‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 186 sur 408 · I. - AVANT MOLIÈRE · texte numérisé non relu

I. - AVANT MOLIÈRE

ObS rappelons, pour ménioire, les comédies de Corneille, en particulier le Menlear (1643). Une anecdote, discutable d'ailleurs, atlribuc à Molière ce propos: « Sans le Menteur, j'aurais sans doule fait quelques piùccs d'inirigue, mais pcul-âtre n'aurais-je jamais fait le Misanthrope, n Quand on examine les comcdit^s qui furent représentées enire le Menlear et l'Etourdi, pendant une période de dix ans, on esl surpris d'y trouver si peu d'oeuvres dignes d'estime, et on en conclut que le vrai précurseur de Molière, c'est bien Corneille.

Esl-cc k dire que, avant et après le Menlear, le public ait été privé de comédies amusantes, souvent bien intriguées, agréablement versifiées, «t donl quelques parties ont pu inspirer Molière 1

ROTROU n'apascomposémoinsdelreizecomédies, la plupart imitées de l'espagnol (ce sont les moins bonnes) ; trois tirées de Plante ; les Ménechmet (i63î) (à comparer aux Méneehmes de Kegnard, 1703), les So;ii>s (IG36) (à comparer avec IWmphitryon de Molière, 1668), les Capli/s (1638) ; enfin, la meilleure, imitée do l'italien (la Sorella, de J.-B. délia Porta), (n S-cur (16«) : on ta lit encore avec plaisir, cl quand on songe à la date, et à l'dge de l'auteur, on ne peut que regretter, une fois de plus, la mort prématurée de Bolrou.

DESMARETS DE SAINT-SORLIN (159.''>-1676)cst de ceuxqui valent mleui que leur réputation ; nous retrouverons son nom fi la a Querelle des Anciens et des Modernes ». Il a le mérite d'avoir dorme une comédie satirique, fondée sur l'observation des niieurs et des ridicules du jour, (f s Fis ion nnires (1637), dont Molière a tiré en partie le caraclère de Bclise des Femmes savantes : l'Hespérie de Desmarcts croit, comme Béllse, que tout le monde est amoureux d'elle. On trouve également dans le personnage du poète Amidor quelques traits de Triasotin (1).

SCARRON (1610-1660) occupe une place à port dnns l'histoire du théâtre comique ou dix-soplièmc siècle. Il représente lu genre burlesque, genre qui est une protestation de l'individualisme et de la fantaisie sans limites contre l'esprit de discipline et de convenance mondaine. Scarron, célèbre par ses infirmités, par

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son mariage avec Françoise d'Aubigné, la future Mme de Maintenon, et par sa bonne humeur un peu affectée, cultiva toutes les formes du burlesque : il a écrit le Virgile travesti (pénible parodie de VÉnéide), le Roman comique (dont nous parlons ailleurs), des Nouvelles (dont Molière s'est souvenu pour VÉcole des femmes et Tartuffe)^ et des comédies. Ses meilleures comédies sont Jodelet ou le Maître Valet (li)43}, et DonJapliet d'Arménie (1G53) ; celle-ci imitée de l'espagnol (deTirso de Molina), met en scène raiicicn bouffon de Charles-Quint, et nous le montre berné et battu pur les gens à qui il prétend imposer sa burlesque personnalité. Le comique en est forcé, et nous parait froid ; mais la pièce eut, à son apparition, un étonnant succès, et le soutint dans diverses reprises, jusque vers le milieu du dix-huitième siècle. Aujourd'hui, la versification seule (dont on retrouve quelques procédés chez les néo-burlesques, Jean Richepin, A. Morand, E. Rostand, Catulle Mendès) en rend la lecture assez piquante (1).

THOMAS CORNEILLE (1625-1709) ne fut pas moins applaudi pour ses comédies que pour ses tragédies. 11 donna un grand nombre de pièces imitées de l'espagnol. Les meilleures sont : Don Bertrand de Cigarral (1653), d'après Don F. de Rojas, et le Geôlier de soi-m^m« (1655). Thomas Corneille se plaît aux imbroglios, aux méprises. Son style a une certaine force comique ; moins imprévu que Scarron, il a plus de netteté et de trait (2).

BOISROBERT (1592-1662) mérite également de ne pas être oublié, pour sa Belle plaideuse (1654), pièce où l'on est heureux de trouver, au lieu de l'extravagance espagnole ou italienne, une observation directe des mœurs et de la société. Molière lui a emprunté une des situations les plus fortes de son Avare : le père usurier trouve son propre fils dans l'emprunteur qu'il veut exploiter (3).

QUINAULT (1635-1688) qui avait débuté par des comédies, fit jouer en 1665 la Mère coquette^ fort jolie pièce, dont les vers ont une aisance encore charmante, et qui resta longtemps au répertoire.

Enfin, le Pédant joué, de Cyrano de Bergerac (1654), a fourni à Molière la « scène de la galère » des Fourberies de Scapin (4).

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