LE ROMAN PASTORAL ET PSYCHOLOGIQUE
HONORÉ D'URFÉ (4568-1625). — L'Astrée (i6iO-4627). — Une double imitation, espagnole et italienne, donna naissance au roman pastoral, dont VAstrée, d'Honoré d'Urfé, est le chef-d'œuvre.
En Espagne, la Diane de Montemayor (1542) racontait les amours de bergers Ut de bergères conventionnels, dans un joli cadre de nature. Traduite en 1578, cette œuvre célèbre et distinguée eut en France un succès considérable. — Au inéme genre appartient la Galalhée de Cervantes (1584); — L'Italie, de son côté, prodtiisait des pastorales dramatiques : VAminiay du Tasse (1581) et le Pastor JUo, de Guarlni (1585). — La société française, sous Henri IV et sous Louis XIII, était passionnée pour ce mélange piquant de naturel et d'affectation ; elle Tappiaudissait au théâtre; aussi était-elle disposée à bien accueillir un roman français écrit dans le même goût, et qui flattait son idéal de délicatesse et de galanterie.
Honoré d'Urfé avait passé sa jeunesse dans son château, sur les bords cbarmants du Lignon, petite rivière qui arrose la plaine du Forez. Compromis dans les troubles de la Ligue, il fut d'abord emprisonné, puis banni ; et c^est à Ghambéry qu'en gentilhomme désœuvré il écrivit VAstrêe, Il en publia les deux premières parties en 1610, la troisième en 1619 ; la quatrième fut éditée par son secrétaire, Baro, en 1627, et ce secrétaire en ajouta une cinquième, contenant le dénouement, d'après des notes laissées par d'Urfëw" L*Aatrée se trouva ainsi former cinq volumes, divisés chacun en douze livres.
L'intrigue du roman n'est pas en elle-même, fort compliquée. Le berger Céladon aime la bergère Astrée. Celle-ci se laisse persuader que Céladon la trompe, et le bannit de sa ijrésence ; Céladon, désesi^érc, se jette dans le Lignon. Mais on peut toujours se rassurer sur le sort d'un héros qui se noie au premier volume d'un roman qui en comprend cinq : Céladon est sauvé par les nymphes du Lignon. Il est aimé de la nymphe Galathée (comme Énée par Dldon, comme plus tard Télémaque par Calypso) ; mais il résiste à cet amour, et s*enfuit dans une caverne, où il dresse un autel à Astrée. Enfin, après bien des manèges, des réconciliations, des brouilles, des enchantements, etc., Céladon épouse Astrée. Cette intrigue est croisée par plusieurs autres ; et des
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récils, des nouvelles viciinent souvent s'encadrer dans l'bisloire priacipale. Le développement en est lent et dirrus- Les dissertations galantes, les analyses ralfinces y retardent sans cesse la marche des événements. C'est précisément c
qui fit les délices du dix-septième siècle ; et l'oi chologie du théâtre est en germe di<ns r.\strre.
peut dire que toute la psj-
l.'ljcrolue est une bergère hautaine et capricieuse, qui fait de Céladon son esclave, et dont l'umouf paraît surtout dans les regrets et les remords que lui inspire après coup sa sévérité.
Elle aime Céladon, mais clic lui impose, par orgueil et par souci de sa gloire, des épreuves analogues & celles qu'une grande dame du moyen dge exigeait de son chevalier. Céladon est amaiil dévoué et Qdèle jusqu'à la mort. Il nous parait manquer d'énergie; mais, pou r les Iccle urs du temps, celte soumission absolue à la femme aimée était vraiment héroïque. Le i bei-ger Silvundre représente l'amour raisonnable ctcalme. Iljlas, le bci^r ' inconstant et railleur, jette une noie d'amusant réalisme dans ce livre trop sentimental.
L'AsIrée ne fit pas seiiloment les délices des fcmmt's les plus .spirituelles, depuis Mme de Rambouillet jusqu'à Mme de Sévi^'oé. KUe fut goâtéc, et longtemps, par les esprits les ^uï sérieux. Suint François de Sales, lluet, Patru, Doileau, La Fontaine en parlent avec estime ou avec enthousiasme. Au dix-huitième $ièclc,on la lisait encore, et Jean-Jacques Rousseau fit un pèlerinage au château d'Urfé.
Le succès de l'AsIrie devait faire naître des imilations. Les plus cclibresTurenl
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dePierre Camus, évèque du Belley (1583-1653), qui voulut rendra le roman et religieux. Il composa un grand nombre d'ouvrages, où les aveatures is bizarres se mêlent à la dévotion la plus tendre, en un ityle qui prélen- . la délicatesse pittoresque de saint FranQois de Sales. Les lecteurs i manquèrent pj^ il n'est plus lisible, lire part, le genre 'âl amËnc une rcacqul se traduit par lirituels romans de •leaSorel (1599- ; l'IlUloire comiqae incion (IGââ). oii les in-ages sont lires de été In plus vulgaire, lout le Berger extra-
, qui
leur avait eu du gé- ; Dan Quichotte.
KN D'AVENTURES
faut d'abord cilor lervOle lionl le Poire (leS-J) cul un : relenlissant, jusir une grande variété M descriptions; puis larets de Satnt- I, qui publia i'vlrîane
s le
altr.
le Dumas père du PBo„,aPi.;E de fAttrie
plième siècle, est D'ai-rÈa une B.limpe du tempi de I.oui. XIII.
alprenède (1600-
dont on ne connaît plus guère le nom que par les railleries de Roi Outre plusieurs pièces de tUéàlre, La Cniprcnùdc publia des romans di et d'épée, dont il emprunta le sujet à Thistoire. Cassandre (1642-1645, .} a pour héros Alexandre le Grand, le Scythe Oroondale et la princesse i, fille de Darius. L'enchevêtrement des faits hisloriques et du romanesque issrz ingénieux, l'ius célèbre encore fut Cléopdlre (1641, 12 vol.), reine
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d*Égypte, aimée de Juha, prince de Maurilanie ; c*est là que parait le fameux Artaban, dont la fierté est restée proverbiale. On a signalé la parenté tout àfrà^ authentique des héros de La Galprcnède avec ceux de Corneille ; c'est la mèinrl conception de Taniour fondé sur Testime, et de la volonté triomphante. La ' société du temps les confondit dans une admiration commune. Mme de Sévigné revenait souvent à La Calprenède ; et le dix-huitième siècle le connaissait encore.