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PLAN DE L\ Il LlHllAIRIi: )) DE MUMTAIG.^IE
avec les inscriptions grecques ou Intinos sur 1cm poutres et solives du plafond. Extrait de iialy et Lapcyre, Montaigne chez lui.
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LA UPTERATURE FflANÇAISB
« Nous ne saurions faillir à suivre nature: le souverain précepte, c'est de se conrormer h elle. » — A voir comme il insiste partout sur la nécessite de vivre en soi et pour soi, et comme il cherche & détacher l'homme de tout ce qui peut le troubler, on reconnaît en lui moins cncoi*c un conliiiunlcurqu'un contradicteur du Itabelais. Tous deux, en elTcl, pri^chentlc retour à la nature. Mais Rabelais ne veut nous dégager des contraintes et des traditions que pour exalter nosénorgies et faire de nous des hommes nITamcs de science et d'aclivllô; Montaigne nous ramé no h Nature, cnmmc à la source cachée de toute modération et de tonte tranquillité. Quoi qu'il en soit, Montaigne a été suspect ^Pascal, à liossuet, ù Mnlcbranclie, à tous ceux qui, recoiinaissanl que l'homme cstfaiblc et vicieux, cherchent à la corriger et à le discipliner ; tandis que les sceptiques îlluslL-es l'ont adopte )>our leur maitrc i les liberUn$ du dix-septième siècle, Dayle, Voltaire, les encyclopédistes, et les rationalistes du dix-neuvième siècle. II roiiritAii DE MiuLuuiaixLE uK ouuiNiT y U bleii, daus celte aUmi-
D aiiroa I oiainpo Au Maiimus. ratîoii pour Montaigne, de
la part de ceux qui croient lu progrès et qui de toutes leurs forces y ont travaillé, quelque contradiction issez siiignlière; mais ils uni aimé en lui le destructeur ironique et impla- :ublc, celui qui a dit : « La peste de l'homme, c'est l'opinion do savoir », el 4ui, en ruinant le dagmiUUmr, a préparé le terrain i la pensée moderne.
La P^dasogl* de MonMI{iie. — Il ne faut pas demander un êf»iim* iUon*
MONTAïaWE ET LES ilORM.ISTF.S
taigno, pas plus en pédagogie qu'en toute aulrc chose. Atlendons-nous plulôt à la diKUMion critique des abus de son temps et à quelques conseils pour les éviter. Quant à uii programme, il n'y en o point,
1° Montaigne bldme, dans VinslUutioH des enfants comme dans la vie, la recherche de la science pour ellc-mâme.
a Je dirai volontiers que comme les plantes s'étouffent de trop d'humeur et les lampesdctropd'huile, aussi faitTaclion de l'esprit, par Iropd'éludeetde matière » (I, 26). — Cette science, les enfants l'absorbent uniquement pai- la mémoire, u Nous ne travaillons qu'à remplir lamcniuire, et laissonsl'cnlendement et la conscience vides...» (I, 2i).'< Savoir par cœur, n'est pas savoir... Fâcheuse suffisance, qu'une sufOsance pure livrcsquoi) (I, 25). — Moiiluigno critique vivement la dispute scolaslique, grâce à laquelle, au lieu de raisonner d'après les lois de la raison et du bon sens, on se préoccupe ■^
seulement d'appliquer des , K
formules. (S ur ce point, ,^,
voir en particulier le cha- "
pitre de l'Art de conférer (III, 8). — Il proscrit les chétimcnls. « ... Vous n'oyez (dans les écoles) que cris, et d'enfants suppliciés, et de maîtres e veiller l'appétii envers leurs leçons, guider d'une trogne effroyable, les classes seraient plus décemment joi tronçons d'osier sanglant I
"M-^'aiA- Jujrand/iùfram?
