GUILLAUME II SLR LE PONT DE SON YACHT
qu'un jour, nous devrons accepter la lutte, provoquons-la tout de suite. » Ainsi, l'on voit poindre ce sentiment que la Russie, comme en 1911, reculera. La Neue Freie Presse, qui passe pour un journal modéré, écrit : « L'apaisement ne peut résulter, pour nous, que d'une guerre au couteau contre le fanserbisme », et c'est au nom de l'humanité qu'elle réclame V extermination de la maudite race serbe. (Livre jaune, p. 28.)
Cette note était donnée, surtout, par les journaux à la solde de l'Allemagne : en réalité, l'union des deux partis militaires était faite, et probablement la décision prise.
Tout au plus, peut-on admettre, qu'à Vienne, il y eut encore quelque hésitation dans certaines sphères ofifîcielles ou, du moins, qu'on n'y ait pas encore envisagé les pires conséquences. Tel est l'avis d'un des hommes qui fut à même de connaître le mieux les dessous de cette crise : « Conscient, malgré tout, que le peu de cohésion des peuples de la monarchie habsbourgeoise interdisait les trop violentes commotions, le ministère austro-hongrois ne se fût pas encore résolu à l'action, s'il ne s'était cru assuré que le conflit resterait limité entre la monarchie dualiste et le petit royaume serbe. Trompé par sa courte vue, il se laissait persuader que, ni la Russie, ni la France ne seraient en état d'intervenir et que l'occasion s'offrait de régler enfin une vieille querelle dans un duel inégal et sans danger. La Serbie, épuisée, à bout de souffle, après deux guerres en un an, dont la seconde était, d'ailleurs, le résultat des manœuvres sournoises de Vienne à Sofia, se trouvait réduite à céder, à subir une humiliation profonde et qui portait, sans doute, atteinte à la force d'attraction qu'elle exerçait sur les Slaves des Balkans et même sur ceux de l'empire. Même les puissances sur la sollicitude desquelles elle pouvait le plus compter, convenaient que détourner d'elle cette rude épreuve « était, en même temps, sauver la paix européenne ». L'Autriche-Hongrie allait ainsi triompher, sans que, cette fois encore, son perpétuel état de
mobilisation eût abouti à l'ouverture des hostilités... » (i).
Donc, tout au plus, une simple exécution militaire rapide et sans résistance. Les plus sages, leurrés par cet espoir, se laissaient ghsser peu à peu sur la pente où les poussait la volonté déclarée des plus ardents.
Ceux qui observent avec attention n'ont pas de peine à remarquer, dans les oscillations de chaque minute, que le parti de l'action a le dessus ; il mène de front le travail des griefs et celui des préparatifs militaires.
Tandis que le reste du monde s'émeut àpeine,
la Bourse viennoise est en pleine effervescence.
Le II juillet est une journée de panique à
(i) L'intrigue autrichienne en Bulgarieest prouvée parla publication dans le Mir, organe de M. Guéchoff (début de mai 191 5), du rapport adressé au gouvernement bulgare par M. Salabachoff, ministre de Bulgarie à Vienne, rapport daté du 29 mai 191 3, un mois avant l'attaque brusquée des Bulgares contre leurs alliés :
« Aujourd'hui, je me suis entretenu pendant une heure avec le comte Berchtold; il m'a dit que les négociations entre la Roumanie et la Bulgarie ne se poursuivent pas d'une façon satisfaisante, malgré les efforts du ministre d'Autriche à Bucarest; la question n'avance pas.
« Le comte Berchtold est d'avis que l'entente avec la Roumanie doit être activée afin de nous assurer de sa coopération contre la Serbie en cas de guerre, ou tout au moins, de sa neutralité.
« Le comte Berchtold dit que l'Autriche et l'Italie soutiendront activement la Bulgarie, non seulement pour lui assurer Serrés et Cavalla, mais aussi pour lui faire obtenir Salonique. L'empereur d'Allemagne personnellement, et pour des raisons dynastiques, favorise les prétentions de la Grèce sur Salonique, mais le comte Berchtold espère que l'Allemagne, à la fin, appuiera la Bulgarie pour lui faire obtenir cette ville. L'Angleterre, jusqu'à ce jour, ne s'es t pas encore prononcée sur cette question, mais il est à craindre que la France et la Russie n'exercent une pression sur elle en favtur de la Grèce.
« J'ai demandé ensuite au comte Berchtold quelle serait l'attitude que garderait l'Autriche-Hongrie, dans le cas d'une guerre contre la Serbie et la Grèce. Il m'a repondu que l'Autriche userait de toute son influence morale en faveur de la victoire des Bulgares en Macédoine et assisterait la Bulgarie contre la Serbie.
« J 'ai demandé, enfin, si l'Autriche serait disposée à faire une démonstration contre la Serbie, en concentrant des troupes sur ses frontières et si, en cas de besoin, elle serait disposée à nous soutenir d'une façon ou de l'autre. Le comte Berchtold a répondu : « L'Autriche, même actuellement, a suffisamment de troupes en Bosnie et en Herzégovine et sur les frontières hongroises pour exercer une assez forte influence sur la Serbie. La nécessité d'autres moyens à prendre dépendra de la décision du gouvernement bulgare et de la marche des événements. »
L ATTENTAT DE SARAJEVO. LA TENSION DIPLOMATIQUE