ALBANAIS REVENANT DE LA DEMEURE D'ESSAD PACHA
vues personnelles peut-être un peu vagues dans leur objet, mais très affirmées dans leur manifestation. Elles s'étaient déclarées en 191 1, quand il avait conçu le dessein de risquer une guerre avec l'Italie, dessein qui rencontra, comme on le sait, l'opposition résolue du ministre d'^renthal. Elles se manifestaient de nouveau avec plus d'intensité et de force à l'égard des Serbes, après l'entrevue que l'archiduc avait eu avec l'empereur Guillaume à Konopischt.
Guillaume II paraît s'être emparé assez habilement de l'esprit de l'archiduc pour faire servir les ambitions de celui-ci aux destinées de la politique allemande. Telle serait la portée du mot attribué à l'empereur quand il apprit l'assassinat de l'archiduc : « Toute mon œuvre est à recommencer. »
LES PROJETS M. Takejonesco
DE L'ARCHIDUC expose assez exac-
FRANÇOIS-FERDINAND tement les sentiments qui purent être communs aux deux interlocuteurs, dans ces entretiens qui décidèrent de
la vie de l'archiduc et de l'avenir du monde. En rapprochant son témoignage d'un autre, d'origine plus mystérieuse, on peut arriver aux approximations suivantes : le grand dessein de la « marche vers l'Ouest >^ se réaliserait par une entente définitive entre les deux empires germaniques. On combinait définitivement l'action austro-hongroise dans les Balkans avec une extension de l'influence allemande vers Constantinople et vers l'Adriatique. La Taegliche Rundschau a écrit : Dans cette entrevue de Konopischt, la question de Trieste a trouvé une solution.
En compensation de ce sacrifice, l'Autriche devait se mettre à la tête d'une confédération qui, de gré ou de force, ferait d'elle la maîtresse des destinées balkaniques. Le principal obstacle étant la Serbie, on l'abattrait d'abord.
C'était là, d'ailleurs, une détermination avérée chez les gouvernants austro-hongrois.
En 191 1, un Européen, voyageant en Bosnie et Herzégovine, eut à Sarajevo, avec un personnage administratif austro-hongrois, l'entretien suivant : « On n'a pas compris, en Europe, pourquoi le baron d'^^renthal a re-
nonce au district de Novi-Bazar. Est-ce que l'Autriche-Hongrie s'est désintéressée pour toujours de ses vues sur Salonique ? — Nullement, répondit le personnage austro-hongrois. — Mais, alors, pourquoi ces déclarations publiques ? — Le chemin qui passe par le district est le plus mauvais de tous ; nous en prendrons un autre. — Mais, lequel ? — Il passe par Belgrade et à travers la Serbie.
— Cela veut dire qu'il passe à travers une grande
guerre
? — C'est
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entendu . Cette guerre, il nous la faut. »
L'archiduc était conquis à cette idée, mais il élargissait sa portée et ses suites : « Il rêvait de donner à l'Autriche un nouvel éclat, de lui faire jouer un rôle, un très grand rôle. Il avait pensé à couper court aux difficultés nationalistes de son empire, en lui donnant une sorte de constitution fédéra-
tive impériale. Il était sûr de pouvoir incorporer à l'Autriche, non seulement la Serbie, mais aussi la Roumanie et la Bulgarie, sous la forme d'états confédérés, à l'instar de la Bavière dans l'empire allemand. Je sais, de la meilleure source, qu'il espérait attirer le royaume de bon gré dans l'empire des Habsbourg, en montrant aux Roumains que c'était pour eux la seule manière d'arriver à l'unité nationale. En même temps, il était sûr, — et
M. TAKE JONESCO
il ne s'en cachait pas — de pouvoir convertir à l'Eghse catholique romaine tous les habitants de l'Autriche-Hongrie, même les protestants. Il n'aimait pas les Magyars, et il détestait l'Italie — sur laquelle il avait voulu gagner des lauriers dès 191 1, — et il n'en avait été
empêché que par le non possumus absolu de d'^Erenthal. Il est probable qu'à Konopischt il ait fait, avec l'autre illuminé, l'empereur ( i ui llaume, de vastes plans de conquêtes universelles à deux. »
(Take Jonesco.)
Le plan ainsi esquissé, par un homme qui sait les choses des Balkans pour y avoir été mêlé officiellement, se complétait par d'autres vues plus hardies encore : « Il ne s'agissait de rien moins que d'absorber la Serbie et de reprendre à la Bulgarie, à la Grèce, à la Roumanie , par étapes successives, la plus grande partie des territoires arrachés à la Turquie.
On voulait réduire les Etats balkaniques à des expressions géographiques, en détruisant l'influence russe... François-Ferdinand exposa son dessein de saisir le premier prétexte venu pour réduire la Serbie à merci et pour s'emparer du petit royaume.
« En vertu de son principe de ne rien accorder gratuitement, le kaiser aurait acquiescé, mais en réclamant pour lui-même la satisfaction des ambitions allemandes si souvent exprimées :
L ATTENTAT DE SARAJEVO. LA TENSION DIPLOMATIQUE