VUE DE DURAZZO. — LE PRINCE DE WIED ET LA PRINCESSE ARRIVANT A DURAZZO
VUE DU pcn
r DE TRIESTE
soit l'accès de l'Adriatique par le port de Trieste. L'Italie et ses visées nationales étaient sacrifiées. On tomba d'accord sur ce point, qu'un débouché serait assuré à l'Allemagne sur l'Adriatique, en lui accordant liberté complète de trafic par une voie ferrée quasi neutralisée reliant l'Allemagne à Trieste (i). »
Ces projets ne faisaient que cristalliser, en quelque sorte, les ambitions de l'Autriche- Hongrie sur les Balkans, telles qu'elles flottaient dans l'atmosphère du Ballplatz et telles qu'elles sont exposées dans un mémoire émanant d'une personnalité des plus averties et dont nous extrairons ces quelques lignes : « Dans ses aspirations à l'hégémonie sur les Balkans, l' Autriche-Hongrie a toujours été poussée plutôt par le souci de son prestige que par une vue nette de ses intérêts. Avec son orgueil d'antique et jadis prépondérante monarchie, les satisfactions de vanité — ceci soit dit à son honneur — l'emportent de beaucoup, pour elle, sur la poursuite d'avantages matériels. Faire grande figure dans la péninsule à l' encontre de la Russie et régler à sa convenance l'expansion du slavisme était un programme dont le vague convenait aux conceptions de ses hommes d'Etat. Afin de le préciser, le but assigné devint la marche sur Salonique, sans qu'on sût, d'ailleurs, par quels moyens le réaliser, ni même quels profits en espérer.
« Mais, bientôt, apparut l'obstacle en travers de la route, la petite Serbie, résolue dans sa résistance, inquiétante par sa force d'attraction, assurée d'être soutenue par la main moscovite. D'où l'animosité toujours grandissante de l'Autriche contre la. dynastie régnant à Belgrade et sa continuelle préoccupation d'entraver le tenace développement serbe.
« Cet antagonisme, l'Allemagne n'a pas cessé de l'exploiter pour ses intérêts. Il lui convenait
(i) Ces indications sont données par M. René Bazin qui affirme les tenir d'un des hommes qui connaît le mieux le dessous des cartes. « On a fait allusion à des communications venant des entourages du Vatican. Le nonce du pape s'en est entretenu avec le prince Léopold de Bavière. » On eut vent de ces révélations à Pétrograd et au Quai d'Orsay. \Rcviie d'Italie, i^'" janvier ic)i3, p. oi.)
merveilleusement que l'empire austro-hongrois s'affirmât ainsi comme l'adversaire des progrès du slavisme, malgré les ménagements qu'il aurait dû s'imposer envers ses sujets jougo-slaves, et s'aliénât une cHentèle dans les Balkans que le commerce germanique s'empressait de faire sienne. Afin d'aggraver le conflit austro-serbe, ce fut donc l'effort constant de l'Allemagne d'exciter les ressentiments à Vienne et d'entretenir les rancunes à Belgrade, tout en acquérant, pour le négoce allemand (et pour la culture allemande, comme on l'a vu plus haut) le bénéfice des positions perdues par l' Autriche-Hongrie. »
L'archiduc François-Ferdinand, poussé par les conseils de l'empereur Guillaume, entrait donc dans le rôle de vainqueur, d'organisateur des Balkans, au moment précis où la faillite des combinaisons albanaises du comte Berchtold plaçait l'Autriche-Hongrie dans le dilemme ou d'être battue ou de risquer le tout pour le tout ; il faisait un premier pas, en se rendant à Sarajevo.