‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 88 sur 148 · DES MOBILISES EN GARE DE BERCY · texte numérisé non relu

DES MOBILISES EN GARE DE BERCY

nion, à la veille des événements les plus redoutables.

De toutes les informations qui nous arrivent, il résulte que si l'Allemagne avait la certitude que le gouvernement anglais n'intervînt pas dans un conflit oii la France serait engagée, la guerre serait inévitable et qu'en revanche, si l'Allemagne avait la certitude que l'Entente cordiale s'affirmerait, le cas échéant, jusque sur les champs de bataille, il y aurait les plus grandes chances pour que la paix ne ftît pas troublée.

Sans doute, nos accords militaires et navals laissent entière la liberté du gouvernement de Votre Majesté, et dans les lettres échangées en 1912 entre sir Edward Grey et M. Paul Cambon, l'Angleterre et la France se sont simplement engagées, l'une vis-à-vis de l'autre, à causer entre elles en cas de tension européenne et à examiner ensemble s'il y aurait lieu à une action commune.

Mais, le caractère d'intimité que le sentiment public a donné, dans les deux pays, à l'entente de l'Angleterre et de la France, la confiance avec laquelle nos deux gouvernants n'ont cessé de travailler au maintien de la paix, les sympathies que Votre Majesté a toujours témoignées à la France m'autorisent à lui faire connaître en toute franchise mes impressions, qui sont celles du gouvernement de la République et de la France entière.

C'est, je crois, du langage et de la conduite du gouvernement anglais que dépendent désormais les dernières possibilités d'une solution pacifique.

Nous avons nous-mêmes, dès le début de la crise, recommandé à nos alliés une modération dont ils ne se sont pas départis.

D'accord avec le gouvernement royal et, conformément aux dernières suggestions de sir Edward Grey, nous continuerons à agir dans le même sens.

Mais, si tous les efforts de conciliation partent du même côté et si l'Allemagne et l'Autriche peuvent spéculer sur labstention de l'Angleterre, les exigences de l'Autriche demeureront inflexibles et un accord deviendra impossible entre la Russie et elle.

J'ai la conviction profonde qu'à l'heure actuelle, plus l'Angleterre, la France et la Russie donneront une forte impression d'unité dans leur action diplomatique, plus il sera encore permis de compter sur la conservation de la paix.

Votre Majesté voudra bien excuser ma démarche qui n'est inspirée que par le désir de voir l'équilibre européen définitivement raffermi.

Je prie Votre Majesté de croire à mes sentiments les plus cordiaux.

R. PoiNCARÉ.

Et voici la réponse du roi George :

Buckingham Palace, i"^ août 1914.

Cher et grand ami,

J'apprécie on ne peut plus hautement les sentiments qui vous portèrent à m'écrire dans un esprit si

cordial et si amical, et je vous suis reconnaissant d'avoir exposé vos vues si complètement et si franchement.

Vous pouvez être assuré que la situation actuelle de l'Europe est pour moi une cause de beaucoup d'anxiété et de préoccupation et je suis heureux à la pensée que nos deux gouvernements ont travaillé ensemble si amicalement pour lâcher de trouver une solution pacifique aux questions à résoudre.

Ce serait pour moi une source de réelle satisfaction si nos efforts combinés aboutissaient à un succès, et je ne reste pas sans espoir que les terribles événements qui semblent si proches pourront être empêchés.

J'admire le sang-froid dont vous et votre gouvernement faites preuve, en vous gardant de prendre à la frontière des mesures militaires exagérées et d'adopter une attitude susceptible le moinsdu monde d'être interprétée comme une provocation.

Je fais personnellement tous mes efforts afin de trouver quelque solution qui permette en tout cas d'ajourner les opérations militaires actives et de laisser aux puissances le temps de discuter entre elles avec calme. J'ai l'intention de poursuivre ces efforts sans relâche, tant qu'il restera un espoir de règlement amical.

Quant à l'attitude de mon pays, les événements changent si rapidement qu'il est diflficile de prévoir ce qui se passera; mais vous pouvez être assuré que mon gouvernement continuera de discuter franchement et librement avec M. Cambon, tous les points de nature à intéresser les deux nations.

Croyez-moi, Monsieur le Président, etc., etc.

George, roi-empereur.

Donc, même cette démarche suprême ne portait pas. La lettre du roi arrive à Paris, le i^"" août, quand déjà la mobilisation générale est ordonnée en Russie et en Allemagne. C'est la guerre, et l'Angleterre ne veut pas s'engager encore.

Au moment où les deux lettres parurent (21 février 1915), le Daily Express apprécia en ces termes les longues tergiversations de sir Edw. Grey: « L'opinion qu'ont les Allemands de notre duplicité sera agrandie par la publication de la lettre de M. Poincaré. En France et en Russie, on croyait que si l'Allemagne connaissait nos intentions, elle romprait la paix. Le roi était naturellement impuissant dans une action indépendante; quant à sir Edw. Grey et ses confrères, ils avaient peur des pacifistes du parti radical. L'Allemagne a été trempée, et quand, enfin.

L'EUROPE EN ALARME. LA DÉCLARATION DE GUERRE

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