‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 82 sur 148 · S )LDATS D'INFANTERIE GARDANT UN VIADUC · texte numérisé non relu

S )LDATS D'INFANTERIE GARDANT UN VIADUC

traité de la Triple-Alliance est modifié dans son essence pour l'Italie et que celle-ci n'est pas obligée de venir en aide à l'Autriche au cas où, par suite de cette démarche, elle se trouverait en guerre avec la Russie, parce qu'en ce cas, toute guerre européenne est la conséquence d'un acte de provocation et d'agression de la part de l'Autriche. «

L'Italie a donc, dès le 25, le mérite du courage : elle a immédiatement le courage de la précision. Tandis que la négociation s'attarde, d'autre part, elle pose les vraies questions : oui ou non, l' Autriche-Hongrie, au moment où elle entre en guerre contre la Serbie, s'engage-t-elle à ne pas réaliser d'acquisitions territoriales au détriment de la Serbie ?

C'est l'heure précise où l'Autriche et l'Allemagne font porter toutes leurs négociations avec les puissances sur cette déclaration, répétée à satiété, que l'Autriche respectera le statu quo territorial, l'intégrité et l'indépendance de la Serbie. Or, voici la réponse faite, à ce sujet, au gouvernement italien : « Le comte Berchtold déclare, le 28 juillet, au duc d'Avarna, qu'il n'est disposé à prendre aucun engagement relativement à la conduite éventuelle de r Autriche, en cas de conflit avec la Serbie. »

Et M. de Merey, ambassadeur d'Autriche, déclare, le 30 juillet, au marquis di San Giuliano, « que l'Autriche ne pouvait pas faire de déclaration l'engageant sur ce point, parce qu'elle ne pouvait pas prévoir si, pendant la guerre, elle ne serait pas forcée, contre sa volonté, à conserver des territoires serbes (i). » (Discours de M. Salandra, du 5 juin.)

N'insistons pas sur la fourberie éclatante : il y

(i) Sur les véritables intentions de l'Autriche, voici un télégramme extrait du Livre bleu et qui cadre avec les déclarations faites à l'Italie :

Constantinople, 29 juillet 1914.

« Je crois comprendre que des projets autrichiens pourraient aller beaucoup plus loin que le Sandjak et une occu- 'pation préventive de territoire serbe. Cette conclusion m'est suggérée par une remarque qu'a laissé tomber l'ambassadeur d'Autriche qui parlait de la déplorable situation de Salonique sous l'administration grecque et du concours sur lequel l'armée autrichienne pourrait compter de la part de ta population musulmane mécontente du régime serbe. »

Béai mont.

avait violation formelle du pacte de la Triple- Alliance et de tous les engagements pris à l'égard de l'Italie. L'Italie était hbérée.

L'Italie était libérée : mais la netteté, la fermeté de son attitude eût dû, n'est-il pas vrai ? avertir les deux gouvernements germaniques. Déjà, leurs projets agressifs rencontraient l'opposition de la loyauté internationale et des intérêts européens. Au premier pas sur une puissance faible, la Serbie, ils trouvaient les puissances fortes, la Russie et leur propre alliée, l'Italie : en persévérant, ils se préparaient d'autres surprises.

Pour achever de donner toute son ampleur à la vigoureuse initiative de l'Italie, ajoutons que les puissances de la Triple- Entente avaient, dès lors, le sentiment qu'elles ne trouveraient pas, dans l'Italie, un adversaire.

Le cabinet de Rome se plaçait à leurs côtés tant que les négociations avaient quelque chance de succès. M. Salandra laisse entendre à M. Barrère, le 26 juillet, « qu'en cas de conflit, l'Italie se tiendra en dehors et restera dans une attitude d'observation ». Et l'ambassadeur est en mesure d'ajouter, le même jour : « Je remarque que la majeure partie de l'opinion publique italienne est hostile à l'Autriche dans cette grave affaire. »

La lucidité d'esprit des diplomates italiens, leur situation spécialement favorable pour être bien informés, leur font juger avec une autorité singulière les conditions immédiates dans lesquelles va s'engager le conflit entre les grandes puissances. Le blufï avorté de l'Autriche et de l'Allemagne ^en est, pour eux, la principale cause : « Le marquis di San Giuliano m'a dit que, malheureusement, dans toute cette affaire, les convictions de l'Autriche et de l'Allemagne avaient été et étaient encore (le 29 juillet ) que la Russie ne marcherait pas. Il m'a lu, à ce propos, une dépêche de M. Bollati, lui rendant compte d'un entretien qu'il avait eu avec M. de Jagow et où ce dernier lui avait encore répété qu'il ne croyait pas que la Russie marcherait. Il fondait cette croyance sur le fait que le gouvernement russe venait

L'EUROPE EN ALARME. LA DÉCLARATION DE GUERRE

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