‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 43 sur 148 · LE PALAIS DE JUSTICE DE SARAJEVO · texte numérisé non relu

LE PALAIS DE JUSTICE DE SARAJEVO

Belgrade ; les Austro-Hongrois se réfugient à la légation, persuadés que le peuple serbe veut procéder contre eux à des Vêpres Siciliennes. La presse viennoise exploite cette « folle journée » et relève, dans les journaux serbes les plus inconnus, les moindres allusions blessantes pour l'empire.

Le 19 juillet, on écrit de Vienne au gouvernement français « qu'on aurait tort de s'en rapporter aux rumeurs d'optimisme ». Le correspondant apprend, de bonne source, « qu'on exigera beaucoup de la Serbie, qu'une note sera adressée à Belgrade dont l'allure impérative garantit presque assurément que la Serbie ne pourra l'accepter. Alors, on opérera militairement ».

Pour la première fois, la perspective d'une guerre générale est envisagée : « Il y a ici, et pareillement à Berlin, un clan qui accepte l'idée |du conflit à dimensions généralisées, en d'autres termes, la conflagration.

L'idée directrice est probablement qu'il faudrait marcher avant que la Russie ait terminé ses grands perfectionnements de l'armée et des voies ferrées, et avant que la France ait mis au point son organisation militaire... Tandis que les diplomates et le comte Berchtold se contenteraient d'une action localisée contre la Serbie, un travail officiel a visiblement pour but d'exciter le sentiment public et de créer une opinion favorable à la guerre. »

Ce point de vue est celui de la diplomatie austro-hongroise dans les Balkans. Le 21 juillet, le baron de Giest, ministre d'Autriche-Hongrie à Belgrade, l'expose dans un rapport adressé au comte Berchtold :

« ...Pour conserver à la Monarchie sa position de grande puissance, que dis-je, pour assurer son existence même, en tant que grande puissance, il ne sera pas possible d'éviter à la longue un règlement de comptes avec la Serbie, une guerre... Si, par consé-

quent, nous sommes résolus à formuler de vastes exigences liées à un contrôle efficace (car lui seul nous permettra de nettoyer les écuries d'Augias où se nouent les intrigues panserbes), il nous faudra alors envisager toutes les conséquences possibles et avoir, dès l'abord, la forte et ferme volonté de tenir jusqu'au bout. » (Livre rouge austrohongrois) (i).

On ne peut rester longtemps dans l'incertitude. Trois semaines se sont écoulées depuis l'attentat. Tout le monde sait qu'une note adressée au gouvernement serbe a été rédigée par les bureaux du Ballplatz. Le comte Berchtold est à Ischl, près de l'empereur, et son séjour se prolonge.

La Serbie, inquiète, a fait une démarche à Berlin (20 juillet) pour essayer de prévenir une rigueur excessive et inacceptable pioùr elle ; le chargé d'affaires de Russie a questionné discrètement le ministre des Affaires étrangères allemand, M. de Jagow, sur le caractère de la note, qu'on dit rédigée maintenant, et dont le cabinet de Berlin doit avoir connaissance. M. Jules Cambon fait une démarche analogue. M. de Jagow répond qu'il ignore absolument le contenu de cette note. La Bourse baisse à BerHn. Le bruit s'est répandu que les avis mihtaires officiels, mettant l'Allemagne dans une sorte de « garde à vous », ont été envoyés aux classes qui doivent être appelées sous les drapeaux.

L'émotion se répand dans les milieux diplomatiques tandis que le calme règne encore dans l'opinion générale. M. Bienvenu-Martin, ministre des Affaires étrangères par intérim, résume en ces termes les renseignements qui lui sont parvenus (22 juillet) : « Dans les circonstances présentes, la supposition la plus favorable qu'on puisse faire est que le cabinet de Vienne, se sentant débordé par la presse et par le parti militaire, cherche à obtenir le

(i) Le même diplomate a reconnu, d'ailleurs, que tout le mal vient de l'annexion de la Bosnie et Herzégovine : « Depuis la crise provoquée par Tannexion, écrit-il, Tes relations entre la Monarchie et la Serbie ont été empoisonnées, etc. »

maximum de la Serbie par une intimidation préalable directe et indirecte et s'appuie sur l'Allemagne à cet effet. «

M. Dumaine signale de Vienne qu'on est résolu à traiter la Serbie comme une autre Pologne et que l'ambassadeur d'Allemagne, M. de Tchirscky, « se montre partisan des résolutions violentes, au delà même, assuret-on, des intentions de son gouvernement ».

A Londres, l'ambassadeur d'Allemagne fait, auprès de sir Edw. Grey, une démarche qui laisse celui-ci sous une impression d'inquiétude. L'ambassadeur a dit que le gouvernement allemand « ne parvenait pas à modérer le cabinet de Vienne ». Sir Edw. Grey voit l'ambassadeur d'Autriche-Hongrie et lui conseille la prudence, la modération. Le ministre de Serbie ne lui a pas dissimulé ses appréhensions.

A Vienne, la chancellerie affecte toujours de croire à « un dénouement pacifique » et l'ambassadeur de Russie se sent si rassuré qu'il part en congé.

Cependant, une première lueur commence à filtrer : le président du conseil bavarois, ne sachant pas que Berlin affecte d'ignorer là note austro-hongroise, dit « qu'il en a connaissance »; il ajoute qu'elle lui semble rédigée en des termes acceptables pour la Serbie ; mais il ne cache pas que la situation lui paraît très sérieuse et il ne peut dissimuler un « réel pessimisme ».

Vienne et Berlin, qui ont pris certainement leur résolution, détiennent jalousement le secret de leur action imminente.

LA PÉRIODE Voyons comment ces trois D'ATTENTE, semaines se sont écoulées pour A PARIS l'immense partie de l'Univers

dont le sort se décide et qui est à la merci de quelques volontés faibles ou passionnées. En France, le cabinet Viviani est aux affaires, le président du Conseil ayant assumé le portefeuille des Affaires étrangères; M. Messimy est ministre de la Guerre; M. Pierre Gauthier, ministre de la Marine ; M. Bienvenu-Martin, garde des sceaux, vice-président du Conseil;

L ATTENTAT DE SARAJEVO. LA TENSION DIPLOMATIQUE

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