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L'ABBÉ DE SAINT-PIERRE

PIERRE BAYLE (1047-1706). — Ne d'une famille protestante, converti au catholicisme, et redevenu plus tard protestant, Bayle quitte la France en 1670, se fait précepteur, puis professeur do philosophie et d'histoire. Il occupe une chaire à Rotterdam. Là, dans cette Hollande qui était le pays de toutes les libertés, il est encore persécute, et le ministre prolestant Jurieu le fait destituer de sa chaire en 1693. Alors, il se plonge entièrement dans le travail, et il achève de publier son Dictionnaire en 1697.

Ses principaux ouvrages sont : — Pensées sur les comètes (168:2), — Nouvelles de la république des lettres (1684-1687;, — la France toute catholique sous Louis le Grand (1685), — Avis aux réfugiés (1690), — Dictionnaire historique et philosophique (1696-1697).

Il y a d*abord, pn Bayle, un érudit et un critique, qui semble appartenir beaucoup moins au dix-septième siècle finissant ou au prochain dix-huitième siècle, qu'à la Renaissance. On dirait un contemporain d'Érasme ou d'Henri Estienne. C'est la môme passion du détail, le même mépris du style. Bayle, critique, tioit être étudié dans ses Nouvelles de la république des lettres, qu'il fonda pour faire concurrence au Journal des savants (i) : c'est la première des Revues. Dans son Dictionnaire, il est encore critique lillérairis à la fa(;ori d'un Sainte-Beuve, quand il recueille et discute les moindres détails biogruphi([ues, bibliographiques, qu'il prépare les documents d'une histoire naturelle des esprits. D'ailleurs, cette critique ne repose sur aucun autre principe que celui d'une curiosité toujours éveillée et toujours libre; et elle rejoint sa philosophie: Bayle démolit vivement les légendes ou discute, avec des faits, les admirations traditionnelles.

Mais l'œuvre de Bayle est surtout philosophique. Son Dictionnaire, entrepris seulement, selon lui, pour con.bler les lacunes des dictionnaires antérieurs, lui offre l'occasion de remettre en q tes* ion ou de renouveler tous les problèmes de morale, de théologie, d'exégèse. 11 canalise en quelque sorte et répand dans son siècle, tout le libertinage du seizième ?.t du dix-septième siècle, les objections et les railleries éparscsdans Henri Estienne, Montaigne, Charron, Guy Patin, La Motte Le Vayer, Gassendi, etc. 11 n'attaque pas directement le christianisme; mais, par un habile système de renvois d'un article à Vautre, système qui sera repris par V Encyclopédie, il ruine peu à peu le dogme et l'autorité. Il applique à tout l'esprit historique, n'acceptant rien qui ne soit fondé sur un document ou sur un fait authentique. Et jusque-là, ou peut le considérer comme un ancêtre

(i) Le Journal dea savants avait été fondé, en 1655, parDonis do Sallo,* conieillef an Parlement de Paris. Il annonçait les livres nouveaux, donnait la biographie des savants décédés, publiait les découvertes, expériences, observations, etc. (Ci Voltaire, Siècle de Louis XIV, liste des écrivains français, Sallo et Bayle.)

de la critique moderne, en ce qu*e11e a de plus sérieux. Mais, comme le fait justement observer M. Ém. Faguet, « Bayle a l'esprit de raillerie boulTonn^ et irrévérencieuse, et cette méthode du burlesque appliqué à la métaphysique et aux religions, qui est celle du dix-huiticme siècle tout entier ». Joignez-y le goût de rinconvenance et du détail cynique, qui vient gâter les articles les plus sérieux. Voilà par où son influence fut fâcheuse.

Au fond, il n'avait aucune théorie, aucun dessein, aucun but. C'est une intelligence critique très mordante, qui s'est attaquée un peu à tout, qui a répandu sur toutes les philosophics sa curiosité caustique, et qui eût protesté sans doute contre la nouvelle intolérance rationaliste que ses disciples les plus fidèles allaient tirer de son scepticisme.

LA MOTTE-HOUDARD (1672-1731) doit être signalé parmi les précurseurs du dix-huitième siècle philosophique et critique, pour la part qu'il a prise k la querelle des. anciens et des modernes. — Auteur tragique, il eut un grand succès de larmes avec son Jnh de Castro (1723). Critique, il composa plusieurs DU* cours (sur Végîogue, la fable, la tragédie, Vode, etc..) où les paradoxes sont mêlés à quelques idées justes. Il est surtout célèbre pour avoir abrégé, en douze chants, VHiade d'IIomèrc, d'après la traduction de Mme Dacier : car il ignorait le grec. Et bien qu'il ait beaucoup écrit contre la poésie, il fit cet abrégé en vers. — Avec Fénelon, il échangea, en 1714, des Lettres sur les anciens; ce fut de part et d'autre une lutte fort courtoise, et non sans ironie réciproque.

L'ABBÉ DE SAINT-PIERRE (1658-1743), homme sensible et doux, mais très hardi dans ses idées politiques et économiques, se fit exclure de l'Académie en 1718 pour avoir sévèrement jugé Louis XÏV. Son plus célèbre ouvrage est le Projet de paix perpétuelle {il iS-ilil), Mais il a écrit une foule d'autres projf te, où il se propose uniquement T u utilité publique », et par lesquels il annonce nos plus profonds économistes modernes. On lui attribue l'invention du mot bUnfair sance, qui caractérise son eï^rit et ses œuvres.

m. — LES PREMIERS SALONS.

Trois salons principaux sont à distinguer pendant la première moitié du dixhuitième siècle : la Cour de Sceaux, le salon de Mme de Lambert, et celui de Mme de Tencin.

LA COUR DE SCEAUX ET LA DUCHESSE DU MAINE. — La duchesse du Maine, pelilc-fillc du Grand Condc, était une personne menue, vive, endiablée, qui, très honnêtement, mais très librement, avait résolu de s*amuser. En 1699, alors que Versailles était devenu fort triste, elle fait de Sceaux une nouvelle cour, où ce ne sont que divertissements, fôtes champêtres et nocturnes» lectures devers, représentations de tragédies et de comédies, et conversations sur tous les

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