M. BIENVENU-MARTIN
d'Etat indépendant... On nous a donné un délai trop court. Nous pouvons être attaqués après l'expiration du délai par l'armée austrohongroise qui se concentre sur notre frontière. Il nous est impossible de nous défendre. Nous supplions Votre Majesté de nous donner son aide le plus tôt possible... » Cet appel
de détresse émeut profondément l'empereur et le gou vernem ent russe.
Avant que M. Poincaré ait quitté Saint-Pétersbourg, les éventualités prochaines ont pu être examinées ; elles ont sans doute attristé le dîner que le président Poincaré a offert au tsar Nicolas à bord du France, le soir du 23 juillet :
deux toasts ont été prononcés qui scellent, avec plus d'énergie que jamais, l'alliance francorusse et où l'on peut remarquer, déjà, une allusion aux événements qui se précipitent !
Le président dit : « Sur toutes les questions qui se posent chaque jour devant les deux gouvernements et qui sollicitent l'activité concertée de leur diplomatie, l'accord s'est toujours établi et ne cessera de s'étabUr, avec d'autant plus de faciUté que les deux pays ont maintes fois éprouvé les avantages procurés à chacun d'eux par cette collaboration régulière et qu'ils ont, l'un et l'autre, le même idéal de paix dans la force, l'honneur et la dignité. »
Clicht Manuel
LA NOTE AUSTRO-HONGROISE A LA SERBIE. LE CHOC DIPLOMATIQUE
s. E. LE COMTE SZECSÈN, AMBASSADEUR D'AUTRICHE-HONGRIE A PARIS
ET LE PERSONNEL DE l'aMBASSADE
Et l'empereur de Russie répond : « L'action concertée de nos deux diplomaties et la confraternité qui existe entre nos armées de terre et de mer faciliteront la tâche de nos deux gouvernements, appelés à veiller sur les intérêts des peuples alliés, en s'inspirant de l'idéal de paix que se proposent nos deux pays, conscients de nos forces. »
La note officielle communiquée à la presse le 24, par MM. Viviani et Sazonoff, tend à prouver également qu'on est renseigné sur les termes et les conséquences de l'ultimatum austro-hongrois ; elle s'exprime ainsi : « La visite que M. le président de la République vient de faire à S. M. l'empereur de Russie a offert aux deux gouvernements amis et alliés l'occa-
sion de constater la parfaite communauté de leurs vues sur les divers problèmes que le souci de la paix générale et de Y équilibre européenpose devant les puissances, notamment en Orient. »
Cependant, rien ne paraît changé encore dans les prévisions du voyage de retour.
Le télégramme suivant est envoyé de Cronstadt :
Amiral France à Marine. Pari.s.
24 juillet.
Division présidentielle appareille à trois heures et demie, à destination de Stockholm.
L'ÉMOTION La note à peine remise,
UNIVERSELLE une immense agitation se produit dans le monde diplomatique et, comme elle est publiée presque en même temps, l'agi-
tation se propage dans toute l'Europe et dans le monde entier.
A Paris, l'émotion produit un singulier mélange avec l'état de surexcitation qu'entretiennent les passions ardentes provoquées par le procès de M"" Caillaux. Les yeux se tournent alternativement vers le Palais de justice et le Palais d'Orsay. On est partagé entre l'affliction intérieure et l'inquiétude extérieure. La voix de maître Chenu ou de maître Labori, plaidant pour l'une et l'autre partie, les dépositions de M"" Gueydan, de M. et de M™' Caillaux, de M. Bernstein, des docteurs disséquant, pour ainsi dire, en public, le cadavre du pauvre Calmette, ces coups de théâtre presque convulsifs retiennent encore l'attention, quand le cœur est oppressé déjà par le pressentiment des grandes catastrophes.
Refoulons dans le passé ces tristes souvenirs !... Quand le verdict d'acquittement est rendu, le 29 juillet, la guerre est déclarée par r Autriche-Hongrie à la Serbie : c'est le drame qui commence.
M. Bienvenu-Martin a reçu communication de la note austro-hongroise en faisant observer que « le moment était bien mal choisi pour une démarche si impérative et de si court délai, à l'heure où le président de la République et le président du Conseil se trouvaient en mer, par conséquent hors d'état d'exercer, d'accord avec les Puissances qui n'étaient pas directement intéressées, l'action apaisante si désirable entre la Serbie et l'Autriche, dans l'intérêt de la paix générale ».
Le ministre, au dire de l'ambassadeur comte Szecsèn, rappela les bonnes relations existant entre l' Autriche-Hongrie et la France et exprima l'espoir que le litige serait réglé pacifiquement.
Par l'intermédiaire de M. Vesnitch, ministre de Serbie à Paris, qui n'a rien reçu encore et qui vient aux nouvelles, on conseille à la Serbie de chercher à gagner du temps. C'est pour enlever à la mise en demeure le caractère d'un ultimatum, que l'effort universel s'emploie d'abord.
Dans cette première phase diplomatique, ce que l'on désire obtenir, c'est uniquement un délai
Un fait d'une importance extrême n'échappe pas à l'attention de M. Berthelot, directeur des affaires politiques, par intérim, au quai d'Orsay : « L'Italie, quoique attachée à l'Allemagne et à r Autriche-Hongrie par la Triple- Alliance, n'a connu la note autrichienne que le 24, en même temps que les autres puissances ; elle n'a été ni pressentie, ni avertie. » Donc, dès la première heure, elle est mise en suspicion par ses partenaires de la Triple-Alliance.
L'Autriche procède avec plus de prudence à l'égard de l'Angleterre : on voudrait obtenir d'elle « un jugement objectif » sur la note austro-hongroise ; on semble garder l'espoir d'arracher au cabinet de Londres quelque parole favorable pour la cause austro-hongroise, avant qu'il ait eu le temps de se concerter avec les autres puissances de la Triple-Entente. Le comte Mensdorff reçoit mission, le 23 juillet, de donner à sir Edw. Grey des explications particulières : « En ce qui concerne la brièveté du délai imparti pour répondre à nos demandes, il faut l'attribuer à notre longue expérience des procédés dilatoires de la Serbie... Il nous est impossible d'accepter une méthode politique qui permettrait à la Serbie de prolonger à sa guise la crise qui vient de s'ouvrir. »
Sir Edw. Grey ne se laissa pas surprendre : Il répondit « qu'il allait tout d'abord convoquer les ambassadeurs d'Allemagne et de France parce qu'il voulait, avant tout, provoquer un échange d'idées avec ceux des Alliés de r Autriche-Hongrie et de la Russie qui n'avaient pas d'intérêts en Serbie ». C'était une base tout indiquée pour une médiation, si les empires germaniques se prêtaient de bonne foi à la négociation qu'ils ouvraient par leur communication aux puissances.
A Saint-Pétersbourg, on demande aussi une prorogation du délai, mais sur un ton différent. M. Sazonoff craint certainement que les dispositions conciliantes de la Russie ne passent pour de la faiblesse. Il dit donc du ton le plus ferme : « Il nous paraît indispensable, avant
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