L'ARCHIDUC FRANÇOIS-FERDINAND ET SA FAMILLE
l'avis que la onzième heure a sonné : nous attendons le coup de la douzième. »
Cette question de la complicité serbe devait être précisée officiellement dans les termes suivants, par l'ultimatum austro-hongrois à la Serbie.
« L'instruction criminelle ouverte par le tribunal de Sarajevo contre Gravilo Princip et consorts du chef d'assassinat et de complicité y relative, crime commis par eux le 28 juin dernier, a abouti aux constatations suivantes :
« 1° Le complot ayant pour but d'assassiner, lors de son séjour à Sarajevo, l'archiduc François-Ferdinand fut formé à Belgrade par Gravilo Princip, Nedeljko Cabrinovic, le nommé Milan Ciganovic et Trifko Grabez, avec le concours du commandant Voija Tankosic ;
« 2° Les six bombes et les quatre pistolets browning avec munitions, moyennant lesquels
les malfaiteurs ont commis l'attentat, furent livrés à Belgrade à Princip, Cabrinovic et Grabez par le nommé Milan Ciganovic et le commandant Voija Tankosic ;
« 3° Les bombes sont des grenades à main provenant du dépôt d'armes de l'armée serbe à Kragujevaks ;
« 40 Pour assurer la réussite de l'attentat, Ciganovic enseigna à Princip, Cabrinovic et Grabez la manière de se servir des grenades et donna, dans une forêt, près du champ de tir, à Topschider, des leçons de tir avec pistolets browning, à Princip et à Grabez ;
« 50 Pour rendre possible à Princip, Cabrinovic et Grabez de passer la frontière de Bosnie-Herzégovine, et d'y introduire clandestinement leur contrebande d'armes, un système de transport secret fut organisé par Ciganovic.
« D'après cette organisation, l'introduction
en Bosnie-Herzégovine des malfaiteurs et de leurs armes fut opérée par les capitaines frontières de iSabac (Popovic) et de Loznica, ainsi que par le douanier Rudivoj Grbic de Loznica, avec le concours de divers particuliers (i). »
A ces accusations, les Serbes répondaient : «L'auteur principal du crime, l'étudiant Princip, déclare : « Il n'y a eu, dans cette affaire, aucune « instigation venue du dehors. Les dénonciations « de Cabrinovic, qui a dit le contraire, sont men- « songer es. »
« Toute l'accusation des complicités venues du dehors repose sur les déclarations de Cabrinovic. Or, Cabrinovic avait été signalé par la police serbe à la police autrichienne. Il est dé-
(i) Le procès fut jugé à Sarajevo à partir du 12 et le verdict rendu le 27 octobre 1914. L'analyse ci-dessous, extraite des comptes rendus austro-hongrois, prouve la volonté arrêtée du gouvernement impérial d'incriminer les autorités serbes d'après les plus vagues indices. En raison de l'importance historique de l'événement, nous croyons devoir donner une analyse complète du document :
« Sarajevo, 12 octobre.
« Vingt-deux personnes sont accusées de haute trahison et trois autres personnes sont accusées d'avoir connu la préparation du crime et d'avoir recelé les armes destinées à l'attentat. La plainte traite en détail des origines de l'affaire qui, à Belgrade, commença par une conjuration placardée par les organes de Narodna Ororma, l'exposé du voyage des conjurés, la contrebande d'armes et de bombes en Bosnie et ensuite, comment les conjurés enrôlèrent des aides à Sarajevo, comment ils se répartirent les armes et se placèrent dans les rues pour l'accomplissement de l'attentat. Princip avoue dans l'interrogatoire qu'avec le second coup, il voulait tuer Potiorek mais qu'il atteignit l'épouse de l'archiduc.
« La fin du réquisitoire traite des motifs de l'attentat. Elle expose le mouvement irrédentiste de la faction Grande Serbie de Belgrade qui pénétrait jusqu'à la cour..., le travail souterrain contre l'Autriche-Hongrie et la dynastie des Habsbourg en Serbie, Croatie et Bosnie et dont le but unique était d'arracher la Croatie, la Dalmatie, l'Istrie, la Bosnie, l'Herzégovine, ainsi que les provinces du sud de la Hongrie habitées par des Serbes, à la monarchie austro-hongroise pour réunir ces pays à la Serbie.
