‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 192 sur 408 · II. — LA FONTAINE · texte numérisé non relu

II. — LA FONTAINE

Vie. — Enfance et Jeunesse. — Jean de La Fontaine est né à Château- Thierry, le 8 juillet 4621, dans une maison qui existe encore et qui a été transformée en une sorte de musée. Son père, Charles de La Fontaine, était inaitrc des eaux et forêts, capitaine des chasses, et iils lui-môme d'un marchand drapier. ,Iean fit, avec son père, et bientôt tout seul, beaucoup de promenades en forèl, et lut à tort et à travijrs dans la riche bibliothèque de son grand-père. Mais c'est, croyons-nous, une erreur de so le représenter comme un écolier vagabond. Un humaniste aussi profond, aussi sur de lui, a dû faire, dès Fenfance, de fortes études latines. La légende s'est formée de bonne heure autour de La Fontaine ; et tous les paresseux, tous les ignorants qui se croient du génie, ont transformé en inconscient un des écrivains les plus réfléchis et les plus savants de notre langue.

Séjour à Chflteau-Thierry. — Sous Finfluence d'une lecture, La Fontaine se crut la vocation ecclésiastique ; et à l'Age de dix-neuf ans il entra à FOratoire, où il resta un peu plus d'un an. Puis il se fit recevoir avocat; et, en 4644, on le retrouve à Cliâteau-Thierry, d'où il ne bougera pendant près de dix ans que pour faire quelques voyages à Reims et à Paris. C'est là, qu'à l'âge de vingt-sept ans, il se laissa marier avec Mlle Marie Héricart, fille du lieutenant criminel de la Ferté-Milon. Sa femme n'avait point, paraît-il, ces qualités d'ordre et de jugement qui eussent balancé les défauts de La Fontaine ; elle préférait le bel esprit et les romans au ménage ; et ce mari rêveur et négligent aimait les maisons bien tenues. Aussi vécut-il plutôt chez les autres. En même temps, La Fontaine avait hérité de la charge de son père, dont il resta titulaire jusqu'en 4672, et qu'il remplit fort mal. A cette époque, en effet, il accumulait, par la rêverie et par la lecture, le fonds qu'il devait exploiter bientôt, dans ses Contes et dans ses Fables. L'amitié si profitable du savant et charmant Maucroix, qui l'attirait souvent à Reims, lui donnait de plus en plus le goût des anciens et des Italiens. Il dut alors composer beaucoup de petits vers, pour les sociétés provinciales, où sa facilité d'humeur lui faisait déjà i)ardonner ses distractions ; mais la traduction 'de V Eunuque de Tdrcnce y qu'il publia en 1654, marque son véritable début dans les lettres, et trahit en lui l'humaniste appliqué.

S'il commençait à s'acquérir une réputation de poète, La Fontaine délaissait de plus en plus ses affaires qui étaient fort embrouillées. Il arrive souvent à ceux qui ont horreur de la chicane d'être condamnés h vivre dans les procès, juste conséquence d'une négligence initiale : c'était le cas de cet homme ab-

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sorbe par son génie dominateur. Sans doute, il ne faut pas voir en lui un grand enfant naïf ; mais s'il y avait du parti pris dans son attitude de distrait, c'est qu'il était obligé de choisir entre la vie pratique et la vie du poêle. Or, c'est pour échapper définitivement aux tracas qui venaient le relancer chez lui, qu'il accepta, en 4657, de se laisser présenter au surintendant Fouquet, par son oncle Jannart.

Séjour chez Fouquet. — De 4657 à 4661, La Fontaine vécut chez Fouquet, à Saint-Mandé ou à Vaux. Il lui avait dédié, en 4657, son poème d'Adonis; le surintendant lui fît une pension, en échange de laquelle il ne lui demandait, tous les trimestres, que quelques vers. De cette époque, datent un certain nombre de petites pièces, odes, ballades, madrigaux, où La Fontaine rencontre parfois d'heureux détails. Le séjour chez Fouquet lui fît connaître la société du temps: Mme de Sévigné, Mlle de Scudéry, Desmarets, Conrart, Chapelain, et en général les poètes que Boileau allait bientôt ridiculiser. Mais aussi il assista, eu 4661, à ces fêtes fameuses où furent représentés V École des maris et les Fâcheux par la troupe de Molière ;et il témoigne, à ce propos, dans une lettre à Maucroix,d'un enthousiasme de connaisseur (4).

