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II.— LA QUERELLE DES ANCIENS ET DES MODERNES

Depuis Ronsard et la Pléiade, les anciens passaient pour les maîtres incontestés de tous les genres de poésie. Cette partie de la doctrine avait été confirmée par Malherbe, par Balzac, par les débuts de la tragédie française, par les chefsd'œuvre de Corneille, etc. Le respect de Tantiquité avait atteint son plus haut degré avec Racine, La Fontaine et Boileau. Molière était resté plus indépendant. Vers la fin du dix-septième siècle, une réaction se produit à deux reprises différentes : c'est la querelle des anciens et des modernes.

Causes de cette querelle. — 1° £n imitant les anciens, les modernes étaient parvenus à créer des ouvrages comparables aux leurs. On se trouva donc en pré« sence d'une littérature nationale aussi féconde en chefs-d'œuvre que celle des anciens. Aussi était-il temps de renoncer à une modestie qui devenait hypocrite et de proclamer que le siècle des Corneille, des Molière, des Raciiie, etc., valait pour la qualité et la quantité le siècle de Périclès ou le siècle d'Auguste. Mais les partisans de cette opinion, très légitime en soi, eurent le tort de proclamer non pas l'égalité, mais la supériorité des modernes, de n'admirer leurs contemporains qu'en méprisant les anciens, et de confondre, parmi les modernes, les plus médiocres écrivains avec les excellents. Il devait donc en résulter une protestation, à son tour exagérée, de la part de ces disciples des anciens, qui se solidarisaient, en quelque sorte, avec ceux qui leur avaient servi de modèles.

^^ Il faut y ajouter des causes particulières :

a) Le développement des sciences, et surtout des sciences appliquées, donne naissance à lUdée de progrès, progrès que l'on veut trouver aussi bien dans les lettres que dans les sciences;

b) A c^ié de Tidée de progrès qui est plutôt rationaliste, l'idée chrétienne se mêle eux oonsldérations des partisans des modernes : il leur parait impossible

LA UTTÉBATUBB FRANÇAISE

que la supériorité morale, amenée par le christianisme, n'ait pas entraîné la

supérioriti! littéraire; c) C'est encore une protestation de l'individualisme trop étoufTé par U théorie

classique, — des droits de Vimaginalion et do la fantailie contre la raûon.

Histoire d« la querelle. — De»marets do Saint- Sorlin, dans les préfacesde ses poèmes épiques, soutient l'exceUencedu merveilleux chrétien (1669-1674).— Dans le troisième chant de CArt poétique Boileau proscrit le merveilleux chrétien. 11 y a donc de l'actualité dans la discusslor. de Boileau. Et c'est lu une première phase de laqucrelle. — Dans la séance de l'Académie française du 27 janvier 1687.

Charles Perrault lil un poème, le Sttele de Louis XIV, où il fait l'éloge des grandsccrivainsqui perme lient de comparer ce siècle h ceux de Périclès cl d'Auguste. Boileau proteste en quiltant la séance. Perrault reprend et développe sa thèse dans ses Parallèle» des ancieni et des modernes (1688-1696), et Boileau lui réplique par ses Réflexions sur tongin (1694). — La Bruyère, dans son Discours à l'Académie francise (^lS93),atfecie de ne louer que les partisans des anciens ; il suscite de vives colères, surtout dam U Mercure, auqijel il répond par sa préface. — Mme Dacier, ea 1699, pu-

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