‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 41 sur 148 · L'ARCHIDUC FRANÇOIS-FERDINAND ET L'ARCHIDUCHESSE · texte numérisé non relu

L'ARCHIDUC FRANÇOIS-FERDINAND ET L'ARCHIDUCHESSE

DESCENDANT DE l'hOTEL DE VILLK DE SARAJEVO QUELQIES MINUTES AVANT l'aTTENTAT (28 JUIN I914)

cette décision fut si strictement observée que l'empereur Guillaume renonça à assister aux obsèques.

La cérémonie eut lieu à la chapelle de la Hofburg, le 3 juillet, en présence de l'empereur. La maîtrise, placée dans la sacristie, chanta les motets funéraires à mi-voix. Les enfants de l'archiduc n'arrivèrent à Vienne qu'après les obsèques et n'y assistèrent pas. Les cercueils, transportés par voie ferrée, passèrent en bac le Danube pour être conduits au château de Armtettcn où ils reposent.

A Vienne et dans la plupart des villes de l'empire, les fureurs nationalistes étaient déchaînées ; le drapeau serbe était insulté ; les foules parcouraient les rues en criant : « A bas la Serbie ! A Belgrade ! » Les perquisitions, les arrestations se multipliaient en Bosnie, en Croatie, en Bohême. La presse russe s'émouvait à son tour. La Gazette de Saint-Pétersbourg

écrivait : « L'Autriche lance un défi à la moitié de l'Europe orthodoxe. »

L'inquiétude générale crut trouver un apaisement dans une lettre de l'empereur François- Joseph à ses ministres, datée du 4 juillet, et qui attribuait l'attentat à « l'erreur d'un petit nombre d'hommes ». On fut frappé de l'accent résigné de la lettre : « Pendant soixantecinq ans, j'ai partagé avec mes peuples la tristesse et la joie, songeant toujours, même dans les heures les plus difficiles, à mes devoirs élevés, à ma responsabilité pour le sort des millions d'hommes dont j'aurai à rendre compte au Tout-Puissant... »

Comme le monarque ne faisait aucune allusion à des sanctions internationales, on crut que tout danger de rupture entre l'Autriche- Hongrie et la Serbie était écarté.

En Allemagne, la tendance semblait également moins pessimiste.

Le chargé d'affaires de France à Berlin,

HISTOIRE ILLUSTRÉE DE LA GUERRE DE igi4

M. de Manneville, télégraphiait le 4 juillet : « On pense que la Serbie donnera à l'Autriche les satisfactions nécessaires pour la poursuite des complices du crime de Sarajevo. Le gouvernement allemand ne paraît donc pas partager les inquiétudes qui se manifestent dans la presse allemande, au sujet d'une tension possible des rapports entre les gouvernements de Vienne et de Belgrade, ou, du moins, il ne veut pas en avoir V apparence. »

M. d'Apchier Le Maugin, consul général à Bvidapest, signale les mêmes dispositions favorables, du moins pour le moment.

Après avoir analysé un discours très réservé de M. Tisza.il ajoute :

« Officiellement pour le quart d'heure, tout est à la paix...

Tout est à la paix, du moins dans les journaux. Le gros pubhc, ici, croit à la guerre ;on m'assure que, chaque jour, des canons et

des mimitions sont dirigés en masse vers la frontière. Le gouvernement, soit qu'il veuille sincèrement la paix, soit qu'il prépare un coup, fait maintenant tout son possible pour calmer les inquiétudes. Mais cet optimisme de commande est, actuellement, sans écho ; les valeurs, sans exception, sont tombées, hier, à des cours exceptionnellement bas. »

En réalité, on gagne du temps pour mieux préparer le « coup » que l'on médite; les grandes résolutions paraissent avoir été prises, dès le 7 juillet, dans une conférence tenue par les ministres communs d'Autriche et de Hongrie, après une consultation avec le chef

ARRIÎSTATION DE PRIN'CIP

d' Etat-Major de l'armée, général Conrad de Hœtzendorff et l'amiral Hans.

Toute la question est de savoir ce que fera la Russie, au cas où l'on procéderait à des mesures d'exécution, décidées en principe, à l'égard de la Serbie. M. Sazanoff avait averti formellement l'ambassadeur d'Autriche-Hongrie, le comte Czernin, de « l'irritation inquiétante que les attaques de la presse viennoise

risquaient de produire dans le pays )). Comme l'ambassadeur laissait entendre que 1 e gouvernement austro-hongrois serait peut-être obligé de rechercher, sur le territoire serbe, les instigateurs de l'attentat de Sarajevo, M. Sazanoff lui dit nettement :

« Ne vous engagez pas dans cette voie ! »

On ne prit pas garde à ce conseil qui contenait un avertisseinent :

peut-être doutait-on qu'il fût suivi d'effet. La presse austrohongroise discutait ouvertement l'organisation militaire de la France et de la Russie, « présentant ces deux pays comme hors d'état de dire leur mot dans les affaires européennes ». La Militarische Rundschau écrivait : « L'instant nous est encore favorable. Si nous ne nous décidons pas à la guerre, celle que nous devrons faire, dans deux ou trois ans au plus tard, s'engagera dans des circonstances beaucoup moins propices. Actuellement, c'est à nous qu'appartient l'initiative : la Russie n'est pas prête ; les facteurs moraux et le bon droit sont pour nous, de même que la force. Puis-

l'attentat de SARAJEVO. LA TENSION DIPLOMATIQUE

Page 1