LA FOULK DEVANT LA CAISSE D'EPARGNE DE BERLIN
c'est-à-dire demain samedi, à six heures du soir, une réponse à l'Autriche, indiquant les points acceptés et inacceptables. On adressera, aujourd'hui même, aux puissances, la prière de défendre l'indépendance de la Serbie. Ensuite, ajoute M. Patchich, si la guerre est inévitable, nous ferons la guerre. »
Sur cette indication, la Russie précise sa propre attitude par un « communiqué officiel « ; « Les derniers événements et l'envoi, par l'Autriche-Hongrie, d'un ultimatum à la Serbie, préoccupent le gouvernement impérial au plus haut degré. Le gouvernement impérial suit attentivement l'évolution du conflit serboautrichien, qui ne peut pas laisser la Russie indifférente » (25 juillet).
M. Sazonoff est un esprit pondéré, précis, réaliste. On ne peut lui attribuer ni parti pris dangereux, ni ambitions téméraires. Il a la réserve insinuante des diplomates russes. Recevant l'ambassadeur d'Allemagne, il le prie de
signaler à son gouvernement le danger de la situation ; il s'abstient de faire allusion aux mesures que la Russie pourrait être amenée à prendre, si la Serbie était menacée dans son indépendance nationale ou dans l'intégrité de son territoire. L'ambassadeur d'Allemagne se dérobe, répond évasivement ; puis, il parle haut, récrimine.
M. Sazonoff a une mauvaise impression.
Il n'en tient que davantage à rester maître de lui-même : » J'estime, dit-il au chargé d'affaires de France, que, si le gouvernement austrohongrois passait à l'action contre la Serbie, nous ne devrions pas rompre les négociations. M
On voit naître dans les entretiens de M. Sazonoff et des représentants de l'Autriche-Hongriç et de l'Allemagne, le premier conflit diplomatique qui devait élargir le débat jusqu'à le transformer en guerre européenne.
Le compte rendu de ces entretiens est d'un
ton plus monté dans les dépêches des ambassadeurs que dans le récit -du ministre russe. « D'après le Livre rouge austro-hongrois, M. Sazonoff, après avoir écouté l'exposé que lui fait le comte Szapary des attentats et des responsabilités serbes, interrompt et demande s'il est prouvé que ces attentats aient leur origine à Belgrade. ))
L'ambassadeui répond «qu'ils sont une émanation des provocations serbes... )) « — En somme, dit le ministre russe, vous voulez faire la guerre à la Serbie...
Quelle existence vous allez préparer à l'Europe ! »
Il écoute très patiemment le long «commentaire » autrichien (i) soulignant parfois quelques détails d'un mot ; et, soudain, ce coup droit :
« — Vous nous apportez un dossier, laissez -nous le temps de l'étudier. Sinon, pourquoi saisir les puissances ? « L'ambassadeur est embarrassé : « — Nous fournissons ces renseignements aux puissances dans le cas où cela les intéresserait » (2). Et le ministre : « — En présence de l'ulti-
|i| Voir le mémoire complet avec les Annexes dans le Livre rouge austro-hongrois (n" 19).
(2) Le comte Berchtold avait dit, dans son instruction à l'ambassadeur : « La communication n'a que le caractère d'une information qui, selon moi, est un devoir de courtoisie internationale. » (Livre rouge. \