‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 83 sur 148 · L'HOTEL DE L'AMBASSADE D'ALLEMAGNE A PARIS · texte numérisé non relu

L'HOTEL DE L'AMBASSADE D'ALLEMAGNE A PARIS

d'envoyer à Berlin un agent pour traiter de certaines questions financières.

« L'ambassadeur d'Autriche à Berlin a dit également, à son collègue anglais, qu'il ne croyait pas à une guerre générale, la Russie n'étant ni en humeur, ni en état de faire la guerre... Quant au marquis di vSan Giuliano, il ne partage pas du tout cette opinion... »

Ce diplomate si clairvoyant ne se trompe pas davantage sur le rôle qui incombe à l'Angleterre. Il la presse, il la sollicite : « Malgré l'extrême gravité de la situation, le ministre des Affaires étrangères ne me paraît pas désespérer de la possibilité d'un arrangement. Il croit que l'Angleterre peut encore exercer

beaucoup d'influence à Berlin dans un sens pacifique. Il a eu, hier soir, m'a-t-il dit, une longue conversation avec l'ambassadeur d'Angleterre, sir Rennell Rodd, pour lui démontrer combien l'intervention anglaise pourrait être efficace. Il m'a dit, en terminant : « Si tel est aussi l'avis du gouvernement français, il pourrait, de son côté, insister, dans ce sens, à Londres. » [Livre jaune.)

C'est donc vers Londres, de nouveau, qu'il faut tourner les regards. L'attitude du gouvernement anglais peut se déterminer en deux mots : il ne s'intéresse au conflit austro-serbe que dans la proportion où il peut entraîner un

conflit européen. Il se tient donc sur la réserve et n'offre ses bons offices diplomatiques pour arranger les choses qu'en veillant à ne pas porter atteinte à la confiance que le cabinet de Berlin paraît lui témoigner. C'est par l'Allemagne, surtout, que l'Angleterre espère pouvoir agir à Vienne et peser sur la situation générale.

Sir Edw. Grey s'en est expliqué, le 27, devant la Chambre des Communes : « J'ai reçu, vendredi dernier, la note autrichienne adressée à la Hongrie... J'ai vu aussitôt les ambassadeurs étrangers et leur ai dit qu'aussi longtemps que le conflit concernerait seulement l'Autriche et la Serbie, l'Angleterre ne saurait intervenir à aucun titre, mais que si les relations entre l'Autriche et la Russie devenaient plus tendues, de ce fait, la paix de l'Europe serait alors mise en jeu, ce qui nous concernerait, certes, tous... »

Exposant ensuite sa proposition d'une conférence à Londres, le ministre ajoutait : « Je crois que ma proposition peut fournir la base sur laquelle le groupe des puissances déjà mentionnées pourrait trouver un accord raisonnable. Il ne faut pas oublier, qu'à partir du moment où la question cesse de se confiner à l'Autriche et à la Serbie, elle englobe toutes les puissances et ne peut manquer de se terminer par la plus grande des catastrophes que l'Europe ait jamais vues. Personne ne pourrait, alors, prévoir les h mites du conflit dont les conséquences directes ou indirectes seraient incalculables. «C'est dans cette mesure, exactement, que l'Angleterre s'intéresse à ce qui se passe. On^^demande au ministre si le gouvernement allemand est favorable au principe de la médiation'tel qu'il le définit. Il répond : « J'ai des raisons de le penser; mais, quant au fait d'appliquer ce principe au moyen de la conférence, je n'ai pas encore reçu la réponse du gouvernement allemand. «

Les faits ont marché plus vite que les procédures diplomatiques : la proposition de conférence est rejetée par l'Allemagne ; la conversation directe entre les gouvernements russe

et austro-hongrois est déclinée par Vienne ; l'Autriche a déclaré la guerre à la Serbie et a commencé sa mobilisation contre cette puissance.

LES Nous entrons dans la

MOBILISATJONS phase la plus critique, celle où les actes commencent à apparaître entre les paroles.

Le 28 juillet, M. Sazonoff télégraphie à l'ambassadeur de Russie à Berlin : « Par suite de la déclaration de guerre faite par l'Autriche à la Serbie, le gouvernement impérial annoncera demain (2g) la mobilisation des arrondissements militaires d'Odessa, Kieff, Moscou et Kazan. Veuillez en informer le gouvernement allemand en lui confirmant l'absence, en Russie, de toute intention agressive contre l'Allemagne. ))

On avait cru que la Russie « ne marcherait pas ». Elle répond à ce doute par une mobilisation qui peut n'être encore, dans sa pensée, qu'un moyen d'éclairer les puissances germaniques sur ses véritables intentions. Il ne faut pas oublier que l'Allemagne a déclaré que cette mobilisation sur la frontière autrichienne ne serait pas considérée, par elle, comme la visant directement.