A Paris. — Les Contés. — La chu le de Fouquet (auquel il resta plus ftdèle qu'on ne l'aurait attendu d'un caractère aussi faible que le sien) (2) le troubla dans cette quiétude. Jannart ayant été exilé en Limousin, La Fontaine fit le voyage avec lui. Nous le savons par les lettres charmantes qu'il adressa à sa femme (3). — A son retour, il est protégé par la duchesse de Bouillon (Marie Mancini), qui habitait tantôt Ghàtèau-Thierry, tantôt Paris. L'hôtel de Bouillon était un centre d'indépendance littéraire et de libertinage; c'est là qu'en 1677 devait s'organiser la cabale contre la Phèdre de Racine. On éprouve quelque ennui à voir La Fontaine hébergé et pensionné par la protectrice de Pradon. En même temps, il fréquentait chez la duchesse douairière d'Orléans, veuve de Gaston, au Luxembourg, autre centre de littérature déjà démodée, et d'opposition. Rien ne prouve mieux Toriginatité du génie de La Fontaine, qui se forme en dehors du groupe classique, qui prend au genre Louis XIII ^ et par là au vieux fonds français, des éléments déjà négligés, et qui s'en enrichit ; mais qui, en môme temps, admire Molière, se lie avec Boileau et Racine, et, peu à peu, s'assimile en leur compagnie le meilleur du classicisme.

Cependant, en 4664, La Fontaine avait publié son premier recueil de Contes^ sous ce titre : Nouvelles en vers tirées de VArioste et de Boccace ; — en 1665, il en donne une seconde série. — En 4668, paraissent les six premiers livres des Fables^ dédiés à Mgr le Dauphin. La Fontaine espérait, par cette dédicace, se

(1) Morceaux choisia^ 1" cycle, p. 225.

(2) Morceaux choisis, 2* cycle, p. 582 (Élégie aux Xymphes de Vaux).

(3) Morceaux choisis, 1" cycle, p. 230.

LA PONTAiSE ET LA FABLE

concilier ia faveur de Louis XIV, qui ne l'àimail point, et qui ne l'aima jamais. En 1669, c'est Psyché, poème mêlé do prose (1). En 1671, un troi:»ieme recueil de Contes.

Chez Mme de la Sablière. — L'Académie. — L'année 16T3 marque une date

importante dans ia vie de

La Fontaiue: Mme de la Sablière, femme d'un riche financier, lui orfrc l'Iiospilalilc. La Fontaine devait rester vingt ans clirz elle.

Lorsque Mme de la Sablière se relira aux Incurables (1683), elle laissa au fabuliste un appartement dans son hôtel de la rue Saint- Honoré, d'où La Fontaine ne sortit qu'eu 1693, à ia mort de sa bicnraitrice , pourallerhabitcr chczMme d'Hcrvart. U'est chez Mme de la Sablière qu'il composa et publia, en 1676 et 1679, son deuxième recueil de Pablet (liv. Vil à XI}, dédié à Mme de Montespan, dont il connaissait déjà la sœur atnéc, Mme du Tliianges.

Mais la piibiiciiliou de nouveaux Coni«, en 1C7S, l'avait encore compromis dans l'esprit de Louis \IV. Et lorsqu'il fut élu, eu 1683, à l'Académie Irançaise, le roi refusa de ratirier son élection, Jusqu'à ce que celle de Boileau, l'année suivante, lui ait paru une compensation suffisante. On sait que l'abbé de la Chambre, chargé de répondre au discours de La Fontaine, le sermonna comme un enfant. La Fontaine, heureusement, lut ensuite son Ditcour* à Mme de la Sablière, qui effaça cette fâcheuse impression (3).

