EN ALLEMAGNE
avait connu les
alternatives habituelles de son existence contrastée. Au début du mois de juin, la visite d'une flotte anglaise dans les eaux russes avait donné lieu au bruit d'un projet d'entente navale entre l'Angleterre et la Russie, bruit qui n'était pas absolument in fondé.
Par contre, la nouvelle inverse d'une entente des États- Maj ors allemand et austro - hongrois , dans l'éventualité d'une guerre contre la Russie, s'était confirmée.
Une chaleur accablante, qui compromettait la prochaine récolte, rendait la vie presque insupportable. Le tsar approuvait les mesures ordonnant la création de tout un réseau de chemins de fer nouveaux, dans la région de l'Amour.
M. Gorémékine était président du conseil des ministres, succédant à M. Kokowtsoff. Le nouveau ministre des Finances, M. Kaip, s'inspirant des vues de l'empereur, prenait les premières mesures pour la suppression de la consommation de l'alcool. Vers le 15 juillet, de graves dissentiments s'étaient produits entre patrons et ouvriers à Saint-Pétersbourg. Cette grève imprévue prenait soudain une grande extension. Le 18 juillet, 50.000 ouvriers quittaient le travail
et, bientôt, entraient en collision avec la police. Le grève se prolongeait, se développait dans des conditions anormales : loo.ooo grévistes parcouraient les rues de Saint-Pétersbourg ; les boutiques se fermaient, la circulation des tramways était suspendue, des bandes organisées arrêtaient la marche des trains, les rencontres avec la police et les troupes devenaient sanglantes ; la grève prenait un caractère politique, révolutionnaire ; elle gagnait, à Reval, les ouvriers des arsenaux; puis, s'étendait à Riga, Moscou, jusqu'à Tiflis. Malgré la visite du président de la République, Saint-Pétersbourg avait une physionomie triste. En réponse à la grève, les patrons prononçaient le lock out.
En Angleterre, les préoccupations de la pohtique intérieure n'étaient pas moins absorbantes.
La question du « Home Rule « était arrivée au point le plus aigu. La loi établissant un parlement irlandais ayant été votée en première lecture par les deux Chambres, 14 juillet, la résistance de l'Ulster s'était violemment affirmée. M. Carson, dans un grand meeting tenu pour célébrer l'anniversaire de la bataille de La Boy ne, avait déclaré que l'autorité du parlement de l'Irlande ne serait pas reconnue dans la province protestante de l'Ulster.
Les deux partis irlandais étaient armés jusqu'aux dents ; ils procédaient, l'un contre l'autre, à des manœuvres d'instruction militaire, à une véritable mobilisation avec
LE COMTE TISZA
armes, trains d'équipages, ambulances ; c'était, dans la pacifique Grande-Bretagne, comme un premier entraînement à la guerre : on affirmait que 80.000 volontaires étaient enrôlés dans les troupes de l'Ulster, tandis que les volontaires nationalistes étaient au nombre de 132.000.
En même temps, les suffragettes se livraient à leurs exploits ordinaires ; on trouvait des bombes dans les églises ; sur la voie publique, les meetings ou les réunions étaient troublés par des irruptions soudaines ; des femmes se jetaient à la tête des chevaux attelés aux voitures officielles ; le feu était mis à la gare de Blaby.
Le roi et la reine, après un court séjour en Ecosse, rentraient à Londres pour assister à la revue navale qui devait avoir lieu à Spithead, le 15 juillet.
On touchait au point culminant de la crise du Home Rule.
Le roi est obligé de retarder son départ pour assister à la revue, tant les inquiétudes sur le maintien de la paix intérieure sont grandes. La mobihsation navale est, d'ailleurs, magnifique : quatre cent quatre-vingt-treize navires sont complètement armés, équipés, en état de prendre la mer. A peine le roi a-t-il quitté Spithead, qu'après de longues hésitations, il se résout à intervenir lui-même pour essayer d'apaiser le conflit. Il décide la réunion, au ^^alais de Buckingham, d'une conférence entre les chefs des partis anglais et irlandais. En ouvrant cette conférence, il prononce un discours qui exprime l'intensité de ses angoisses patriotiques :
l'attentat de SARAJEVO. LA TENSION DIPLOMATIQUE