MINISTRE DE BELGIQUE A PARIS
est l'atout de la Russie. {Livre bleu, n" 160.) Et dans un second entretien avec le même ambassadeur, quelques heures plus tard, le secrétaire d'Etat résumait ainsi ses arguments : « La sécurité de l'empire exige d'une façon absolue que les armées allemandes traversent la Belgique. » [Id., id.)
L'homme qui a pu avoir avec un collègue, avec un homme représentant un pays ami, un tel entretien, est mis pour toujours au ban de l'humanité, au pilori de l'histoire. Il s'appelle Jagow.
Dans la journée du 3 août, le ministre de France, tenu au courant, fait la déclaration suivante : « Si le gouvernement royal faisait appel au gouvernement français comme puissance garante de sa neutralité, nous répondrions immédiatement à son appel ;... en tout cas, le gouvernement français att enque la Belde résistance vernement prononcer encore; il déchue l'appui que la France (conformément aux traités de garantie) vient de lui offrir. « Le gouvernement ne fait pas appel.
dra, pour intervenir, gique ait fait un acte effective. » Le goubelge ne veut pas se
pour le moment, à la garantie des Puissances, se réservant d'apprécier ultérieurement ce qu'il y aurait lieu de faire. »
... Tous les regards sont tournés vers Londres. A Londres, sir Edw. Grey étale, en quelque sorte, sous les yeux du Parlement et du monde tout entier l'angoisse qui l'étreint lui-même. Informé seulement par des nouvelles sommaires, il se rend à la Chambre des Communes ; il communique aux membres du Parlement les renseignements qui sont parvenus au gouvernement, les réflexions suggérées, les hésitations, les résolutions qui naissent lentement :
« Le roi des Belges fait un suprême appel... à notre intervention diplomatique. Mais nous sommes intervenus diplomatiquement la semaine dernière. Que pourrait encore produire, à présent, une intervention? Nous avons des intérêts considérables et vitaux à l'indépendance de la Belgique — indépendance dont l'intégrité n'est que la petite part. Or, l'Allemagne nous a sondés la semaine dernière pour savoir si nous nous contenterions de l'assurance qu'après la guerre la Belgique conserverait son intégrité. Nous avons répondu que nous ne consentirions à cet égard àjaucun marchandage. Si, en effet, la Belgique est contrainte de consentir à la violation de neutralité, la situation est parfaitement claire, car ce ne'sera jamais qu'à la pression du plus fort qu'elle cédera. Or, la seule chose que les petits États du centre de l'Europe désirent, la seule chose qu'ils redoutent de perdre, ce n'est pas tant leur intégrité que leur indépendance. Ils veulent qu'on les laisse seuls et indépendants. Si, dans la guerre qui menace l'Europe, la neutralité d'un de ces petits Etats est violéejpar un des belligérants, et si elle est violée sans qu'une résistance ne se mette en travers de l'agression, après la guerre, quelle que puisse être l'intégrité, l'indépendance sera perdue.
« S'il est bien exact, ajoute le ministre, qu'une sorte quelconque d'ultimatum ait été adressé à la Belgique, lui demandant de tolérer la
violation de sa neutralité, de la donner ou de la vendre quel que soit le prix qu'on lui en offre, son indépendance est perdue. Si son indépendance s'en va, celle *de la Hollande suivra, et alors, je demande à la Chambre de réfléchir à la situation qui résultera de tout cela. Voici la France, peut-être battue, perdant sa position de grande puissance, assujettie aune autre puissance plus forte qu'ellemême ; voici la Belgique asservie à cette même puissance, voici la Hollande et puis le Danemark. Alors, les paroles de Gladstone ne seraient-elles pas devenues vraies et ne serions-nous pas en face, précisément, d'un intérêt s' imposant à nous tous, celui de résister aux agrandissements exagérés d'une puissance ?
« Gladstone a dit encore autre chose. Audessus des obligations que nous impose le respect de la lettre d'un traité, il en est une autre. Est-il possible que, dans de telles conjonctures, un pays riche d'influence et de puissance comme l'Angleterre reste indifférent devant la perpétration du plus monstrueux des crimes sans en devenir le complice ?
« Et que l'on ne dise pas que l'on pourrait rester indifférent pendant la guerre, puis, après qu'elle sera terminée, rétablir les choses comme nous voudrions qu'elles fussent. Si, dans une crise comme celle-ci, nous nous soustrayons aux obligations de l'honneur et aux obligations de l'intérêt, quelle que puisse être, au bout du compte, notre puissance matérielle, elle pèsera bien peu en face du droit que nous aurions perdu au respect des autres, nous aurons sacrifié, tout à la fois, notre réputation devant le monde et nos intérêts économiques les plus graves et les plus sérieux. »
Sir Edward Grey suspend néanmoins encore toute décision, jusqu'à ce qu'il soit en présence de renseignements précis sur la nature de la demande de passage adressée à la Belgique par l'Allemagne et il termine en rappelant qu'il a voulu seulement expliquer à la Chambre quelle est la pensée du gouvernement et
en
la mettre en possession de tous les éléments de la question.
