‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 14 sur 408 · LITTÉRATURE FÉODALE · texte numérisé non relu

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du dix-neuvième siècle, et dont les frères Grimm, en Allemagne, et Fauriel, en France, furent les promoteurs. Nous exposerons d'abord cette théorie, que Gaston Paris a fixée.

L'épopée est la forme poétique et merveilleuse que les peuples jeunes donnent instinctivement à l'histoire. Elle naît, aussitôt que la nation prend conscience d*elle-nièmc. D*abord brève, et plus semblable à une chanson qu'à un poème, elle célèbre sur des rylhmes encore lyriques les exploits d'un héros. Ces chansons sont d*abord répétées par les soldats ; puis, en temps de paix, colportées par les aèdeSj les Jongleurs^ etc.. Alors l'élément narratif se développe, l'élémcSit lyrique disparait.

Ainsi, dit-on, naquirent jadis l'épopée grecque el, plus près de nous, l'épopée allemande. Ulliade, les Nibelungen, ont été précédés par une floraison de petits poèmes chantés, qui tantôt se sont agjjjloniéiés, taiilôl conlenaionl en germe une œuYre féconde. Le passage de la chanson ou de la canliVene au poème épique ne s*estpas opéré dans tous les pays : voyez les romances espagnols.

En France les premières canlilèncs du moyen âge sont d'origine germanique.

Rien, en effet, ne permet de croire que les Gallo-Romaiiis aient consacré des poèmes ou des chansons à la gloire des héros. Peu belliqueux, depuis leur romanisation complète, plutôt railleurs qu'enthousiastes, plutôt beaux parleurs que passionnés pour l'action, c'est bien d'eux qu'on peut dire qu'ils n'avaient pas « la tête épique ». On sait au conlraire par des témoignages très authentiques, que les Germains avaient coutume de célébrer les exploits guerriers de leurs ancêtres et de leurs chefs (1). Et l'empereur Charloniagne aurait, dit-on, composé lui-même un recueil de ces vieilles cantilènes tudesques.

A quelle époque commença-t-on à composer des cantilènes épiques en latin populaire ? Probablement dès le baptême de Clovis (496). Cet événement» dit Gaston Paris, « suscita un immense enthousiasme, et se prôta d'autant plusJMa poésie qu'il se rattachait à l'influence d'une femme, à un mariage dont les circonstances avaient été singulières, et à une de ces tragiques histoires de vengeances de famille si communes dans l'épopée germanique... Autour de Chlodovech, il se forma, et sans doute de très bonne heure, tout un cycle épique, dont on peut croire avec grande vraisemblance que plusieurs épisodes furent chantés en latin vulgaire (2) ».

Après Clovis, Dagobert excite Pimagination du peuple : sa victoire contre les Saxons (620) donna lieu, suivant le témoignage d'un historien ecclésiastique du huitième siècle, à un poème en langue romane (3).

{1)G. Paris, Littérature française au moyen âge^ g 13.

<3) Ob croit trouver aassi des restes do ces courtes épopées mérovingiennes dans un poème dont ■oos poMédons un remaniement du douzième siècle, mais que l'on lait remonter au dixième siècle, Floovant. Bnfin, dans la Vie de saint Faron^ écrite au neuvième siècle par Helgaire, évèque de

Mtfui, Boot aurions la traduction latine de deux strophes emoruntées à une chanson épique en

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Si Glovis, si Clotaire, si Dagoberl avaient fait naître des cantilenes, h plus juste raison Charles Martel et Gharlemagne. D'autant plus qu'à dater des huitième et neuvième siècles la nationalité franque, à peine formée, est mise en péril par un ennemi à la fois politique et religieux : le Sarrazin. L^union qui s'opère contre ce danger commun ; les craintes, les espérances, les triomphes, qui créent une seule âme, nationale et chrétienne, entre tous ces éléments ethniques encore mal soudés ; le sentiment de la sécurité dans la force, qui suit la retraite défini* tive des envahisseurs : voilà d'excellentes conditions pour le développement .d'une poésie épique. C'est ainsi qu'on Grèce, après la destruction de Troie, en laquelle est symbolisé le premier triomphe de l'Europe sur l'Asie toujours débordante, naquit, de cette sécurité nationale, Tépopée homérique.

