LES QUAIS DU PORT DE SALONIQUE
Rien de plus paisible que ces perspectives : c'est alors qu'éclate, comme un coup de foudre, la nouvelle de l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand et de sa femme la duchesse de Hohenberg, dans les rues de Sarajevo.
La visite de l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo était, de sa part, un fait d'une grande hardiesse et d'une importance considérable : elle dessinait une politique et affirmait une volonté.
La figure de l'archiduc restera, sans doute, énigmatique pour l'histoire : de matière un peu lourde, de complexion épaisse et sanguine, il n'avait, durant les années de sa jeunesse, rien promis de grand. Il était devenu l'héritier du trône impérial à la suite des événements tragiques qui avaient décimé la famille de François-Joseph. Ses sentiments extrêmement catholiques n'avaient pas em-
pêché son mariage avec la comtesse Chotek qui devint, par cette union, duchesse de Hohenberg et qui, ayant pris sur lui un grand ascendant, contribua, sans doute, à tourner les vues de l'archiduc vers une politique nouvelle (i).
L'archiduc n'était pas un homme d'Ëtat; mais il paraît avoir eu un très haut sentiment de la nature spécialement militaire de la monarchie austro-hongroise; il avait senti naître en lui des ambitions et même des
(i) L'archiduc François-Ferdinand était Hls de l'archiduc Gharles-Loui<;, frère cadet de l-'rançois-Joseph, et de l'archiduchesse Annonciade, princesse de Bourbon-Siciles. Il avait connu la comtesse Chotek dans l'entourage de l'archiduchesse Frédéric, dont elle était demoiselle d'honneur. L'empereur François-Joseph n'avait consenti au mariage, après une longue résistance, que sous la condition qu'il y aurait renonciation aux droits de la descendance dynastique de la part des enfants à naître du mariage. Le 28 juin 1900, l'archiduc déclara donc renoncer, au nom de ses enfants et de leur descendance, « à tous droits, honneurs quelconques, titres, blasons et privilèges pouvant résulter du mariage et du fait de la descendance du sang de l'archiduc ».
L ATTENTAT DE SARAJEVO. LA TENSION DIPLOMATIQUE