(1) Morctaux ehoiiit. S" cycle, p. 501. (t) Maritaux choUù, f eyole, p. U6.

.pri. le 1

é psrF da Poillï.

Dernières années. — « Il avait promis d^ètrc sage. » Mais il publia encore plusieurs Contes en 4(J85, et il était entré en relations avec les Vendôme, neveux de la duchesse de Bouillon, qui tenaient au Temple, et dans leurchûleaudWnet, une cour libertine ; et avec les Gonti, neveux du Grand Gondé, dont la réputation n'était pas meilleure. C'est l'époque où il écrit quelques médiocres pièces de Ihéûtre, en collaboration avec Champmeslé, mari de la célèbre actrice qui créa plusieurs rôles des tragédies de Racine. Ge sont Ragolln (1684), le Florentin (1685), qu'il ne faut pas confondre avec une satire contre Lulli, publiée sous ce titre en 1686 (I), et la Coupe enchantée (1688). Enfin, en 1694, La Fontaine dédie au jeune duc de Bourgogne, l'élève de Fénelon, son douzième livre de Fables, — Une grave maladie, en 1692, l'avait déjà ramené à des sentiments de piété sincère; il avait désavoué ses Contes. Le 13 avril 1695, il mourut très chrétiennement, chez M. d'Hervart, rue Plâtrière (rue J.-J. Rousseau).

Son caractère. — On a exagéré la bonhomie de La Fontaine, et, nous l'avons dit, son inconscience. Le sentiment de son génie très particulier, et qui ne pouvait se développer qu'en l'absence de toute contrainte et de toute préoccupation matérielle, l'a rendu égoïste «t a fait de lui un véritable parasite. Ses distractions, souvent réelles, devinrent pour lui un moyen de dépister les importuns. D'un autre côté, il semble avoir manqué au plus haut degré d'énergie morale et de volonté ; sa bonté même était faiblesse ; il s'est laissé jusqu'à la fin entraîner dans de fâcheuses sociétés ; et l'on ne saurait s'empêcher de le juger très inférieur sur ce point à Boileau et à Racine. Si quelque chose, du reste, peut lui faire pardonner ses défauts, c'est la franchise sincère et touchante avec laquelle il les a souvent avoués ; c'est la confusion, qu'en ses meilleurs moments il en a éprouvée; c'est enfin, il faut bien le dire, qu'il a possédé, comme penseur et comme écrivain, les qualités de ses défaulSy et qu'il représente seul, avec son génie, au dix-septième siècle, la poésie indépendante.

Les poésies diverses, les Contes, les Lettres. — On a vu, par la biographie qui précède, que La Fontaine ne fut pas seulement un fabuliste, mais que, de 1654 h 1(»94, il a écrit un peu dans tous les genres. Nous avons même oublie de citer : une tragédie, Achille^ dont il ne fit que deux actes (publiés après sa mort), C/ym^/ic, comédie (167-1), la Captivité de saint Malc (1673), poème religieux dédié au cardinal de Bouillon, cl le Quinquina (1682).

La Fontaine, chez Fouquet, avait rimé, nous l'avons dit, nombre de petites pièces légères, — le poème d'Adonis (où se trouve le vers fameux : Ni la grâce plus belle eneor que la beauté), — le Songe de Vaux, poème allégorique, non terminé. Mais il faut surtout retenir de ses œuvres diverses, pour les mettre tout à coté des meilleures fables : d'alK>rd, l'Élégie aux Nymphes de Vaux (1661) sur la disgrâce do Fouquet (2); — la lettre à Maucrofx (1661), môlôc de vers, où il apprécie si bien le génie naissant do Molière (H) ; — Le

(1) Morceaux choisis, 1" cycle, p. 232. (8) Morceaux choisis, 2* cycle, p. 582. (3) Morceaux choisis, 1" cycle, p. 225.

