‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 86 sur 148 · LA RÉSIDENCE DU COMMANDANT DU XVP CORPS A METZ · texte numérisé non relu

LA RÉSIDENCE DU COMMANDANT DU XVP CORPS A METZ

en réalité, une première phase de la mobilisation générale, et il adresse à la Russie la sommation insultante d'avoir à « suspendre toute mesure de guerre contre l'Allemagne et l'Autriche- Hongrie dans un délai de douze heures )>. Et l'empereur Guillaumecouvre, bien entendu, par son télégramme du 31 juillet (2 heures après-midi), les actes du gouvernement.

Sur ton appel à mon amitié et ta prière de te venir en aide (quel ton!) j'ai entrepris une action médiatrice entre ton gouvernement et le gouvernement austrohongrois (où, quand, comment?). Pendant que cette action était en cours (!), tes troupes ont été mobilisées contre mon alliée, l'Autriche-Hongrie; à la suite de quoi, ainsi que je l'ai fait savoir, mon intervention est devenue presque illusoire. Malgré cela, je l'ai continuée. (Pas un fait précis, pas un télégramme à l'empereur François-Joseph!)

Je reçois à l'instant des nouvelles dignes de foi touchant de sérieux préparatifs de guerre également sur ma frontière orientale. Ayant à répondre de la sécurité de mon Empire, je me vois forcé de prendre les mêmes mesures défensives. Je suis allé jusqu'à l'extrême limite

du possible dans mes efforts pour maintenir la paix. Ce n'est pas moi qui supporterai la responsabilitédel'atlreux désastre qui menace maintenant tout le monde civilisé. En ce moment encore, il ne tient qu'à toi de l'empêcher. Personne ne menace l'honneur et la puissance de la Russie qui eût bien pu attendre le résultat de mon intervention (et regorgement de la Serbie, les hostilités étant commencées à Belgrade). L'amitié pour toi et ton royaume, qui m'a été transmise par mon grand-père à son lit de mort, est toujours sacrée pour moi, et j'ai été fidèle à la Russie lorsqu'elle s'est trouvée dans le malheur, notamment dans la dernière guerre. Maintenant encore, la paix de l'Europe peut être maintenue par toi (tandis que le canon tonne) si la Russie se décide à suspendre ses mesures militaires qui menacent l'Allemagne et l'Autriche.

A ce télégramme, où chaque mot respire une sorte de duplicité mielleuse, l'empereur Nicolas répond avec netteté :

Le i" août, 2 heures de raprès-midi.

J'ai reçu ton télégramme; je comprends que tu sois obligé de mobiliser; mais je voudrais avoir de toi la même garantie que je t'ai donnée, à savoir que ces mesures ne signifient pas la guerre et que nouspoursui-

vons nos négociations pour le bien de nos deux pays et la paix si chère à nos cœurs. Notre longue amitié éprouvée doit, avec l'aide de Dieu, réussir à empêcher une effusionde sang. J'attendsavec confianceune réponse de toi.

C'est la minute décisive, un mot, une marque de bon vouloir, un engagement réciproque de ne pas recourir à des mesures militaires agressives, peut encore tout arrêter. Cet engagement, Nicolas le prend. Guillaume le prend-il de son côté ? Voici la réponse qui l'accable devant l'histoire :

Berlin, i" août 1914.

Je te remercie de ton télégramme. J'ai indiqué hier à ton gouvernement le seul moyen par lequel la guerre pourrait encore être évitée (c'est-à-dire une capitulation de la Russie, but poursuivi depuis le début de la négociation). Bien que j'eusse demandé une réponse pour midi, aucun télégramme contenant une réponse de ton gouvernement ne m'est encore parvenu. J'ai donc été contraint de mobiliser mon armée.

Une réponse immédiate, claire et non équivoque de ton gouvernement est le seul moyen de conjurer une calamité incommensurable. Jusqu'à ce que je reçoive cette réponse, il m'est impossible^ à mon vif regret, d'aborJtr le sujet dt; ton télégramme (c'est-à-dire de prendre l'engagement de ne pas attaquer). Je dois te demander catégoriquement de donner sans retard l'ordre à tes troupes de ne porter en aucun cas la moindre atteinte à nos frontières.

Que n'ajoute-t-il : « Je donne le même ordre de mon côté à l'égard des frontières russes et des frontières françaises»?...

Mais la chose n'est-elle pas cent fois démontrée ? L'Allemagne et l'Autriche veulent gagner la partie et elles risquent tout pour la gagner, fût-ce la guerre !

Espérant encore avoir raison de la fermeté russe, elles ont accepté la perspective d'une guerre sur deux fronts, contre la Russie et contre la France.

Mais, que se passe-t-ildu côté de l'Angleterre?

On est au 29 juillet.

L'Allemagne qui mobilise a besoin de savoir absolument ce que fera la Grande-Bretagne. On espère la maintenir encore dans sa position d'expectative, sinon de neutralité.

EFFORTS FAITS PAR L'ALLEMAGNE POUR S'ASSURER LA NEUTRALITÉ DE L'ANGLETERRE

On l'aborde directement avec une sorte de confiance : « On m'a prié d'aller voir le chancelier ce soir, télégraphie l'ambassadeur. Son Excellence venait de rentrer de Potsdam... « (C'est donc la décision impériale que nous allons connaître.) « Il me dit qu'il prévoyait la guerre, et alors, il m'offrit une forte enchère pour s'assurer la neutralité britannique. « — Je comprends votre poli- « tique, dit le chancelier : la Grande-Bretagne « ne consentira jamais à se tenir à l'écart, de « façon à laisser écraser la France : ce n'est pas « le but de l'Allemagne. Restez neutres et nous '( vous donnerons toutes les assurances de « nature à vous garantir que l'Allemagne ne « réclamera aucune acquisition territoriale aux « dépens de la France, en cas de guerre et de « victoire finale. — Mais, dit aussitôt l'ambas- « sadeur, prenez-vous le même engagement au « sujet des colonies françaises ? « C'était le coup droit, et le chancelier, dans une conversation avec un représentant de l'Angleterre, devait y être préparé. Sa réponse est telle : « — Nous ne pouvons prendre aucun engagement analogue, à cet égard. » Cette réticence ne suffît-elle pas pour faire apparaître aux yeux de l'ambassadeur britannique et de son gouvernement, tout le projet de domination mondiale inclus dans la Weltpolitik?

