‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 44 sur 148 · LA FOULE ATTEND POUR DKHI.ER DEVANT LA DKPOUILLE MORTELLE · texte numérisé non relu

LA FOULE ATTEND POUR DKHI.ER DEVANT LA DKPOUILLE MORTELLE

M. Noullens, ministre des Finances; M. Marty, ministre de l'Intérieur.

La session parlementaire touche à sa fin ; les deux Chambres ont débattu longuement et voté finalement un projet de loi établissant l'impôt sur le revenu ; on s'est demandé, jusqu'à la dernière minute, si le président de la République pourrait quitter la France pour accomplir un voyage officiel à Saint-Pétersbourg, dont la date est, depuis longtemps, fixée au 20 juillet.

Le 13 juillet, M. le sénateur Humbert a, dans un discours retentissant, critiqué l'état de la préparation militaire en France.

M. Humbert a signalé certaines lacunes dans le matériel, notamment en ce qui concerne l'artillerie, l'habillement, les chaussures, l'état d'entretien des forts, les hangars de dirigeables, les camps d'instruction, la défense des côtes.

Fondées ou non, ces révélations, en pleine crise diplomatique, inquiètent le pays. Le ministre de la Guerre hésite à répondre. M. Clemenceau s'écrie : « Il nous faut des explications ; nous ne partirons pas avant qu'on nous les ait fournies. « Le lendemain, 14 juillet, jour de la fête nationale, la discussion est reprise devant le Sénat. Après les explications fournies par le ministre de la Guerre, le Sénat vote la proposition Boudenoot : « Le Sénat donne mandat à la commission de l'armée de lui apporter, à la rentrée des Chambres, un rapport sur la situation du matériel de guerre. »

Le débat sur le budget qui doit incorporer le nouveau système d'impôt sur le revenu fait la « navette » entre les deux Chambres. M. Jaurès intervient, au moment où la discussion paraît achevée, pour faire voter un amendement in extremis. Enfin, les deux Chambres se sont mises d'accord. M. Noullens dépose, en blanc, le projet de budget pour 1915 et M. Malvy donne lecture du décret déclarant close la session ordinaire de 1914.

Le même jour, 15 juillet, à minuit, le président de la République a quitté Paris pour entreprendre son voyage. Au lieu de se rendre à Cherbourg, il gagne Dunkerque où l'escadre de

l'amiral Le Bris et le cuirassé France ont reçu l'ordre d'aller l'attendre. Au départ de Paris, M. Viviani, président du Conseil, qui l'accompagne, est retenu jusqu'à la dernière minute par le travail parlementaire. Enfin, il arrive à minuit moins deux. Le président se trouvera en Russie au jour et à l'heure qui ont été fixés, c'est-à-dire le 20 juillet, à deux heures.

Sauf ces incidents parlementaires, qui ont, avec les événements prochains, une corrélation frappante mais que l'on ne peut deviner encore, les trois premières semaines de juillet se sont passées, à Paris, dans le calme habituel : le ministère a pris quelques mesures contre les dernières congrégations ; l'emprunt d'Etat, montant à 805 millions, en rentes 3 %, trop longtemps retardé et émis le 7 juillet, est souscrit quarante fois.

Les concours du Conservatoire sollicitent l'attention des nombreux Parisiens dont le théâtre est une des principales préoccupations. Le grand prix de l' Automobile-club est disputé sur le « circuit de Lyon « ; à Maisons-Laffitte, les courses ont lieu, comme d'ordinaire, avec le Prix du président de la République; des fêtes anniversaires de Victor Hugo sont célébrées à Guernesey ; M. Maurice Barrés rc\-icnt d'un voyage en Palestine et en Orient ; un grand combat de boxe est disputé entre Carpentier et Gunboat Smith.

Mais le grand événement qui passionne la presse, qui absorbe l'attention générale, qui soulève les passions les plus vives, c'est le procès intenté à M""' Caillaux qui, de deux coups de revolver, a tué, le 16 mars, M. Gaston Calmette, directeur du Figaro.

Le président de la République a débarqué à Cronstadt, le 20 juillet, à l'heure convenue. Le soir, un dîner a eu lieu, au palais impérial à Peterhof. Au dîner, assistent l'impératrice et toute la famille impériale ; on remarque le prince héritier de Monténégro et la princesse Hélène de Serbie. Les toasts échangés sont d'un accent volontairement pacifique, mais où l'on sent de la chaleur et de la force. Le tsar dit : « Le chef de l'Etat ami et allié est toujours

L ATTENTAT DE SARAJEVO. LA TENSION DIPLOMATIQUE

assuré de rencontrer un accueil des plus chaleureux en Russie ; mais aujourd'hui, notre satisfaction de pouvoir saluer le président de la République française est encore doublée par le plaisir de retrouver en vous une ancienne connaissance, avec laquelle j'ai été charmé de nouer, il y a deux ans, des relations personnelles... Je ne doute pas que, fidèles à leur idéal pacifique, et, s'appuyant sur leur alliance éprouvée, ainsi que sur des amitiés communes, nos deux pays continueront à jouir des bienfaits de la paix, assurée par la plénitude de leurs forces, en serrant toujours davantage les liens qui les unissent... « Et M. Poincaré répond : « Près de vingt-cinq ans ont passé depuis que, dans une claire vision de leur destin, nos pays ont uni les efforts de leur diplomatie... Fondée sur la communauté des intérêts, consacrée par la volonté pacifique

des deux gouvernements, appuyée sur des armées de terre et de mer qui se connaissent, s'estiment et sont habituées à fraterniser, afïermie par une longue expérience et complétée par de précieuses amitiés, l'alliance dont l'illustre empereur Alexandre III et le regretté président Carnot ont pris la première initiative, a donné la preuve de son action bienfaisante et de son inébranlable solidité. »

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