LES GRANDS MOULINS DE CORBEIL GARDES PAR LA TROUPE
n'y aurait pas de guerre, car t' AUetnagne modifier ait aussitôt son attitude. )>
Donc, à Berlin et à Paris, on croit encore que l'Angleterre ne s'est pas prononcée. En réalité, déjà elle l'a fait dans sa conscience intime : la démarche du chancelier Bethmann-HolKveg lui a ouvert les yeux et l'a conduite droit à son devoir.
Sir E. Gosclien, ambassadeur de Grande- Bretagne à Berlin, reçoit, le 30 juillet, les instructions qu'il a sollicitées à la suite dudit entretien. Rien de plus catégorique : « Le gouvernement de Sa Majesté ne peut pas accueillir, un seul instant, la proposition du chancelier de s'engager à rester neutre dans de telles conditions. Il nous demande de prendre l'engagement de rester à l'écart, tandis que l'Allemagne saisirait les colonies françaises et battrait la France, sous cette seule réserve que l'Allemagne ne prendrait aucune partie du ter-
ritoire français. .\\i point de vue matériel, cette proposition est inacceptable, car la France, sans qu'on lui enlevât de nouveaux territoires en Europe, pourrait être écrasée, au point de perdre sa position de grande puissance, et se trouver subordonnée à la politique allemande. En généial, et ceci à part, ce serait une honte pour nous de passer un tel marché avec l'Allemagne, aux dépens de la France, une honte de laquelle le bon renom de notre pays ne se relèverait jamais.
" Pour la Belgique, notre situation est la même ; nous ne pouvons pas accepter le marchandage que le chancelier nous propose, au sujet des obligations et des intérêts qui sont les nôtres, en ce qui concerne la neutralité de cet État. Nous ne pouvons, en aucune façon, accueillir une telle proposition et un tel marché... Nous conserverons notre entière liberté d'action, selon que les circonstances
nous paraîtront l'exiger, en cas d'un développement défavorable et regrettable de la crise actuelle, tel que le chancelier le prévoit. »
L'Angleterre offrait, en dernière analyse, au gouvernement allemand, un arrangement général « par lequel elle pourrait être assurée qu'aucune politique agressive ou hostile ne serait poursuivie contre elle, par la France, la Russie et l'Angleterre, soit ensemble, soit séparément ». C'était un retour vers l'ancienne proposition de lord Haldane, déjà repoussée par l'Allemagne. Il est à croire que sir Edw. Grey, en la renouvelant, ne se faisait pas grande illusion.
L'ANGLETERRE Cependant, l'Angleterre ET LA FRANCE est pressée par la France qui ne peut pas rester sur les déclarations si peu encourageantes de sir Edw. Grey.
Entre les deux pays, des propos, sinon des accords, ont été échangés, deux ans auparavant ; le même jour, 30 juillet, M. P. Cambon vient les rappeler à sir Edw. Grey : l'heure prévue dans ces accords est arrivée; il faut s'expliquer.
M. P. Cambon établit d'abord que les préparatifs militaires allemands ont commencé, depuis plusieurs jours, — en fait depuis la remise dç la note autrichienne à la Serbie, — que des patrouilles allemandes ont, déjà deux fois, franchi la frontière française, que tout le 166 corps de Metz a été renforcé par une partie du 8^, venu de Trêves et de Cologne, que le 15^ corps d'armée de Strasbourg est sur la frontière ; que, malgré que les avantpostes français soient en retrait de 10 kilomètres, une attaque est imminente.
En présence d'un tel péril, la France fait appela l'Angleterre. Sir Edw. Grey télégraphie :
« M. Cambon m'a rappelé, aujourd'hui, la lettre que je lui ai écrite, il y a deux ans, (22 nov. 1912), dans laquelle nous avons convenu que, dans le cas où la paix de l'Europe serait sérieusement menacée, nous discuterions ce que nous serions préparés à faire... Il ne voulait pas me demander de dire directe-
ment que nous interviendrions, mais il aimerait bien que je lui dise ce que nous ferions dans certaines éventualités. »
Sir Edw. Grey n'a pas perdu tout à fait l'espoir que les négociations pour la médiation peuvent aboutir. Il apprend aussi, « avec une grande satisfaction », que les pourparlers directs sont repris, entre l'Autriche et la Russie, si bien qu'il ne répond pas encore avec netteté à M. P. Cambon. Il télégraphie, le 31 juillet, à sir F. Bertie, ambassadeur à Paris : « Personne, ici, ne ressent que, dans ce conflit, au point où en sont les choses, les traités et les obligations de la Grande-Bretagne sont engagés... Dans le cas présent, la France est entraînée dans un conflit qui n'est pas le sien. Nous ne pouvons pas donner un gage défini d'intervenir dans une guerre. C'est ce que j'ai dit à l'ambassadeur de France qui m'a prié de reconsidérer cette décision. Je lui ai dit que nous ne pouvions donner aucun gage en ce moment, mais que nous considérerions certainement à nouveau la situation, sitôt qu'il y aurait un nouveau développement. »
On comprend l'émotion de Paris, où cet avertissement arrive le jour même où l'ambassadeur d'Allemagne pose l'ultimatum et parle de demander ses passeports !
Le président de la République sort de sa réserve constitutionnelle et il s'adresse directement au roi George V :
Paris, 3i juillet 1914.
Cher et grand ami,
Dans les circonstances graves que traverse l'Europe, )e crois devoircommuniquer à Votre Ma)esié les renseignements que le Gouvernement de la République a reçus d'Allemagne.
Les préparatifs militaires auxquels se livre le gouvernement impérial, notamment dans le voisinage immédiat de la frontière française, prennent, chaque jour, une intensité et une accélération nouvelles.
La France, résolue à faire jusqu'au bout tout ce qui dépendra d'elle pour maintenir la paix, s'est bornée jusqu'ici aux mesures de précaution les plus indispensables. Mais il ne semble pas que sa prudence et sa modération ralentissent les dispositions de l'Allemagne, loin de là.
Nous sommes donc peut-être, malgré la sagesse du gouvernement de la République et le calme de l'opi-
L'EUROPE EN ALARME. LA DÉCLARATION DE GUERRE