‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 97 sur 148 · GARDES CIVIQUES BELGES · texte numérisé non relu

GARDES CIVIQUES BELGES

que nous tenons de vous l'affirmation ? — Parfaitement. »

Les journaux belges du 2, rassurés euxmêmes, rassurent la population. Toute la légation est surprise en flagrant délit de mensonge; car, le même jour enfin, le même ministre d'Allemagne demande une audience au ministre belge, à 7 heures du soir, « pour lui faire une communication importante ».

Tandis qu'on s'abandonnait à un rêve optimiste, on va se trouver en face de la plus

cruelle réalité.

Dans l'intervalle, l'Angleterre a fait un pas.

Le 2 août, au matin, sir Edw.

Grey voit l'ambassadeur de France, M. Jules Cambon.

« M. Cambon, télégraphie le ministre lui-même, m'a interrogé au sujet de la violation du Luxembourg... Il m'a demandé ce que nous dirions en cas de violation de la neutralité belge. J'ai répondu que c'était là une affaire beaucoup plus importante; que nous examinerions quelle déclaration nous ferions demain à ce sujet au Parlement, c'està-dire si nous déclarerions que la violation de la neutralité belge est un casus belli... » Le ministre d'Allemagne à Bruxelles vient effacer les derniers doutes et détruire les dernières illusions. Le dimanche 2 août, à 7 heures du soir, il se présente chez M. Davignon, lui remet un document très confidentiel de la part du gouvernement allemand et lui notifie que le gouvernement belge a douze heures pour répondre.

Voici le texte de ce document :

Le gouvernement allemand a] reçu des nouvelles sûres, d'après lesquelles 'des forces françaises auraient l'intention de marcher sur la Meuse par Givet et

ARTILLERIE BEJ

ài

mi EN CAM PAGNE

Namur (prétexte fabriqué de toutes pièces et absurde). Ces nouvelles ne laissent aucun doute sur l'intention de la France de marcher sur l'Allemagne par le territoire belge.

Le gouvernement impérial allemand ne peut s'empêcher de craindre que, si la Belgique ne reçoit pas de secours, elle ne sera pas, malgré sa meilleure volonté, en mesure de repousser avec succès une marche française comportant [un plan aussi étendu, de façon à assurer à l'Allemagne une sécurité suffisante contre cette menace.

C'est un devoir impérieux de conservation pour l'Allemagne de prévenir cette attaque de l'ennemi.

Le gouvernement regretterait très vivement que la Belgique regardât comme un acte d'hostilité contre elle, le fait que les mesures des ennemis de l'Allemagne l'obligent de violer aussi, de son côté, le territoire belge.

Afin de dissiper tout malentendu, le gouvernement allemand déclare ce qui suit:

1° L'Allemagne n'a en vue aucun acte d'hostilité contre la Belgique ; si la Belgique consent, dans la guerre qui va commencer, à prendre une attitude de neutralité bienveillante vis-à-vis de l'Allemagne, le gouvernement allemand, de son côté, s'engage à garantir, au moment de la paix, l'intégrité et l'indépendance du Royaume dans toute leur ampleur;

2° L'Allemagne s'engage, sous la condition énoncée, à évacuer le territoire belge aussitôt la paix conclue;

3° Si la Belgique observe une attitude amicale, l'Allemagne est prête, d'accord avec les autorités belges, à acheter contre argent comptant tout ce qui est nécessaire à ses troupes et à indemniser pour tous les dommages quelconques causés en Belgique par les troupes allemandes;

4° Si la Belgique se comporte d'une façon hostile contre les troupes allemandes et, particulièrement, fait des difficultés à leur marche en avant par la résistance des fortifications de la Meuse ou par des destructions de routes, chemins de fer, tunnels ou autres ouvrages d'art, l'Allemagne sera obligée, à regret, de considérer la Belgique en ennemie.

Dans ce cas, l'Allemagne ne pourrait prendre aucun engagement vis-à-vis du Royaume, mais elle devrait laisser le règlement ultérieur des deux États l'un vis-àvis de l'autre à la décision des armes.

Le gouvernement allemand a le ferme espoir que cette éventualité ne se produira pas et que le gouvernement belge, saura prendre les mesures appropriées, pour empêcher que des faits comme ceux qui viennent d'être mentionnés ne se produisent. Dans ce cas, les relations d'amitié qui unissent les deux États voisins seront maintenues de façon durable.

En présence d'une pareille mise en demeure, le devoir de la Belgique lui était dicté, non seulement par le droit qu'a tout peuple au respect de son indépendance, mais par les

engagements internationaux, résumés par l'article 5 de la Convention de La Haye : « Une puissance neutre ne peut laisser passer à travers son territoire les troupes ou les convois d'un belligérant. » Bien plus, ce devoir lui était dicté par l'Allemagne elle-même, puisque, deux jours après, elle invoquait les traités auprès de la Confédération helvétique, pour que le passage sur le territoire suisse fût interdit aux troupes françaises : le gouvernement allemand répond, en effet, en ces termes, à la déclaration par laquelle la Suisse manifeste sa volonté de rester neutre : «... Le gouvernement impérial a pris connaissance de cette déclaration avec une satisfaction sincère et il compte que la Confédération, grâce à sa forte armée et à la volonté inébranlable du peuple suisse tout entier, repoussera toute violation de sa neutralité. »

L'Allemagne demande donc à la Belgique ce qu'elle somme la Suisse d'empêcher. Le voudrait-elle, la Belgique ne peut pas l'accorder ; elle est serve de sa parole, de ses engagements, de son devoir à l'égard des puissances qui, en garantissant la neutralité belge, ont compté sur elle.

Ajoutons que le gouvernement belge, en présence de l'affreuse sommation, avait à prendre en considération une autre conséquence terrible, soudainement évoquée devant lui. Par la volonté de l'Allemagne, le territoire belge était choisi comme champ de bataille pour des raisons de comm.odité stratégique, et toutes les horreurs de la guerre allaient s'abattre sur des populations paisibles et innocentes.

Quelle angoisse chez ce roi, chez ces ministres qui avaient douze heures pour délibérer !

On cherche à savoir, à se renseigner. On télégraphie en Angleterre : on fait part de la remise de la note au cabinet de Londres. Le roi Albert adresse au roi d'Angleterre un télégramme ainsi conçu :

Me souvenant des nombreuses marques d'amitié de Votre Majesté et de ses prédécesseurs, de l'attitude amicale de l'Angleterre en 1870 et de la preuve de

l'europe en alarme, la déclaration de guerre

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