LES ENFANTS ROYAUX DE BELGIQUE
dans l'imminence d'une guerre entre cette puissance et l'Allemagne.
Voici où on en est sur ces deux points : Nous avons vu que sir Edw. Grey a fait poser la même question, à Berlin et à Paris, à savoir si chacun de ces gouvernements était décidé à respecter la neutralité de la Belgique, pourvu qu'elle ne fût pas violée par une autre puissance. Nous avons vu que le cabinet de Berlin a répondu évasivement. Paris, au contraire, a fait savoir, le 31 juillet, que le gouvernement français « est résolu à respecter la neutralité de la Belgique, à moins qu'une autre puissance ne viole cette neutralité ». D'ailleurs, cette assurance donnée à diverses
reprises à la Belgique a été renouvelée spontanément par le ministre de France auprès du gouvernement belge.
Londres apprend, d'autre part, que la neutralité du Luxembourg est violée, d'ores et déjà, par l'Allemagne.
La question des neutralités se pose dans toute sa gravité.
Et voici, maintenant, la question de guerre générale ; elle se pose par suite des faits suivants, suite des faits antérieurs : mobilisation générale de la flotte et de l'armée austrohongroise, le ler août. Etat de guerre de l'Allemagne {Kriegszustand) entraînant la mobilisation de six classes. Mobilisation générale de
l'armée française, le samedi i^' août, à 3 h. 40.
Le cabinet de Londres est prévenu aussitôt par une communication faite à son ambassadeur et le gouvernement français ajoute, pour faire apprécier l'imminence du péril : « Les forces françaises opposées aux forces allemandes, sur la frontière, comprennent huit corps d'armée sur pied de guerre et l'on s'attend à une attaque, d'un moment à l'autre. Il est, par conséquent, de la plus grande importance de se mettre en garde contre elle... Les troupes françaises n'attaqueront pas et le ministre de la Guerre tient à ce qu'il soit bien établi que cet acte de mobilisation est fait dans un but purement défensif. «
Comme le fait observer l'ambassadeur Buchanan, il n'y a plus qu'un moyen d'éviter une guerre générale, c'est que les puissances prerment l'engagement de maintenir leurs armées mobilisées, de chaque côté de la frontière, et de ne pas prendre l'initiative de l'attaque. Cet engagement étant pris par la Russie et par la France, l'Angleterre s'adresse à l'Allemagne et lui demande un engagement analogue. « Pmsque l' Autriche-Hongrie se montre prête à discuter, il semble logique que l'Allemagne, si elle ne désire pas la guerre pour son propre compte, s'abstienne d'intervenir, pour que l'on puisse travailler, en commun, à une solution pacifique », tel est le langage que sir E. Goschen tient au ministre des Affaires étrangères à Berlin.
Or, que répond celui-ci ? « La Russie a déclaré que sa mobilisation n'impliquait pas, nécessairement, la guerre, et qu'elle pouvait parfaitement rester mobilisée pendant des mois, sans faire la guerre. // n'en est pas de même de V Allemagne. Elle a pour elle la rapidité, la Russie a pour elle le nombre... L'Allemagne a donc ordonné la mobilisation et le représentant de l'Allemagne à Saint-Pétersbourg a reçu les instructions pour qu'à l'expiration d'un délai fixé, il informe le gouvernement russe que le gouvernement impérial considère que le refus de répondre entraîne l'état de guerre. »
Ces considérations décident le gouvernement allemand. « Le i^"" août, les ordres sont donnés pour la mobilisation générale de la marine et de l'armée, le premier jour de la mobilisation étant le 2 août. »
Le /^i" août, à j h. I o du soir, l'ambassadeur d'Allemagne a remis à M. Sazonoff la déclaration de guerre de son gouvernement; il doit quitter Pétersbourg le lendemain. L'ambassadeur d'Autriche-Hongrie n'a reçu aucune instruction de son gouvernement pour la déclaration de guerre.
N'insistons pas sur les détails : le territoire français violé par les troupes allemandes, le 2 août, à Cirey et près de Longwy, les mesures prises dans le grand-duché de Luxembourg, qui sont un danger de guerre immédiate pour la France. Celle-ci, du fait de l'alliance, s'est d'ailleurs engagée à suivre la Russie. Donc, c'est la guerre générale.
Neutralité belge non respectée, la France engagée dans le conflit, voilà les deux sujets qui seuls étaient de nature à émouvoir le cabinet de Londres. Que va-t-il faire ? (i)
(i) Sur l'ensemble des motifs qui ont déterminé l'attitude du cabinet anglais dans cette période pleine d'anxiété, voir un remarquable article de Wickham Steed dans la Revue de Paris, du i" juin igiS. En voici de trop courts extraits : « Le ministre des Affaires étrangères avait suivi la seule politique que lui permit l'état d'âme des partis politiques et l'état d'ignorance dans lequel il avait laissé le pays. On ne sait pas précisément à quel moment il commença à douter de la bonne foi allemande, mais il est certain que le cabinet, dans son ensemble, crut jusqu'au dernier moment au désir de l'Allemagne de conserver la paix... En jugeant la politique du gouvernement anglais, il faut tenir compte d'un élément d'une importance capitale. Il s'agissait d'engager, non seulement l'Angleterre, mais toutes les nations britanniques d'outre-mer, dans une lutte à outrance, et de mettre en péril leur existence même. Si les hommes d'Etat anglais avaient eu soin, pendant les dix dernières années, de donner aux citoyens de l'Empire une conception plus juste des questions européennes, il est possible qu'ils eussent pu prendre, au moment critique, une position plus nette. Mais il fallait pouvoir démontrer à tous la justice de la cause que l'on défendait et empêcher la naissance du moindre doute sur les origines véritables de la guerre... Un résultat très important fut l'unanimité du peuple anglais. Les divisions des partis, la menaçante question irlandaise, les violences des suffragettes s'effacèrent comme par enchantement. Je comprends que l'Allemagne ait été désappointée... »
Par contre, les officieux Allemands accusent violemment les tergiversations de l'Angleterre : voir, à ce sujet, une interview donnée par M. de Jagow dans le National Tidende de Copenhague du 3 octobre, et la polémique de la Galette de r Allemagne du Nord citée dans le Journal de Genève du 7 octobre 1914. Le journal officieux allemand dit : « Sir
L EUROPE EN ALARME. LA DECLARATION DE GUERRE