ET LA RÉPONSE SERBE
La chaleur est accablante,
le président de la République est en mer. L'opinion, cette fois, est avertie : l'inquiétude est partout ; les Bourses sont affolées.
De Berlin, M. Jules Cambon télégraphie, le 24 juillet, donnant, d'abord, son impression, puis, le compte rendu de son premier entretien avec le ministre des Affaires étrangères allemand, M. de Jagow. Voici l'impression :
« Peu d'espoir dans une issue pacifique... une grande partie de l'opinion souhaite la guerre. «
Quant au résultat de l'entretien, il est purement négatif : « Le gouvernement allemand appiouve la note austro-hongroise ; mais il nie absolument l'avoir connue avant qu'elle eût été
communiquée à Belgrade. Sursaut de M. Cambon : « — Comment, vous vous êtes engagés à soutenir des prétentions dont vous ignoriez la limite et la portée ? » Et, M. de Jagow, d'un ton rogue : « — C'est bien, dit-il en interrompant, parce que nous causons entre nous personnellement, que je vous laisse dire cela ! »
Et puis, l'éternelle affirmation : « L'affaire doit être localisée ». « — Trouvez-vous donc l'affaire si grave ? » interroge, à son tour, le ministre, avec cette lourde manière des Allemands. « — Assurément, répond l'ambassadeur, si on a réfléchi à ce qu'on faisait en coupant les ponts derrière soi. »
M. Jules Cambon termine sa dépêche en donnant son sentiment personnel : « Tout indique que l'Allemagne se dispose à appuyer
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d'une façon singulièrement énergique l'attitude de l'Autriche. » Il cherche à démêler la raison pour laquelle la diplomatie allemande tient tant à faire croire qu'elle a ignoré la note austro-hongroise... Le cours de la négociation le démontrera : l'Allemagne manœuvre pour garder, jusqu'à un certain point, la confiance des puissances, de manière à rester maîtresse des pourparlers, jusqu'au moment où elle jugera qu'il convient de rompre.
L'Allemagne sait où elle va : elle vise la Russie et voudrait l'acculer, soit à renoncer à toute autorité sur les Balkans, soit à déclarer la guerre et à assumer la responsabilité devant l'opinion des neutres et devant l'histoire.
Que ce soit là le plan de la politique allemande, il suffit, pour l'établir, de citer le télégramme adressé, le 28 juillet, par le chancelier de l'empire aux Etats confédérés : « Quelques organes de l'opinion pubHque russe considèrent comme un droit tout naturel et un devoir de la Russie, de prendre activement parti pour la Serbie, dans le conflit austro-serbe. La Novoië Vremia croit que l'Allemagne, même, pourrait être rendue responsable d'une conflagration européenne résultant d'une démarche en ce sens, de la Russie, si elle n'engage l' Autriche-Hongrie à user de condescendance... Si