CALVIN (150»-1S
a Vie. — Jean Chauvin, qui latinisa son, nom en Cat-
vinus, d'où sortit à son tour la nouvelle forme française
Olivia (cf. Tourneur, Tumebus, Turnèbe), élait né à
Noyon, en Picardie, le 10 juillet 1309. De bonne heure
dcsliné k l'KgUsc, il lit ses études à Paris, au collège
de Montaigu et fui, h l'Age de dix-neuf ans, pourvu
d'une cure ; mais il n'était pas prétre,èt n'avait reçu
que la tonsure. Il se rendit pour étudier le droit, h
Orléans, où il eut pour maître Pierre de l'Étoile; il
suivit 6 Bourges les leçons du célèbre Alciat, et il y
étudia le grec sous Melchior Wolmar. Quand il revint
à Paris, en 1333, son premier ouvrage fut un commen-
"" "'" """"' taire latin de la Clémence de Sénèquc ; il était dès lors
tout acquis à la Réforme. Cette année-là même, Calvin
fut obligé de se soustraire par la fuite aux poursuites édiclées contre les
protestants, à la suite de la harangue de Nicolas Cop, recteur do l'Université de
Paris, harangue qu'il avait lui-même inspirée.
D'abord réfugié à Orléans, puis k Poitiers, puis à Nérac, Calvin gagne Bàle, d'où il adresse au roi François 1°'' (1535) une lettre de protestation contre les supplices infligés aux hérétiques. C'est k Bâie qu'il publie la première édition, en latin, de l'Inslitutio religionii chrisUartm. De Bâlc, il va faire un séjour k Ferrare, auprès de Uenée de France ; enfin, en août 1536, il s'établit à Genève, que (iuillaurae Farel avait convertie à la Réforme. Il y fait sentir si despoliquement son autorité théologique et pol'lique, que les liberliits (partisans de la liberté) le bannissent, ainsi que Farel, en 1538. Calvin se réfugie A Strasbourg, où il se marie. Il revient en 1541 k Genève, rappelé par son parti. Et jusqu'à sa mort ((564) il y règne en maître, avec autant d'intolérance que de dévouement.
L'tnMitutioii de la religion chrétienne. — Calvin reinaniB te text« latin qu'il avait donné en 1536 et 1539, pour en faire une édition françatu qui parut 1
THÉOLOGIEN. — IIISTORIESS. — POUTIQUES.
Strasbourg en 1541 (1;. — L'ouvrage est précédé d'une Oédicace au roi de France, François l", morceau plein de verve, de logique et d'éloquence, malgré quelques disparates, et dans lequel Calvin dclend la ncformc, au nom de la vraie tradition chrétienne ; il rérute également les attaques de ceux qui prétendaient que les Réformés étaient les ennemis de l'autorité royale. L'ouvrage même se divise en quatre parties : — 1. Oeconnailre Dieu en titre et qualité de créateur et tout»rain gouverntur du monde.
— II. De la connaUBance de Diea en tant qu'il t'est montré rédempteur en Jénas-Christ.
— m. Delà manièrede participer à la grâce de Jésus- Christ, des fruits qui nous en reviennent et des yràces qui s'ensuivent. — IV. Det moyens extérieurs ou aides dont Dieu se sert pour nous convier à Jésus-Christ, son fils, et nous retenir à lai.
On remarquera sans peine la savante gradation de ce plan.Or,cliaque partie n'est pas moins logiquement ordonnée. Si bien que l'Institution chrétiennepassokboii droit pour le premier livre vraiment composé que l'on ait écrit en français. — D'autre part, Calvin rendait à notre langue cet immense serviced'ïverser,enquclque rfiirimT db l*i.m.i
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sorte, tout le trésor biblique "^ ' .
et théologique .Ces malières,
réservées jusqu'alors à la dignité du latin, étaient pour la première fois exposées en langue vulgaire, plus de cent ans avant les Provinciales de Pascal. Le sljle de Calvin est grave, serré, logique, parfois trivial, souvent éloquent ; il manque essentiellement de couleur, et Bossuet le juge triste. Le vocabulaire a peu vieilli ; et les idées sont si fortement enchaînées qu'on lit Calvin beaucoup plus facilement que Montaigne fi).
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Autres écrivains de la Réforme. — A côte de Calvin, on peut citer : Guillaume Farel (1489-1565), célèbre par ses sermons; — Théodore de Béze (1519- 1605) qui écrivit d'abord des vers, puis un grand nombre d'ouvrages en latin, pour la défense de la Réforme. En français, il donna une Vie de Calvin, une Histoire des Églises réformées au royaume de France, et une tragédie biblique, Abraham sacrifiant, jouée à TUnivcrsilé de Lausanne ; — Pierre Firet (1511-1571) a laisse plusieurs dialogues et ouvrages moraux, d'une verve satirique inégale, mais souvent piquante ; — Duplessia-Momay (1549-1623) fut surnommé le « Pape des Huguenots », à cause de sa science théologique, et dirigea jusqu^à sa mort les Églises réformées de France. Son Traité de la vérité de la religion chrétienne (1581), composé plutôt contre les « libertins » que contre les catholiques, est un des meilleurs ouvrages théologiques du seizième siècle.