Paris est averti de cette mesure prise à Saint-Pétersbourg, par le télégramme de M. Paléologue, daté du 29 juillet : « La conversation directe à laquelle le gouvernement russe avait amicalement convié le gouvernement austro-hongrois est refusée par celui-ci. D'autre part, r état-major russe a constaté que l'Autriche précipite ses préparatifs mihtaires contre la Russie et active sa mobiHsation qui a commencé sur la frontière de Galicie. En conséquence, l'ordre de mobilisation sera expédié cette nuit aux treize corps d'armée destinés à opérer éventuellement contre l'Autriche. »

A Berlin, on tire parti immédiatement de cette mesure de précaution prise à Saint- Pétersbourg. M. Jules Cambon télégraphie : « Le chancelier m'a dit qu'il poussait, autant que possible, aux conversations directes entre

l'Autriche et la Russie ; il savait que l'Angleterre voyait cette conversation d'un œil favorable (or, elle était rompue du fait de l'Autriche). Il a ajouté que sa propre action serait bien difficile à Vienne, s'il était vrai que la Russie eût mobilisé sur la frontière autrichienne quatorze corps d'armée. Il a prié mon collègue d'appeler sur toutes ces observations l'attention de sir Edw. Grey... »

L'attitude du chanceHer est, très probablement, la conséquence du dernier entretien de sir Edw. Grey avec le prince Lichnowski.

« Jusqu'à ces tout derniers jours, on s'est flatté, ici, que l'Angleterre resterait hors du débat, et l'impression produite par son attitude est profonde sur le gouvernement allemand, sur les financiers et sur les hommes d'affaires. »

La péripétie vraiment dramatique qui va se produire tient à ce fait, qu'au moment où la Russie mobilise, les intentions de l'Angleterre ne sont pas encore avérées. M. Paul Cambon télégraphie, le 29 juillet : « Mon collègue d'Allemagne ayant interrogé sir Edw. Grey sur les intentions du gouvernement britannique, le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères a répondu qu'il n'avait pas à se prononcer, quant à présent. »

L'Allemagne oublie la promesse qu'elle a faite de ne pas s'émouvoir si la Russie ne mobilise que sur la frontière autrichienne et, à la simple énonciation que la Russie lui a donné de ses intentions de mobiliser partiellement, elle répond en annonçant, la première, la prochaine éventualité d'une mobilisation générale. C'est le pas décisif vers une guerre entre les puissances.

M. Paléologue télégraphie : « L'ambassadeur d'Allemagne est venu déclarer à M. Sazonoff que si la Russie n'arrête pas ses préparatifs militaires, l'armée allemande recevra l'ordre de mobiliser. M. Sazonoff a répondu que les préparatifs russes sont motivés : d'un côté par l'intransigeance obstinée de l'Autriche ; d'autre part, par le fait que huit corps austro-hongrois sont mobilisés. Le ton sur lequel le comte de

Pourtalès s'est acquitté de la notification a décidé le gouvernement russe, cette nuit même, à ordonner la mobilisation des treize corps destinés à opérer contre l'Autriche.

C'est alors que la Russie se tourne vers la France et se décide à invoquer l'alliance.

M. René Viviani (qui a repris la direction du ministère des Affaires étrangères), porte, le 30 juillet, cette démarche décisive à la connaissance des ambassadeurs de France à Saint- Pétersbourg et à Londres : « M. Isvolski est venu, cette nuit, me dire que l'ambassadeur d'Allemagne a notifié à M. Sazonoff la décision de son gouvernement de mobiliser ses forces armées, si la Russie ne cesse pas ses préparatifs militaires.

« Le ministre des Affaires étrangères du tsar fait remarquer que ces préparatifs n'ont été commencés qu'à la suite de la mobilisation, par l'Autriche, de huit corps d'armée et du refus de cette puissance de régler pacifiquement son différend avec la Serbie.

« M. Sazonoff déclare que, dans ces conditions, la Russie ne peut que hâter ses armements et envisager l'imminence de la guerre, qu'elle compte sur le secours d'alliée de la France et qu'elle considère comme désirable que l'Angleterre se joigne, sans perdre de temps, à la Russie et à la France.

« M. Viviani a déclaré à l'ambassadeur que la France est résolue à remplir toutes les obligations de l'alliance. »

M. Viviani donne, cependant, à la Russie, le conseil « de ne prendre immédiatement aucune disposition qui offrît à l'Allemagne un prétexte pour une mobihsation totale ou partielle de ses forces ». Car l'ambassadeur d'Allemagne est venu au quai d'Orsay annoncer que l'Allemagne se préparait, de son côté, à prendre de telles dispositions.

Le conseil de la France est suivi à Saint- Pétersbourg. Le chef "d'état-major russe donne à l'attaché militaire allemand sa parole d'honneur que les mesures de mobilisation prises le 30 juillet au matin visent exclusivement

L EUROPE EN ALARME. LA DÉCLARATION DE GUERRE

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