« Les accusés Princip, Grabez et Cabrinovi; avouent qu'ils ont sucé à Belgrade la haine de la monarchie austro-hongroise, et l'idée d'une « Grande Serbie », qu'ils s'efforçaient d'arriver à la réunion politique des peuples serbes du sud et à la ruine de l'Autriche-Hongrie, leur idéal étant la fondation d'un grand empire serbe. C'est pour atteindre cet idéal qu'ils avaient conçu et accompli le plan de l'assassinat de l'archiduc.
« Cabrinovic a avoué être devenu à Belgrade un Serbe nationaliste convaincu. Il se proposait d'arriver par la force des choses à la séparation des provinces sud-slaves pour les réunir à la Serbie. La pensée d'assassiner l'archiduc Ferdinand lui vint pour la première fois quand il apprit, par une découpure de journal qu'on lui avait adressée, que l'héritier du trône viendrait à Sarajevo. Il communiqua la nouvelle à
montré qu'il est le fils d'un agent de la police secrète autrichienne. »
Nous laisserons aux scrutateurs de ces âmes obscures, le soin de décider si les assassins ont été ou non le jouet des passions plus hautes ou des calculs plus bas, dont ils ont, en tous cas, subi l'ambiance. Leur bras était armé par les violences contraires qui se heurtaient au-dessus de leurs têtes. Leur geste terrible subissait l'histoire et la déchaînait tout ensemble.
Au moment de l'assassinat, l'empereur François-Joseph était à Ischl ; il fut avisé télégraphiquement.
Princip. Celui-ci lui fit faire la connaissance de l'employé des chemins de fer serbes, Ciganovic, pour recevoir par lui les armes et les bombes. Ciganovic lui déclara n'avoir pas de moven pour se procurer les browning et qu'il les adresserait pour cela au commandant (major) Tankosic. Dans l'intervalle, Princip et Cabrinovic avaient gagné Grabez à leur projet. Ciganovic donna des leçons de tir à Grabez et à Princip. Avant le départ pour la Bosnie, Ciganovic leur remit six bombes et du cyankali (?). En se séparant, il remit à Princip une lettre pour le major serbe Popovic àSchabatz. Celui-ci les reçut et leur remit de faux papiers pour les envoyer par le train à Loznitza, où ils furent reçus par le capitaine garde-frontière Pravanovic qui les confia à l'inspecteur serbe des finances Grbic pour leur faire passer la frontière.
« Cabrinovic se joignit à Princip et à Grabez à Tuzla et fit le voyage avec eux jusqu'à Sarajevo. Là, il réunit Danilo, Illic et tous les auteurs de l'attentat et leur distribua les armes et le cyankali. L'accusé Cabrinovic avoue avoir lancé une bombe contre l'automobile de l'archiduc dans l'intention de le tuer. Il reconnaît avoir été présenté en avril au prince héritier Alexandre de Serbie et lui avoir parlé. Cette présentation a été faite par le directeur d'imprimerie Civojin Dacio. L'accusé se refuse à révéler cet entretien.
i< Dans le procès qui continue plusieurs jours, l'accusé Vaso Cubrilovic dit avoir refusé de participer personnellement à l'attentat et d'y jouer le rôle à lui assigné, à cause de la présence de la duchesse de Hohenberg qu'il ne voulait pas tuer. L'accusé Cojekto avoue avoir été prié par Cubrilovic de prendre part au crime et avoir reçu un revolver d'Illic. Au moment décisif, le courage lui a manqué. Z)'a;;rè5 les précisions exactes des accusés, la participation de la municipalité de Belgrade à la propagande révolutionnaire en Bosnie est irréfutablement prouvée ainsi que l'origine serbe des bombes et des armes.
Le 16 octobre, on entend les accusés Jowanovic, Cabrinovic, Gjukic, le lycéen (Obergymnasiast) Perin, l'étudiant Porkapic, Kalember.
Le 27 octobre, le jugement est rendu.
Les accusés : Ilic Valjko, Cubrilovic, Niedo Kerovic, Jovi'anovic et Milovic sont condamnés à être pendus; Mitar Kerovic à la réclusion perpétuelle; Princip, Cabrinovic et Grabez à vingt ans, 'Vaso Cubrilovic à seize ans, Popovic à treize ans, Kranjcevic et Gjukic à dix ans, Stjepanovic à sept ans, Zagorac et Perin à trois ans de réclusion. Les autres accusés sont acquittés.
L ATTENTAT DE SARAJEVO. LA TENSION DIPLOMATIQUE