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Florentin (1686), mordante satire dirigée contre Liilli (1) ; — lo Discours à Mme de la Sa6/tMs -1684), essentiel pour l'analyse du caractère de La Fontaine (2) ; — V Épi Ire à Haetj évéque de Sôissons (1687), pour accompagner l'envoi d'un exemplaire de Quintilien, cpître où La Fontaine définit hcurcusentent l'imitation originale des anciens (8) ; — Psyché, en deux livres, où la prose tient presque autant de place que les vers ; on peut en négliger la partie mythologi(]ue, dans le goût du temps, pour en retenir lo fameux Prologue du livre I", où La Fontaine, qui se donne le nom do Polyphile^ se représente, dans les jardins de Versailles avec trois amis, Ariste (Hoilcau), Àcante (llacine) et Gélaste (Molière ou Chapelle) (4) ; — eiiûn y Philéinon et Baucis, imité dOvide, et presque toujours publié à la suite des Fables,

Les ConteSf imités do Hoccace, célèbre conteur italien du quatorzième siècle, et de l'Arioste, poète italien du seizième siècle, tirés souvent du \icux fonds français et gaulois, n'auraient point sufQ à immortaliser La Fontaine. Quelles que soient les qualités du slvle et de la versification, la forme des Contes est loin de valoir celle des FatUes. Dans quelle mesure La Fontaine a-t-il été conscient de rimmoralilé de la plupart d'entre eux? Hicn fin qui le dira. Mais il est bon de faire observer (jue ses contemporains ne toléraient déjà plus ce degré de licence, que le lieutenant de police, par ordre du roi, supprima le recueil de 1675, et que La Fontaine n'eut de succès, comme conteur^ que dans les sociétés libertines de son temps.

Nous possédons de La Fontaine un certain nombre de Lettres. On a vu plus haut qu'il en écrivit à sa femme, pendant son voyage en Limousin ; nous avons cité une lettre à Maucroix, de 1661 ; 11 y en a plusieurs autres, au même, en particulier celle que La Fontaine lui écrivit trois jours avant sa mort (1695) (5) ; des lettres à Saint-Kvremond, à la duchesse de Bouillon, etc. M. Lanson juge ainsi cette partie de Iceuvre de La Fontaine : « On peut dire qu'on trouve dans les Lettres^ à l'état primitif et dans leur parfait naturel, toutes les qualités qui, afii.iées, épurées par le choix et la réllexion, ont mis l'auteur des Fables au premier rang de nos poètes. On y voit en même temps plus distinctement par où La Fontaine tient à Voiture, et comment il s'est insensiblement afi'ranchi d'une influence fâcheuse (6). »

La Fontaine trouve dans la fable le cadre. qui lui convient. — Mais, dans toutes ses autres œuvres, La Fontaine ne i)ouvail donner sa complète mesure. Il lui fallait un genre qui fût à peine déterminé, et qui, en même temps, embrassât tous les autres. Il trouva la fable, — La fable est un conte : or, La Fontaine est narrateur exquis, formé à Técolc des vieux trouvères, du seizième siècle, et des Italiens; — la fable est une comédie : La Fontaine sait observer et peindre les ridicules, entrer dans les caractères, prêter à chacun le langage de sa condition; — la fable comporte un décor formé par la description de la nature : La Fontaine connaît et aime la nature ; — la fable permet des réflexions personnelles, et par conséquent la poésie individuelle et lyrique, exclue des autres genres: La Fontaine, rêveur, capricieux, mélancolique, y pourra nous confier ses impressions et ses vœux; — enfin la fable demande une morale: La

( ) Morceaux choisis, V cycle, p. 232.

(2) Morceaux choisis, 2* cycle, p. 585.

(3) Morceaux choisis, 2* cycle, p. 587. (A) Morceaux choisis, 2* cycle, p. 591. (5) Morceaux choisis. 2* cycle, p. 5'j3.

{(}) G. Lanson, Choix de lettres du dix-scplièir.c siècle, p 3/i^.

Fontaine, épicurien, bonhomme, ironique témoin des devoirs sociaux, non*; dira ce qu'il pense des hommes à propos des bètes.

