‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 193 sur 408 · LA FONTAINE ET LÀ FADLB · texte numérisé non relu

LA FONTAINE ET LÀ FADLB

morale ne lui convient qu'à demi, qu'elle n'apprend ni le dévouement, ni le sacrilicc, ni aucune de ces vertus dont il faut que l'homme soit épris pour être vraiment grand. Mais il suffit de s'cnicndrc, de prendre La Fontaine pour ce qu'il est, et de ne point croire que les Fables puissent remplacer l'Évangile.

La Fontaine icrtvaln. — 11 est, avec Molière, et plus encore que lui, l'écrivain classique le plus riche et le plus varié. La Fontaine sait prendre tous les tons. Il est grave et presque sublitne, tantôt sérieusement {les Animaux malades de la pesle, le Paysan du Danube, la Mort et le Mourant, le Bûcheron et la Mort), .antôt à la façon héroï-comique (le Soleil et les Grenouilles, te Lion malade, ta Tortue et les Deux Canards, Phèbus et Borée), 11 est simple et ironique, amusé autant qu'amusant, dans la plupart de ses fables. Il est parfois Ému et lyrique. 11 est cnfln satirique. Dans chaque genre, sa langue est d'une remarquable propriété. De là, un vocabulaire plus étendu que celui d'aucun autre écrivain de son temps. Voltaire (dans sa Litte des écrivains du dix-septième siècle), le lui a reproché ; it le juge négligé et inégal. « 11 faut que les jeunes gens, dil-il, et surtout ceuï qui dirigent leurs lectures, prennent bien garde k ne pas confondre, avec son beau naturel, le familier, le bas, le négligé, le trivial, défauts dans lesquels il tombe trop souvent. » Singulier reproche, accompagné de plus singuliers exemples ! La Bruyère, qui était pourtant un puriste, n'a pas été si dédaigneux ; dans son dbcours à l'Académie française, il disait de La Fontaine : n Un autre, plus égal que Marot, et plus poète que Voiture... homme unique dans

D'upits UD portrait

520 Lk LITTÉRATUnS FRANÇAISE

son genre d'écrire... qui a été au delà de ses modèles, modèle lui-même difficile à imiter. » C'est justement celte variété et cette richesse, qui ont préservé La Fontaine, au dix-neuvième siècle, contre les critiques; son réalisme a plu, comme plaisait son lyrisme. Mais il est bien classique, par la mesure et par Tunité. — Versificateur, La Fontaine a prouvé qu'il connaissait tous les secrets du métier. Ce n'est rien de dire qu'il a usé de tous les genres de vers; son mérite est de les avoir toujours appropriés à son sujet. Le vers libre était la forme obligée d'un genre où l'on passait de la description au dialogue, de la satire à la morale, du comique au lyrisme. C'est merveille de constater à quel point le rythme, sans cesser jamais d'être musical, se plie aux changements les plus imprévus du sujet et du ton, et combien aussi il contribue à parfaire l'impression que doit donner le trait descriptif ou satirique.

FAC-SIMIL^ p'UNB LETTne DE LA FO?iTAI>E A SA FEMME

Bcrito durant son voyage en Limousin.

Pourquoi Boileau omet la fable dans TArt poétique. — On a prétendu qtie poileau pouvait craindre de déplaire à Louis XIV en parlant, dans son Art pwiique, de la Fable, représentée par un écrivain que le Roi tenait pour suspccl. Cette raison ne saurait être admise. La vérité est que Boileau donne exclusivop^ent les règles des gepres poétiques^ c'est-à-dire de ceux qui devaient étreccrils en vers. Aussi tic trouve-t-on dans son ouvrage ni le Conte^ ni VÉpiire, ni le genre didaclique, ni la Fable, qui peuvent user de la prose comme de la poésie. Ajoutons que 3pileau no nomme que des anciens, ou des contemporains morts à l'époque où il écrit (i).

Page 1