Mais plus tard, au cours de la même journée, il reprend la parole pour annoncer qu'il vient de recevoir de la Légation belge le texte précis^de la note télégraphiée le matin par le gouvernement belge, et il conclut simplement :
« Je me borne à dire que le gouvernement est prêt à prendre cette note en toute sérieuse considération. Je n'ai rien à ajouter ! » {Livre bleu, édition anglaise, p. 97.)
Le Conseil des ministres se réunit quelques instants plus tard, et, à l'issue de la réunion, sir Edward Grey informe le ministre de Belgique à Londres que « si la neutralité belge est violée, c'est la guerre avec l'Allemagne ». {Livre gris, n° 26.)
Dès le lendemain 4 août, au matin, sir Edward Grey envoie à B erlin un télégramme, qui est le résultat de la délibération de la veille. {Livre bleu, n° 153.)
Le roi des Belges a adressé un appel à Sa Majesté le roi, en vue d'une intervention diplomatique en faveur de la Belgique dans les termes suivants :
« Me rappelant les nombreuses preuves d amitié de Votre Majesté et de son prédécesseur, ainsi que l'attitude amicale de l'Angleterre, en 1870, et le témoignage d'amitié que vous venez de nous donner encore, je fais un suprême appel à l'intervention diplomatique du gouvernement de Votre Majesté pour la sauvegarde de l'intégrité de la Belgique. »
Le lendemain 4 août, dès les premières heures de la matinée, le gouvernement reçoit la lettre suivante du ministre d'Allemagne à Bruxelles :
« J'ai été chargé et j'ai l'honneur d'informer Votre Excellence que, par suite du refus opposé par le gouvernement de Sa Majesté le roi aux propositions bien intentionnées que lui avait soumises le gouvernement impérial, celui-ci se verra dans le vif regret forcé d'exécuter,— au besoin par la force des armes — les mesures de sécurité exposées comme indispensables vis-à-vis des menaces françaises. «
Quelques instants après, l'état-major belge signale que le territoire national a été violé à Gemmerich.
Un conseil des ministres se réunit aussitôt et décide de recourir aux trois puissances garantes qui peuvent répondre à cet appel.
La demande est adressée en ces termes dans la soirée du 4 août :
« Le gouvernement belge a le regretdedevoir annoncer
à Votre Excellence que, ce matin, les forces armées de l'Allemagne ont pénétré sur le territoire belge, en violation des engagements qui ont été pris par traité. Le gouvernement du roi est fermement décidé a résister par tous les moyens en son pouvoir. La Belgique fait appel à l'Angleterre, à la France et à la Russie pour coopérer comme garantes à la défense de son territoire.
« Il y aurait une action concertée et commune pour résister aux mesures de force employées par l'Allemagne contre la Belgique et, en même temps, garantir le maintien de l'indépendance et de l'intégrité de la Belgique dans l'avenir. La Belgique est heureuse de pouvoir déclarer qu'elle assurera la défense des places fortes. »
Le gouvernement de Sa Majesté est également informé que le gouvernement allemand a remis au gouverne ment belge une note proposant une neutralité amicale, permettant le libre passage en territoire belge et s'engageant à maintenir lintégrité et l'indépendance du royaume à la conclusion de la paix; dans le cas contraire, la Belgique serait traitée en ennemie. Une réponse était exigée en douze heures au plus tard.
Nous apprenons aussi que la Belgique a opposé un refus formel à ce qu'elle considère comme une violation flagrante du droit des gens.
Le gouvernement de Sa Majesté est obligé de protester contre cette violation d'un traité que l'Allemagne a signé aussi bien que nous-mêmes ; il lui faut des assurances que la demande faite à la Belgique ne sera pas suivie d'effet et que sa neutralité sera respectée par l'Allemagne. Vous demanderez une réponse immédiate.
Nouveau télégramme dans la journée du 4 août, sur l'avis officiel que le territoire belge a été violé à Gemmerich, et, cette fois, ce ne sont plus des paroles : le fait déclanche le fait.
Dans ces conditions et étant donné que l'Allemagne a refusé de nous donner au sujet de la Belgique les mêmes assurances que celles que nous a données la France la semaine dernière, il vous faut réitérer cette demande et exiger une réponse satisfaisante, ainsi qu'à mon télégramme de ce matin, qui devra être reçue ici avant minuit ce soir. Sinon, vous demanderez vos passeports et vous déclarerez que le gouvernement de Sa Majesté se voit obligé de prendre toutes les mesures en son pouvoir pour maintenir la neutralité de la Belgique et le respect d'un traité que VAllemagne a souscrit comme nous-mêmes.
• L'après-midi du 4 août, l'ambassadeur britannique se rend aux Affaires étrangères. Il est reçu par le secrétaire d'Etat et lui demande si son gouvernement respectera la neutralité de la Belgique : « Je regrette de devoir dire : Non! répond le secrétaire d'Etat; d'ailleurs, la neutralité est déjà violée ; les
l'europe en alarme, la déclaration de guerre
^^y^C>^ A^i:^^^'''^'^^'^^'^'^'*'^^^ Ti^^z^e-^jï'z^ie^
^ ^.ze^c^U-^^ ^^ ^ /S"^^^