Comment La Fontaine transforme la fable. — Mais nous venons de parler de la fable telle que La Fontaine la traite et non de la fable ésopique. Voyons donc comment il la transforme pour lui donner cette étendue et cette richesse, et pour s*y trouver à Taise.

i^ Il se soucie peu d'inventer les sujets; il les prend à ses devanciers, anciens ou modernes. Regardez une édition où Ton indique les sources de chaque fable; vous serez édifié. « Son originalité, a dit Sainte-Beuve, est dans la manière, non dans la matière. »

2* 11 trouve chez Ésope, Phèdre, Pilpay, etc., les éléments d'un petit drame^ et il le perfectionne : — a) en organisant Fintrigue, dont l'exposition, les péripéties, le nœud, le dénouement, sont admirablement liés (cf. le Chat, la Belette et le Petit Lapin; les Animaux malades de la peste; le Loup et le Chien maigre; le Singe et le Chat^ etc.). Toute fable de La Fontaine intéresse par la façon même dont le conte y est bâti. — b) Il lui donne souvent un petit décor, très sobre» mais très suggestif et que nous n'avons pas de peine à compléter (le Chêne et le Roseau; le Héron; la Colombe et la Fourmi; le Jardinier et son Seigneur, etc.); mais le plus grand nombre des fables n'a pas de décor indiqué. — c) Il y précise, avec une étonnante sûreté, le caractère de ses personnages. Chacun d'eux est vivant, a son allure, sa physionomie, ses gestes et son langage. La Fontaine, comme Molière, n'a pas un style; il laisse parler le renard, le loup, le lion, le financier, le savetier, la laitière, selon le caractère et la condition qu'ils représentent. — Tels sont les éléments essentiels du drame chez La Fontaine. Ajoutons ici qu'il faut également entendre la définition qu'il donne de ses fables, c( une ample comédie à cent actes divers », dans un sens plus étendu, — comme la Comédie humaine de Balzac.

3^ La Fontaine connaît les animaux; il les aime, et il proteste contre la théorie de Descartes qui ne veut voir en eux que des machines {Discours à Mme de la Sablière). — Ici, gardons-nous d'une erreur. Ne voyons pas dans La Fontaine un naturaliste, et ne lui cherchons pas chicane parce qu'il aurait commis quelques erreurs scientifiques. Il a décrit les animaux et les a analysés, comme l'ont fait de tout temps les enfants et les gens du peuple. Son génie consiste à les avoir observés, peints d'après nature, et à leur avoir prêté des sentiments toujours d^accord avec leur physique. Dans cette limite, il est admirable. Inutile de rappeler ici les heureuses épithèlés qui lui servent à caractériser le chat, le chien, le rat, etc., et qui sont dans toutes les mémoires. Mais songez aux rôles qu'il assigne, dans cette ample comédie, au lion, au loup, au renard, à l'âne... Comparez avec les épisodes du Roman de Renart. Vous verrez à quel point l'avantage est du côté de La Fontaine.

4* La Fontaine a le sentiment de la nature. Ces animaux, il les a vus aller et

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courir daiiH li's bui*, sur \v.s pri-*, dnna l'eau du (Icuvc ou du ruisseau. Si concises qu<! soionl srs doscriplioiis, eiios frappent p»r leur justesse et pur leur |imroiidi<ur. C'est l'Iierbc que les tièdes zéphyrs ont mjeanie; c'est l'onde Iran»pfirciifc où les po[s.*on3 /(tn( mille toun ; c'eil le clieiiiin monUint, iabloniieux, malaité; ce sont In ItnmUlet bords du rayniime des vcriU, elc. Ces brefs puysages donnent une sensation de réalité. Souvent aussi, I.a ronlaitie se laisse aller à lu

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^^vel■ic ; () fiirlui\é sèji/ur, 6 i-linmits iiiinéi dfs <lieu.r.I... Cffl {tar Ih qu'il est un lyrique, au sens le plus birgedu mot.

