IIL — LES CONTEMPORAINS DE CORNEILLE
Si admirable que soit Corneille, son génie ne doit pas nous faire oublier quelques-uns de ses contemporains, rivaux ou amis, qui se partagèrent avec lui la faveur du public. Les principaux sont Rotrou, du Ryer^ Tristan LHermite, Thomas Corneille.
ROTROU (1609-1650). — De la vie de Uoirou on sait peu de chose: qu'il eut un génie précoce, qu'il fit partie du groupe des cinq auteurs de Richelieu,
OKMATION DR LA TnACÉOlE CLASSIQUE
'il mourul hcrolqucmcnl h Ditux, sn ville iialiUe, m'i il avnit été rojaiiidro osle dis 1 le 11 tenant-cri m infl, nu moment d'une épidémie. Kous snvons aussi Tut un ami de Corneille qu'il nppclnit son maître ; et celui-ci le nommait ère. Il nous a laissé un assez grand nombre de pièces dont les principales
par ordre de dates :
Miti (1636), comédie e d'Amphitryon de a {à comparer avec .
re) ; Latire persécutée, -comédie (ICJ!) ; ta
comcdic(i645); Saintt. tragédie (1646) ; slas, tragédie (IG47)', M, tragédie (16i9).
IX de CCS pièces méri-
cncorc d'être lues, Genest et Vencettas. — Geneitesl l'Iiistoircdu lien Gcncst qui, repréit devant l'empereur îlien et sa cour une iur]c martyred' Adrien, ivcrtit pendant qu'il îon rôle, et passe de la 1 Â la réalité ; quand t est en prison et réà toutes les tentatives auprès de lui pour lui lei' un désaveu, on sent toirou se souvient de icle. — Dana Vert- , imité d'un drame es- il. On ne peut être père , la situation de Yen- ,roidc Pologne, obligé idamner son (ils à mort, est digne de Corneille; l'acte V aurait pu être
et écrit par l'auteur d'IIoraee M^. — Rotrou, mort dans la force de l'âge eul-élre pas donné sa mesure. En tout cas, il est, plus que Thomas, le du grand Corneille.
ri (17ÏMT9Î).
354 LA LITTÉRATURB FRANÇAISE
DU R YER (1605-1658) eut de très grands succès auprès de ses contemjporains, surtout avec Alcionée (1639), Saûl (1639), Esther (4643) et Amanllis (1650), pastorale. On goûtait chez lui une délicatesse de style et une simplicité qui, sans doute, reposaient les spectateurs de Corneille lui-même.
TRISTAN L'HERMITE (1601-1655), dont la plus célèbre pièce estMoKomn^, jouée sur le ThéAtre du Marais, en 1636, quelques mois avant le Cfd« est également caractérisé par un style naturel; souvent lyrique. On le considère comme un précurseur de Racine.
THOMAS CORNEILLE (1625-1709), frère de Pierre Corneille, ne fut pas moins fécond que son aine, et obtint de retentissants succès : ainsi Timocrate (1656) fut joué pendant six mois coiiscculifs. On garda longtemps au répertoire Ariane (1672) et le Comte d'Essex (1678). Thomas parait avoir eu surtout des qualités de métier; il aime les intrigues romanesques, et les agréments d*une assez fade galanterie. Mais il a su varier sa manière selon les changements du goût public ; et, sans forte originalité, il parvint à plaire.
Thomas Corneille nous mène, par les dates de ses dernières pièces, jusqu'après la retraite de Racine.
Corbeille, Œuvres complètes^ édition Marty-Laveaax (collection des grands écrivains de
la Franco), 8 vol. Ilachelte.
Théâtre de Corneiiley édition F. Hémon, 4 vol. Delagrave. Théâtre choisi de Corneille^ éditions classiques, do P. Desjahdihs (Colin), Petit ns Jullb-
viLLE (Hachette), Albertih (Belin), etc.
J. Lemaitre, Corneille et la Poétique d'Aristote^ 1888. Cl. Lan SON, Corneille (collection des grands écrivains français). Hachette.
F. ^nv^ETiktiTùt les apoques du théâtre français, 1892; — article Corneille dans la Grande Encyclopédie.
RoTROU, Théâtre choisi (notice par F. Hémon). Laplacc, 1883.
N. Bermardi», Un précurseur de Racine, Tristan L'Hermite, 1896.
G. Uet^ier, le Théâtre au temps de Corneille (liist, de la littérature. Julleville, Coliu, tome IV, chap. vi).
SOMMAIRE
]• L'ABBAYB DE PORT-ROYAL, dans la vallée de Chevreuse, fut reformée en 1608 par Angélique Arnauld. Labbé de SAINT-CYRAN en devint le directeur spirituel en [633. Plusieurs laïques se retirèrent auprès de celte abbave ; on les appela les HsHiauri do Port-Ro;al. Les plus célèbres sont : LE GRAND ARNAULD, ANTOINE LE MAITRE, NICOLE, UNCEtOT, etc.- Lejanséniima est une doctrine théologiqite sur la grâce, extraite de VAugaattaus, ouvrage de JANSÉNIUS, évéque d'Ypres. Cette doctrine pénétre à Port-Royal par Saini- Cyran. La Sorbonne fait condamner à Rome l'Auguttiiins ; Pori-Royal se soumet en droit, m*is non en AUt. — La casuistique est l'élude des cas de conscience à l'usage des confesseurs ; les jansénistes reprochent aux [ésuites d'être des casuistes trop complaisants. — Pon-Royal est persécuté, et finit par être détruit en 1710.
i< BLAISB PASCAL (i6i3'i66i) montre dét l'enfance des dispositions remarquables pour les mathématiques. Il est gafjné au jansénisme et se retire à Port-Royal où il écrit les Prorlnclales et ob il prépare une Apologie de la religion. — Z.es Prorlnciales sont des lattra*, au nombre de dix-huit, sur la question de la grâce et contre les jésuites. Elles nous intéressent surtout aujourd'hu par leur style, qui va de la familiarité comique A l'éloquence, — Après la mort de Pascal, 00 publie (1670], sous le titre de Pensées, les fragments de son Apologie inachevée. Parmi les éditions suivantes, il faut retenir celle de Condorcet (1776J, avec notes de Voltaire, celles de Faugére (1S44) et de Havet (iS5i). oti le texte a été rétabli d'après les manuscrits. — Il est difficile de retrouver l'ordre qtie Pascal aurait suivi dans cette apologie du chrisnanisme ; on sait seulement qu'il s'adressait aux libertini de son temps, qu'il partait
LA UTTÉRATURE FRANÇAtSE
d'une analyse psychologique et morale de l'homme, et qu'il cherchait À expliquer celte éoigme p:r la philosophie ei les reiifiions ; le christianisme apportait seul la solution. — Écrivain, Pascal est avant tout naturel ; U est le plus vrai et le plus sublime des génies du dii-sepliéme siicle.
3* INFLUBNCB DB PORT-ROVAL. Cette influence s'eierce sur les caractères, sur la prédicaiion, sur renseignement.