Et voici, maintenant, un autre sujet non moins grave, celui qui, en touchant à une autre petite puissance, va enfin dissiper les hésitations de la Grande Angleterre. Le chancelier examine la situation probable des pays riverains de la mer du Nord : « Pour les Pays-Bas, nous nous engagerons envers vous à respecter leur intégrité et leur neutralité, tant que les adversaires de l'Allemagne en feront autant. Quant à la Belgique (voilà le mot redoutable, celui que l'histoire écoute) : Les opérations que r Allemagne pourrait se trouver dans la nécessité cf entreprendre en Belgique dépendraient de ce que ferait la France ; après la guerre, l'intégrité de la Belgique serait respectée, si ce pays ne se rangeait pas contre l'Allemagne. » Aucun engagement d'éviter le territoire,

des « Opérations » prévues, et un « après la guerre » trop significatif : c'est clair, l'Allemagne est décidée à ne pas tenir compte des traités réciproques consacrant la neutralité belge.

Alors, pour finir, le grand couplet de séduction : « En terminant. Son Excellence me déclare que, depuis le jour où il devint chancelier, il avait eu pour but d'arriver à une entente avec l'Angleterre; il espérait que ces assurances pourraient devenir la base de l'entente qui lui tenait tant à cœur. Il pensait à une entente générale de neutralité entre l'Allemagne et l'Angleterre, et, quoiqu'il fût encore trop tôt pour en discuter les détails, l'assurance de la neutralité britannique, dans le conflit que pourrait peut-être provoquer la crise actuelle, lui permettait d'entrevoir la réalisation de son désir. »

Il ne paraît pas douteux, qu'en ce moment, le chancelier, dans son aveuglement au sujet des relations européennes, dans le mépris que son âme de papier faisait de ces « chiffons de papier « comme il en avait tant griffonné depuis le début de son existence de bureaucrate, que cet Allemand, inspiré par la violence illusionniste du conseil tenu la veille à Potsdam, emporté enfin par l'immense erreur allemande, croyait, de bonne foi, qu'il comblait les vœux de l'Angleterre en lui apportant l'offre d'une telle neutralité !

L'ambassadeur reste froid et promet d'en référer à son gouvernement.

Si on lit le mémoire du chancelier Bethmann-Hollweg, au Reichstag, où il expose, à sa façon, les événements qui ont précédé la déclaration de guerre, on remarque avec surprise, qu'à cette date, alors que le véritable sujet du conflit avec l'Angleterre était déjà abordé, pas une trace du dissentiment i qui pourtant devait être sensible, dès lors, n'y apparaît. Tout au contraire : l'Angleterre figure, dans ce récit, comme une sorte d'associée de l'empire allemand : « Côte à côte avec V Angleterre, nous avons, sans cesse, contribué à une action de médiation... Tandis

que, du 29 au 31 juillet, ces efforts de notre part, en vue d'une médiation, appuyés par la diplomatie anglaise, etc. »

C'est assez dire à quel point la diplomatie du chancelier avait confiance en sa « forte enchère ».

Il est vrai que sir Edw. Grey, au moment même où il va se prononcer, tient à maintenir, dans le monde entier, l'impression que l'Angleterre a les mains libres :

Le 29 juillet, il expliquait son sentiment à M. Paul Cambon. « Si, à Berlin, on ne doit pas se laisser aller à une « fausse certitude » que l'Angleterre n'interviendrait pas, la France ne doit pas, non plus, s'entretenir dcAts l'illusion contraire. J'ai dit à M. P. Cambon que le différend entre l'Autriche et la Serbie n'était pas de ceux où nous nous sentions appelés à jouer un rôle actif. Même si la question se posait entre l'Autriche et la Russie, nous ne nous sentirions pas appelés à y jouer un rôle. La lutte pour la suprématie, entre Teuton et Slave ne nous importait pas et notre idée a toujours été d'éviter d'être entraînés dans une guerre ayant pour objet la question balkanique. Si l'Allemagne et la France étaient impliquées dans la guerre, ce serait un cas que nous aurions à examiner. Nous étions libres d'engagements et nous aurions à décider ce que les intérêts britanniques exigeraient que nous fissions. » Ce dut être une réelle déception pour M. P. Cambon, d'avoir à transmettre au gouvernement « ami » une déclaration si froide.

Paris la reçoit avec un sentiment de tristesse et d'inquiétude. Le président de la République le fait savoir à sir F. Bertie, ambassadeur d'Angleterre et il s'ouvre à lui avec franchise : « Le Président est d'avis que les conditions de la médiation ne seront pas acceptées par l'Autriche. Il est convaincu que la paix entre les puissances est entre les mains de la Grande-Bretagne. Si le gouvernement de Sa Majesté annonçait que V Angleterre viendrait en aide à la France, dans le cas d'un conflit entre la France et V Allemagne, résultant du différend actuel entre l' Autriche et la Serbie, il

l'europk en alarme, la déclaration de guerre

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