‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 25 sur 148 · LA GARE DU CHEMIN DE FER CONSTANTINOPLE-BAGDAD · texte numérisé non relu

LA GARE DU CHEMIN DE FER CONSTANTINOPLE-BAGDAD

la part du gouvernement ottoman, en poursuit la réalisation. Elle apparaît, de plus en plus, comme une des « grandes pensées » du règne de Guillaume II. Par ses origines, le projet remonte à l'époque où était prononcée la fameuse phrase : « Notre avenir est sur la mer. » Le chemin de fer de Bagdad est le frère du plan naval qui décida de la construction hâtive des dreadnoughts allemands. On ne vit pas, d'abord, pourquoi l'Allemagne se lançait, si précipitamment, dans ces affaires gigantesques et coûteuses. Aujourd'hui, on commence à comprendre. L'Allemagne prépare de loin ses positions stratégiques en vue d'une opération diplomatique ou militaire à large envergure, qui paraît bien, décidément, dirigée contre l'Angleterre : un immense croissant allonge ses deux cornes sur le monde, depuis la mer du Nord, jusqu'au golfe Persique. Le chemin de fer de Bagdad fait pendant au canal de Kiel ;

Koweït est visé comme Flessingue. Aile gauche, aile droite, ainsi se dessine le schéma, d'abord pacifique, plus tard peut-être militaire, du vaste « encerclement » à rebours.

« Que ce plan, renouvelé du blocus continental, soit sage ou non, qu'il repose sur des intérêts ou des calculs plus ou moins fondés, tout démontre qu'il existe. Et il se combine avec une série d'autres dispositions et d'autres mouvements, qu'une même pensée directrice anime pour les mener au même but.

« L'un de ces mouvements, une fois lancé, est devenu presque irrésistible ; il porte le monde germanique vers l'est. L'Autriche, descendant le cours du Danube, a entraîné dans sa marche le grand empire du Nord (en vérité, on ne sait lequel des deux empires a entraîné ou poussé l'autre). La population allemande, sans cesse accrue, l'activité allemande devenue incompressible, l'épargne allemande avec laquelle il

faut compter désormais, toutes ces forces cherchent leur débouché. Après l'échec de la politique coloniale en Afrique et en Extrême- Orient, il ne reste plus à cette race prolifique et laborieuse qu'un champ d'action, l'Orient. Elle se porte de ce côté avec la force d'entraînement résultant de son poids même. La marche vers l'est, Drang nach Osten, tel est le nouveau cri de guerre des invasions germaniques! » (Février igii. La Politique de l'Equilibre, p.

Le péril couru par la paix européenne est tel que la sagesse pacifique de l'empereur Nicolas prend l'alarme. Il se rend à Postdam ( no vembre 1910) et offre de faire les sacrifices nécessaires pour laisseï aux ambitions allemandes leur libre développe ment.

La Russie renonce à l'opposition qu'elle avait faite, jusque-là, à la construction du réseau de Bagdad : un accord délimite les zones respectives des influences russe et allemande en Turquie d'Asie et en Perse ; tant était grand le désir des puissances de ne pas risquer une guerre générale en s'opposant aux ambitions germaniques !

L'AFFAIRE DAGADIR: Mais une crise LA FRANCE nouvelle et plus

CÈDE AU MAROC imprévue que tou-

tes les autres, après l'arrangement de 1908, se produisait dans les affaires du Maroc. L'opinion pangermaniste n'avait pas accepté

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