BELGRADE, VUE DU TERRITOIRE HONGROIS
Cette attitude de l'Angleterre lui permet, du moins, de garder le contact avec l'Allemagne ; on obtient ainsi une déclaration qui mettra bientôt l'Allemagne dans son tort le plus évident. Le 27 juillet, sir E. Goschen télégraphie : « Au cours d'une conversation, le secrétaire d'État m'a dit que, jusqu'à présent, l'Autriche ne faisait qu'une mobilisation partielle, mais que si la Russie mobilisait contre l'Allemagne, cette dernière aurait à suivre le mouvement. Je lui ai demandé ce qu'il entendait par « mobiliser contre l'AUemagne ». Il m'a répondu que, si la Russie ne mobilisait que dans le Sud, l'Allemagne ne mobiliserait pas; mais que si la Russie mobilisait dans le Nord, l'Allemagne serait obligée d'en faire autant. »
Le ministre allemand ajoutait, toutefois, que le système de mobilisation de la Russie
était chose si compliquée qu'il pourrait être difficile de se rendre compte, d'une manière exacte, de la locaUsation de la mobihsation, que, par suite, « l'Allemagne aurait à faire la plus grande attention pour ne pas se laisser surprendre ».
Sauf ce petit avantage, bientôt démenti par les faits, l'Angleterre n'a rien obtenu de plus, du côté de l'Allemagne.
Aussi, la Russie ne peut dissimuler son inquiétude.
Soulignant encore ses instructions, sir G. Buchanan a dit, le 27 juillet, à M. Sazonoff, que l'Angleterre ne pouvait promettre de faire rien de plus : « — Vous seriez dans l'erreur, ajoute-t-il encore, en pensant que la cause de la paix pourrait être améliorée, si nous disions au gouvernement allemand qu'il aurait affaire à nous en même temps qu'à la Russie et à la
France, s'il appuyait l'Autriche par la force des armes. L'attitude de l'Allemagne et de l'Autriche serait seulement raidie par une pareille menace. Nous pouvons, tout simplement, amener l'Allemagne à user de son influence à Vienne pour empêcher la guerre, en nous adressant à elle, à titre d'amis, soucieux de sauvegarder la paix. »
Cette déclara tion émeut profondément la Russie ; en même temps, elle confirme l'Allemagne et l'Autriche dans leur sentiment optimiste au sujet de l'Angleterre . Sir Edw . Grey télé graphie lui-même à sir G. Buchanan : « L'ambassadeur de Russie m'a dit que, dans les milieux allemands et autrichiens, prévaut l'impression que, quoi qu'il advienne, nous resterons à l'écart. Son Excellence a déploré l'effet que pareille impression ne peut manquer de produire (i). »
Sir Edw. Grey sent qu'il y a lieu de cor-
(i) Des révélations postérieures ont établi que cette appréciation de l'Allemagne et de l'Autriche sur les sentiments de l'Angleterre avait eu une grande influence sur les origines de la guerre. Vers la fin de février, le correspondant du Daily Telegraph, se trouvant à Hambourg, fut « invité » à venir causer avec Herr Ballin, le puissant directeur de la Hamburg America Linic, l'ami intime, le confident de l'empereur Guillaume et dont l'empereur s'est servi à diverses reprises comme truchement vis-à-vis de la presse. Or, voici les « confidences » faites par Herr Ballin au journaliste américain :
« Nous sommes convaincus que la guerre a été provoquée par l'Angleterre. S'il l'avait voulu, sir Edw. Grey aurait pu l'éviter. Si, le premier jour du danger, il avait déclaré que