LE PRINCE LICHNOWSKY
AMBASSADEUR d'aLLEMAGNE A LONDRES
Ed. Goschen, de suspendre toute démarche. Mais l'Autriche ne se prête pas à la conversation directe !
M. Paléologue télégraphie, le 28 : « M. Sazonoff a reçu, cet après-midi, les ambassadeurs
d'Allemagne et d'Autriche-Hongrie ; l'impression qu'il a gardée de son double entretien est mauvaise.
« Décidément, ditil , l'Autriche ne veut pas causer ! »
C'est doncunjeu.
La guerre à la Serbie est déclarée le 28, à midi, et M. Dumaine télégraphie : « Parmi les soupçons qu'inspire la soudaine et violente résolution de l'Autriche, le plus inquiétant est que l'Allemagne l'aurait poussée à l'agression contre la Serbie, afin de pouvoir, ellemême, entrer en lutte avec la Russie et la France, dans les circonstances qu'elle suppose devoir lui être le plus favorables, et dans des conditions délibérées. «
Les courtes illusions que l'on peut avoir eues au sujet des sentiments de l'Allemagne se sont dissipées. Rien n'est plus significatif, à ce point de vue, que le dialogue qui s'est engagé, le 27 juillet, à Berlin, entre M. de Jagow et M. Jules Cambon. Celui-ci était venu soutenir la proposition anglaise de médiation à
LA NOTE AUSTRO-HONGROISE A LA SERBIE. LE CHOC DIPLOMATIQUE
quatre... « J'ai dit au ministre qu'il ne fallait pas s'arrêter à une question déforme, que l'association des quatre puissances non engagées directement dans le conflit, était le plus puissant instrument de la paix... « — Vous, m'avez « souvent exprimé le regret, lui ai-je dit, de voir '( les deux groupes d'alliance opposés toujours « l'un à l'autre, en Europe : c'est l'occasion de «prouver que vous avez un esprit européen... « Que les quatre grandes puissances appartenant « aux deux groupes agissent en commun pour « empêcher le conflit... » Comme le secrétaire d'État persistait à dire qu'il était obligé de tenir ses engagements à l'égard de l'Autriche, je lui ai demandé s'il était disposé à la suivre partout, les yeux bandés, et s'il avait pris connaissance de la réponse de la Serbie à l'Autriche, que le chargé d'Affaires de Serbie lui avait remise ce matin. « — Je n'en ai pas encore « eu le temps, me dit-il. — Je le regrette, vous « verriez que, sauf sur des points de détail, la « Serbie se soumet entièrement... » Comme M. de
Jagow ne me répondait pas clairement, je lui ai demandé si l'Allemagne voulait la guerre. Il a protesté vivement, disant qu'il savait que c'était ma pensée, mais que c'était tout à fait inexact... Au moment de le quitter, je lui dis que j'avais eu, ce matin, l'impression que l'heure de la détente était sonnée, mais que je voyais bien qu'il n'en était rien. (Remarquez qu'entre ces deux impressions, il y avait eu le retour de l'empereur Guillaume à Berlin.) Il m'a répondu que je me trompais ; qu'il espérait que les choses étaient en bonne voie et aboutiraient peut-être rapidement. Je lui demandai d'agir à Vienne pour qu'elles marchent vite, parce qu'il importait de ne pas laisser se créer, en Russie, un de ces courants qui emportent tout. »
De deux choses l'une : ou, comme le disait M. J. Cambon, l'Allemagne veut la guerre, ou, croyant, sur certains indices, à la faiblesse des puissances de la Triple-Entente, elle tombe elle-même dans le piège qu'elle leur a tendu.