11 est à peu près certain que, dès le neuvième siècle, des poèmes assez importants, en langue vulgaire, en romarin furent composés, sur Charles Martel, Gharlemagne et d'autres héros des guerres entre Chrétiens et Sarrazins. Mais l'imagination populaire simplifie et unifie l'histoire : Gharlemagne devient le centre ^ le héros des exploits accomplis sous son règne et des exploits de ses prédécesseurs (1). Louis le Débonnaire est aussi le héros de plusieurs poèmes. Les luttes de, ses successeurs ne semblent avoir donné naissance à aucune épopée. Sous Charles le Chauve, la féodalité qui s'organise fournit une nouvelle matière à la poésie narrative : alors apparaissent les poèmes qui chantent les rivalités ^es^^rands vassaux. « Les derniers événements dont l'épopée ait conservé le souvenir, dit <jîaston Paris, appartiennent à la seconde moitié du dixième siècle: avec l'avènenient de la troisième race, la période de production épique spontanée est close (2). » — Il faut y ajouter cependant une dernière renaissance, provoquée par lies croisades

Théorie de M. J. Bédier. — Le successeur de G. Paris au Collège de France, M. Joseph Bédier, consacra son cours, de 1904 à 1911, aux chansons de geste- Ce cours forme la matière de quatre volumes qu'il a publiés, de 1908 à 1913, sous ce titre : les Légendes épiques (3)^ Voici un très bref résumé des conclusions auxquelles aboutit M. Bédier, et qui semblent devoir ruiner sans rémission la théorie soutenue jusqu'à ce jour :

langue rustique, et relative à Clotaire. Bref il semble bien que Ton n'ait point attendu les exploits de Gharlemagne pour composer des cantiténes destinées à célébrer les vertus et les victoires des rois Iranks. Un érudit belge, Oodefroi Kurth, a été plus loin. Renouvelant à propos de notre histoire l'hypothèse émise par Niebuhr sur l'histoire des rois de Rome, il croit pouvoir affirmer qae nos Mérovingiens nous sont connus seuloment, pour ainsi dire, à travers l'épopée. Leurs exploits, avant d'être enregistrés par l'histoire, se seraient transformés en légendes épiques ; de là, pour la critique, la nécessité de débrouiller un véritable chaos. (G. Kurth, Histoire poétique des Mérovingiens. Bruxelles, 1893. )

(1) G. Paris, Histoire poétique de Charlcmagne. Paris, 1S65»

(2) G. Paris, Littérature française au moyen àge^ § 19.

(3) Les Légendes épiques. Recherches sur la formation des Chansons de geste. Paris. Champion. 4 vol., 1908-1913.

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a) 11 ne nous reste aucun texte aulhenliquc et original de ces chauU l^frlcoépiques ou de ces canlilènes, nées au lendemain môme d'une victoire ou d'un desastre, cl dont le développement ou la fusion aurait donné les épopées des oniième, douzième et Ireiziëme siècles.

b) La partie hUlorique de nos principales chansons do geste témoigne d"uno profonde ignorance des faits et des personnages réels. Il semble que l'auteur du Roland ou d'Aliacans ne soit relié par aucune chaîne de poèmes antérieurs au sujet qu'il

c) Au contraire, on est frappé de voir que chaque épopée est en rapport très élroit avec des légendes locales, et plus particulièrement avec les églises, les tombeaux, les fêles, les pèlerinages. La Gette de OaiUaume concorde avec les sanctuaires qui formaient les principales étapes de la via Tolosana que suivaient les pèlerins allant de Nimcs à Saint-Jacques de ComposluUc.

La Chanson de Roland est en rapport avec les principales étapes des routes qui menaient à Fampclune par Roncevaux. ^^ cuAiiLBU*ciSK de h t«adit:o:i i^pilsi/ie

d) Les Chansons de geste sont O après une minialura du la fin du iiv siqde. nées auprès de ces sanctuaires, lireadun manuscnl dus Grandes Chroniques de feance.

OÙ les jongleurs, qui ont eu les

clercs et les moines pour collaborateurs, voulaient attirer et retenir les pèlerins ; — et elles sont nées au onzième siècle seulement et sont contemporaines des Crobades ; — et elles sont enlièrement d'inspiration et de facture françaises.

e) EnQn nous possédons de ces Chansons des versions identiques ou fort ressemblantes auxversions originales; — et nous devons les étudier comme des œuvres littéraires, en leur appliquant les procédés de la critique littéraire, au lieu de perdre notre temps à y découvrir des traces ou des débris d'hypothélîquea cantilènet.

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