‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 52 sur 148 · VUE DU PORT DE COPENHAGUE · texte numérisé non relu

VUE DU PORT DE COPENHAGUE

tout, que le délai donné à la Serbie pour répondre soit prorogé. » Il parle des conséquences néfastes et incalculables « pour toutes les puissances », qui résulteraient d'un refus ; et, surtout, il fait observer que, puisqu'on saisit les puissances, on ne peut pas leur refuser le moyen d'intervenir efficacement : « Un refus de prolonger le terme de l'ultimatum priverait de toute portée la démarche du gouvernement austro-hongrois auprès des puissances et se trouverait en contradiction avec les bases mêmes des relations internationales. »

QUE PRÉTENDENT Mais l'Allemagne, LES EMPIRES que pense-t-elle ?... que

GERMA NIQUES? fait-elle ? . . .

Au point où en sont les choses, la question est de savoir si l'Autriche joue un jeu dangereux, mais isolé, sans l'intention préconçue d'aller

jusqu'à une guerre générale, et si elle a pour objectif principal d'obtenir de la Serbie le maximum de concessions possibles, ou bien si, de concert avec son alliée, elle veut en finir avec le petit royaume voisin et profiter des cir*constances militaires favorables pour établir son hégémonie dans les Balkans, En un mot, les choses peuvent-elles encore s'arranger ?

Si oui, l'Allemagne est l'intermédiaire tout indiqué. Si non, et si le parti est pris, l'Allemagne aura pour tactique d'amuser le tapis, de se dérober à toute étreinte diplomatique et de ne se prêter aux pourparlers que dans la mesure où ils peuvent servir à entraîner l'opinion allemande et à tromper l'opinion du monde.

La procédure politique suivie par l'Allemagne va faire connaître les véritables intentions de l'alliance, intentions déjà si suspectes en raison du silence gardé à l'égard de l'Italie.

La personnalité politique dont j'ai déjà cité le témoignage à propos de la haute direction des affaires en Autriche-Hongrie, est portée à croire que le dessein de cette puissance d'aller à une guerre générale n'était peutêtre pas encore arrêté, même à cette heure suprême : « Il serait équitable de concéder à ses gouvernants qu'ils n'ont mesuré, ni entrevu les conséquences des actes qu'on leur faisait commettre. Même après avoir rompu brutalement avec Belgrade, le comte Berchtold, comme il appert de la lecture du Livre Jaune, a pu croire, ou, du moins, a paru se prêter à la prolongation de pourparlers qui réservaient quelques dernières chances d'accommodement entre son pays et la Russie. »

En effet, il serait dans la logique des choses que le grand dessein de la guerre, ayant été conçu en Allemagne, ait trouvé en Allemagne surtout une résolution énergique de l'exécuter. Mais la morgue austro-hongroise étaitelle capable de se dominer, même en présence des périls auxquels elle s'exposait ?...

Le plus probable est que les deux partenaires rusaient, de commun accord, pour prolonger une négociation n'ayant d'autre but que de gagner du temps, de chercher un bon terrain de rupture et, peut-être, d'obtenir l'abstention de l'Angleterre, en rejetant tous les torts sur la Russie.

S'il restait le moindre doute sur les vues de l'Allemagne à cette heure critique et sur les raisons à la fois générales et circonstancielles qui la déterminent à agir en prenant la guerre comme but et la négociation seulement pour moyen, il suffirait de relire la déclaration lue au Reichstag, le 3 août 1914, par le chancelier Bethmann-Hollweg, expliquant les raisons qui ont décidé l'Allemagne à déclarer la guerre. Cet exposé prouve que l'Allemagne considérait cette guerre comme sa guerre.

Après avoir fait le procès de la Serbie et exposé les raisons de l' Autriche-Hongrie, le chancelier ajoute : « Le gouvernement impérial et royal nous avisait de ces machinations et nous demandait notre avis. De

tout cœur, nous pouvions dire à notre alliée que nous partagions sa manière de voir et l'assurer qu'une action qu'elle jugeait nécessaire pour mettre fin en Serbie à l'agitation dirigée contre l'existence de la monarchie, aurait toutes nos sympathies. Nous avions conscience que des actes d'hostilité éventuels de l'Autriche-Hongrie contre la Serbie pourraient mettre en scène la Russie et nous entraîner dans une guerre de concert avec notre alliée ; mais nous ne pouvions, sachant que les intérêts vitaux de l'Autriche-Hongrie étaient en jeu, ni conseiller à notre alliée une condescendance incompatible avec sa dignité, ni lui refuser notre appui dans ce moment difficile.

« Nous le pouvions d'autant moins que nos intérêts se trouvaient au plus haut point menacés par les menées srurdes continuelles de la Serbie. S'il avait été permis plus longtemps aux Serbes, avec l'appui de la Russie et de la France, de menacer l'existence de la monarchie voisine, la conséquence en eût été l'écroulement progressif de l'Autriche et l'assujettissement de tout le slavis ne sous le sceptre russe, d'où serait résultée une situation intenable pour les peuples de langue allemande de l'Europe centrale. » (Voilà le fond de la pohtique allemande ; ce passage est en corrélation absolue avec le discours du même chancelier Bethmann-Hollweg, pour justifier l'augmentation des crédits militaires, le 7 avril 1913, V. ci-dessus, p. 54 et 116; par ce simple rapprochement, tout s'éclaire : le pangermanisme engage une guerre préventive contre l'extension éventuelle de la puissance russe...) (i).

(i) La tendance à créer un état d'esprit anti-slave en Europe était bien celle de la diplomatie allemande dans la période qui précède immédiatement la guérie. 'lémoin ce télégramme de M. P. Cambon, daté du 24 juillet, mais se référant à des événements antérieurs : « Le comte Benckendorff (ambassadeur de Russie) m"a dit que le prince Lichnowsky (ambassadeur d'Allemagne) à son retour de congé, il y a un mois environ, lui avait témoigné des vues pessimistes au sujet des rapports entre Pétersbourg et Berlin. Il avait noté l'inquiétude causée dans cette dernière capitale par les bruits de l'entente navale entre la Russie et l'Angleterre, par la visite du tzar à Bucarest et par le renforcement de l'armée russe. Le comte Benckendorff en avait conclu qu'on envisageait volontiers en Allemagne une guerre avec la Russie. »

LA NOTE AUSTRO-HONGROISE A LA SERBIE. LE CHOC DIPLOMATIQUE

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