits de la France sur le Maroc.

En quoi un tel arrangement portait-il atteinte aux intérêts allemands ? A l'une et l'autre extrémité de la Méditerranée, bien loin de toute possession allemande, un pas était fait, de part et d'autre, dans le sens de la conciliation et de la pacification; le monde entier devait en profiter ; cet arrangement n'était, en somme, qu'une application de l'espèce de convention tacite existant jusque-là entre les diverses puissances et tendant à éviter, autant que possible, que l'expansion coloniale ne devînt

l'affaire du MAROC ET LA CRISE DES BALKANS

Page 1