CARTE DES AGRANDISSEMENTS DE LA PRUSSE
D'où les conséquences finales tirées par Treitschke et par ses disciples : « Nous ne nous sommes que trop laissés séduire par les grands noms de tolérance et de lumière... « « Assez d'amour comme cela, essayons maintenant de la haine. » (Herwegh.)
Bismarck vint pour appuyer le système par l'autorité de la victoire et du succès. Bismarck est le fils des hobereaux du Brandebourg, le fils des vieux et durs adversaires de la Pologne et de l'Allemagne du Sud. Ses ancêtres ont manié l'épée; son père est un capitaine de cavalerie, lui-même porte d'abord l'uniforme : c'est un soldat. Il était né pendant les Cent- Jours et les récits d'un vieux parent sur les guerres de Napoléon avaient exercé, de son propre aveu, la plus vive influence sur sa jeunesse. Héritier exclusif d'une tradition et d'une race,
il avait la conviction enracinée que la véritable diplomatie prussienne, c'était la guerre. Et c'est pourquoi cet officier se fit diplomate.
Il fut un grand diplomate et un grand Prussien plutôt qu'un grand homme d'État. Car, il y avait, dans sa formation puissante, des lacunes graves : il disait plus tard, de lui-même, qu'il n'était pas un homme colonial; on eût pu dire de lui qu'il n'était pas un homme européen. Sa méthode à la fois astucieuse et violente, persévérante et brutale, est celle d'un chasseur des bois : il tend le piège, attend longtemps, et soudain tombe sur la proie. Mais le jeu l'a passionné plus encore peut-être que le résultat : il se préoccupe plus du succès immédiat que de la construction durable. Il sort de sa forêt et y rentre, content si le sang a coulé et qu'il lui en reste encore le goût, l'odeur aux lèvres.