Ti" Il peint diins SCS fables (ouïes les conditions sociales, tanlât sous la figure des niii[iiau\ (le lion est lu rui, lo renard le eourtisan, elc), tanlAt sans aucune ■nuiS|iosilio[i (le savetier, les paysans, le meunier, le curé, l'aslrologue...); car il y a lieaucoup de coula parmi les fables. — On peut tirer de La Fojitaiiie, uuniiue de Molière et de I.a Bruyère, toute une ^'alerie de portraits du dix- Si'pliênie siècle, et il n'en est guère de plus variée ni de plus complète.

L.a Fontaine est notre Homère. — La fable, Ictie que l'a comprise La Fontaine, a tant d'ampleur, que Jouburt a dit : « La Fontaine est notre Ilomèr'> m C>e jugement parait d'abord paradoxal. Si nous songions à comparer La ItiU-

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taine à quelque poète de Tantiquité, ce serait peut-être plutôt à Théocrite, à Anacréon, à Virgile auteur des Géorgiques^ à Horace... Mais Joubert savait bien ce qu*il voulait dire. Qu'est-ce que Tépopée homérique, en effet? C'est, pour le peuple grec, le livre par excellence, le recueil des traditions, des légendes, des croyances, en un style tour à tour sublime et familier. Les Français du dixseptième siècle ne possédaient aucun ouvrage analogue, d'autant plus qu'ils avaient oublié leur littérature du moyen âge. N'est-ce pas La Fontaine qui enferme le premier, dans ces fables au cadre si complaisant, tous les paysages, tous les caractères, toutes les mariifeslalions de la vie? Est-il un livre plus français, en ce sens? Et ne l'cst-il pas à ce point que les étrangers n'en goûtent pas la saveur? — Mais bornons là celte comparaison. Il manque bien des choses aux Fables pour qu'on les assimile à VIliade et à VOdyssée ; et nous serions bien à plaindre si nous y trouvions, comme les Grecs le pouvaient chez Homère, l'expression de notre idéal.

La morale de La Fontaine. — Les anciens n'avaient composé de fables que pour la morale. La petite historiette était une démonslrationf et s'achevait chez Ésope par une formule géométrique. La Fontaine n'a évidemment pas entrepris ses fables pour donner des leçons à ses contemporains; son indulgente philosophie ne peut lui suggérer l'idée de dogmatiser. Mais, enfln, il écrit des fables; ia tradition veut que la fable ait une moralitéy et il ne prétend pas s'y soustraire. Dans sa préface de 1668, il insiste sur VutUité de Vapologue^ lequel se compose de deux parties : le corps qui est le récit, et l'dme qui est la moralité. C'est nous dire, très habilement, que nous ferons bien de ne pas attendre que l'auteur ait exprimé la leçon qu'il prétend tirer de la fable, mais que cette leçon circule en quelque sorte dans tout le récit et s'en dégage comme de la vie ellemême. — La Fontaine enseignera, comme la vie, la morale de Vexpérience. 11 nous apprendra que la présomption, la vanité, l'orgueil, la dureté du cœur, la prodigalité, ravaricc^ etc., poussent l'homme à méconnaître les conditions naturelles ou sociales de la vie. « Il se faut enlr'aider, cest la loi de nature. » u On a souvent besoin d'un plus petit que soi. » « L'avarice perd tout, en voulant tout gagner. » « En toute chose, il faut considérer la lin », « Ne nous associons qu'avecque nos égaux », etc. Il nous prévient contre toutes les puissances, la cour, la justice, les gens de finance, etc. — 11 nous donne une leçon générale de modération et d'intelligente bonté. — N'est-ce rien ? et faut-il, avec J.-J. Rousseau et Lamartine, nous défier de cette morale ? Ne pourrait-on pas dire, au contraire, que cette expérience de la vie usuelle, acquise au moyen de ces charmants apologues, nous épargnera les dures leçons de la réalité ? Voilà pourquoi, malgré Rousseau, les fables de La Fontaine seront toujours une excellente lecture pour l'enfance, à la condition, bien entendu, qu'un maître intelligent les leur explique; et la chose est possible, quoi qu'en pense l'auteur de VÉmile»

ht maintenant, disons que cette morale est incomplète, que le nom même de

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