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«rés en leur colère. Quelle manière d'cces Icndn-s Ames et craintives, de les y lins armées de fouets... Combien leurs :hécs de fleurs et de feuilles, que de (I, S5). Voilà pour la partie négative de la pédagogLet
2° Quel but nous propose-l-il, et quelle méthode pour y atteindre ? Il veut tout d'abord que Ton s'occupe de former le jugement, en considérant la science comme un instrument, « Le gain de notre étude, c'est d*en être devenu meilleur et plus sage » (I, 25). u 11 faut s'enquérir qui est mieux savant, non qui est plus savant )) (I, 24). — Il demandera donc pour l'enfant un précepteur « qui ait plutôt la tète bien faite que bien pleine, et qu'on y requît tous les deux, mais plus les mœurs et l'entendement que la science » (I, 25). Ce précepteur donnera surtout à son élève des leçons de choses et d'expérience; il l'obligera à regarder et à discerner. «Je neveux pas qu'il parle seul, je veux qu'il écoute son disciple parler à son tour... Il est bon qu'il le fasse trotter devant lui pour juger de son train... « (1, 25). — On mènera l'enfant dans la société, « dans l'école du commerce du monde » (1, 25). Et partout, on provoquera, en toute occasion, son jugement. On lui apprendra, par l'usage, Vart de conférer (111, 8). — Bientôt, il faudra étendre le champ de son expérience, d'abord par la lecture, puis par les voyages, Montaigne a pour auteurs favoris, d'une manière générale, les historiens et les moralistes, c'est-à-dire ceux qui nous apprennent quelque chose de l'homme intime ou de l'homme vivant avec ses semblables, et plus particulièrement: Plutarque, Sénèque, Tacite, Commines ; et parmi les poètes: Térence, Horace, Virgile, Ovide. L'enfant voyagera, non pour voir de vaines curiosités, « mais pour en rapporter principalement les humeurs de ces nations et leurs façons, et pour frotter et limer sa cervelle contre celle d' autrui » (1, 25).
3** Mais xi ce n'est pas assez de lui raidir l'àme; il faut aussi lui raidir les muscles » (I, 25). L'enfant non seulement apprendra tout ce que doit savoir un jeune gentilhomme, équitation, escrime, danse, etc., mais encore se forti- Qera d'avance contre toutes les douleurs physiques; et, pour qu'il y arrive, on ne le laissera pas chez ses parents, toujours inquiets du moindre excès et disposés à le soustraire aux expériences dangereuses.
L'avantage d'une pareille méthode est de former un homme à l'esprit ouvert, au jugement équitable, à la conversation aisée, à la tenue distinguée, au tempérament robuste sous l'élégance des manières, bref, c'est a Thonnète homme » du dix-septième siècle, tel qu'on le trouvera défini chez le chevalier de Méré, et chez La Rochefoucauld. Mais cet homme du monde, charmant dans un salon etstoïquesur le champ de bataille, risque bien de n'ôtredansla vie privée comme fils, comme époux, comme père, qu'un prudent égoïste.
Le style de Montaigne. — Deux qualités essentielles dans ce style : il est pr<mesautier; il est imagé: — Montaigne est un des écrivains les plus spontanés de notre littérature, et il l'est toujours avec bonheur. L'allure de sa phrase est vive, capricieuse, imprévue. « C'est, dit M. Ém. Faguet, un style de conversation animée et gaie, un peu taquine et paradoxale de temps en temps. On y croit entendre lo riro léger et clair, l'éclat do voix sur une riposte, puis lo mur*
TAIGSR ET LES HORALISTES
! agile do la pnrolc qui court sur un propos fayorl et se prccipile... Mone voudrnit que sa pFiisijc saulrtt du soii esprit sur le pnpier avec l'allure o qu'elle avait en iiaiss.iiil. Cela ne s'obtient nuttemenl en laissant courir umc, mais au contraire en retrouvant, ilans un effort plus ou moins grand, a réllexion, ce mouvemeni, ce geste premier de la pensée jaillissante. Il y it merveilleusement; il a la, comme écrivain, de vêles qualités d'auteur drajue (1), n — De plus, ce est imagé comme celui poète, d'un vrai po6te, qui aquc pas dv* images sur des actions, mais qui pense par es, et qui voit tout ce qu'il Inc. Aussi, malgré la variété bondaiicc de ces mêtaphoji se succèdent souvent sans tiaincr, n'éprouve-t-oii jala fatigue que cause, par pie, le style de Mlchelct.
nbleqii'o[i se promène dans irdin plein de fleurs qui jscnt çà et là un peu à l'aire, mais dont les couleurs : parfums forment le plus ; mélange.